La Nouvelle Tribune

Boni Yayi au sommet de l’Etat : bon élève de Machiavel et mauvais gestionnaire

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L’observation des derniers développements de l’actualité politique nationale, laisse transparaitre une série de victoires à l’actif de Boni Yayi qui, par ailleurs a accumulé sur le terrain socio-économique des erreurs qui se déclinent en difficultés.

Le classement 2011 du magazine américain Forbes place le Bénin en neuvième position des dix pires économies de l’Afrique. Ce score, même si les spécialistes l’expliquent par la crise économique internationale et le double processus électoral qu’a connu le pays cette année, traduit les réalités socio-économiques internes du Bénin actuel. Ce contexte se caractérise par une succession de victoires politiques pour Boni Yayi, mais aussi de difficultés sur les plans social et économique.

Pendant environ six mois de gestion sous Boni Yayi II, le pays a connu déjà trois crises socio-professionnelles majeures. D’abord, avec les agents de l’administration publique. Ils ont été rejoints par ceux de l’administration des finances. En toile de fond, une erreur du gouvernement relative à la gestion faite de la décision de relèvement du point indiciaire des travailleurs de l’administration publique. La semaine passée, les douaniers ont cessé toute activité pendant 48 heures. Leur mouvement est encore la résultante d’une des nombreuses maladresses du gouvernement dans la tentative de mise en œuvre de sa réforme du programme de vérification des importations (Pvi) dite de «nouvelle génération». L’atmosphère sociale, qui en a découlée, est marquée par des arrêts de travail dans des secteurs très sensibles de l’économie béninoise. Et elle n’a pas manqué d’avoir des impacts négatifs sur les recettes de l’Etat. Même si la croissance envisagée pour cette année est de 3,8 % comparativement à 3,5% l’année dernière, les finances publiques ne sont pas en bonne santé. En témoigne les mesures d’austérité budgétaire annoncées par le gouvernement -qui ne cesse de clamer depuis plusieurs semaines ses difficultés de trésorerie- lors du Conseil des ministres extraordinaire du Samedi 10 Septembre dernier.

Fin stratège politique

Pourtant. Boni Yayi, à qui l’on a reproché un amateurisme et une immaturité politique pendant son premier mandat, semble être au sommet de son art de gouverner la cité. Après son succès, à la grande surprise de tous, au premier tour de la présidentielle de Mars dernier, l’homme a pu se doter d’une majorité confortable à l’Assemblée nationale à l’issue du scrutin législatif de la fin Avril. Il a, de part sa politique de main tendue, fragilisé l’opposition politique regroupée au sein de l’Union fait la Nation. Dans sa famille politique, certains observateurs lui trouvent le mérite d’avoir su gérer avec tact les questions qui pouvaient susciter des frustrations. Le recasement des cadres qui ont fidèlement servi son camp est en cours (…). Mais en dépit de sa maestria, « les erreurs de gouvernance » subsistent avec leurs conséquences fâcheuses sur la vie socio-économique nationale.

… à qui le tour?

Les débrayages ne sont pas choses à souhaiter et ils sont l’émanation des ruptures de dialogue dus à des erreurs de gestion du gouvernement qui toujours met la charrue avant les bœufs. Et on se demande si les mêmes causes ne vont pas produire les mêmes effets dans d’autres secteurs. Déjà, d'autres syndicats menacent. Ils qualifient de mal posé, le premier pas du gouvernement en ce qui concerne la reforme du droit de grève. Boni Yayi et les siens ont donc intérêt à revoir leur copie du projet de loi, les centrales syndicales ayant promis de contre-attaquer. La rentrée académique 2011-2012 s’annonce et des grincements de dents se font de plus en plus perceptibles dans le monde des enseignants, tous ordres confondus.

Le Chef de l’Etat a placé son second mandat sous le sceau des réformes. Elles devraient être faites avec la manière pour que chacune d’elles n’accouche de situations indésirables qui affectent négativement la vie socio-économique du pays. A un moment où les ministres font le bilan de leur 100 premiers jours, le débat sur la méthode de gouvernance au sommet de l’Etat s’impose tout autant que celui sur le mode d’introduction des reformes. Le président de la république doit simplement apprendre de l’histoire pour éviter de passer le plus clair de son second quinquennat à ne régler que des crises qui, en gros, découlent de ses propres turpitudes.