La Nouvelle Tribune

Crise sociale continue sous le régime Yayi : les autorités morales «sapeurs-pompiers» délégués du pouvoir

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« Il faut donner une chance à la médiation entamée par l’archevêque de Cotonou », dixit Laurent Metognon avançant ainsi l’une des raisons pour lesquelles la Fésyntra-finances devrait surseoir à sa grève de 72 heures. C’était hier à l’assemblée générale conjointe de La Fédération des syndicats de travailleurs du ministère de l’économie et des finances (Fésyntra-finances) et le Syndicat des douanes béninoises (Sydob) tenue à la Direction générale des impôts et des domaines. En effet, l’archevêque de Cotonou Antoine Ganyé les a rencontrés dans la matinée d’hier mettant sur table la carte de l’apaisement. Et voilà qui soulève à nouveaux le débat sur les implications des autorités religieuses et des chefs traditionnels dans le règlement des tensions sociales sous l’ère Yayi. Si le principe même de leur intervention n’est pas à condamner, on se demande jusqu'à quand ils joueront les sapeurs pompiers pour un gouvernement qui multiplie les erreurs ; objet même de ses tensions sociales. Et cela semble désormais la mode. Le gouvernement commet ses gaffes, cela crée une psychose sociale, et les autorités morales sont sollicitées comme des sapeurs-pompiers pour éteindre le feu. On se rappelle encore de leur implication dans la gestion de la crise socio-politique pré-électorale. Idem pour la tension causée par la question de la revalorisation du point indiciaire des travailleurs de l’administration publique. Et une énième fois, elles interviennent pour décrisper l’atmosphère sociale. Pourtant, l’erreur actuelle est monumentale. Oter au citoyen un droit que la constitution lui garanti. Et le régime Yayi n’est pas à sa dernière dérive. Plusieurs reformes étant prévues, le gouvernement va abuser de la majorité dont il dispose au parlement pour les introduire de manière bancale et unilatérale. Bonjour à une succession de tensions. Les Chefs traditionnelles et religieux sont dans leur rôle sans doute. Mais au lieu d’attendre que le pouvoir suscite la tension avant d’entamer la médiation-comme des médecins après la mort- ils gagneront à avoir le courage de demander à Boni Yayi de revoir sa copie. A l’allure où vont les choses, l’autorité morale béninoise finira par perdre sa crédibilité. Si éventuellement Boni Yayi décidait, avec les gymnastiques juridiques possibles, de sauter le verrou, est-ce alors de cette manière que ces autorités morales seront sollicitées pour calmer la fronde socio-politique que cela créerait ? Question.