La Nouvelle Tribune

Autorité nationale de lutte contre la corruption : la question de l’autonomie au cœur des critiques

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Les députés ont examiné et voté très tôt le mardi matin aux environs de 5 heures du matin, la loi sur la corruption. L’une des dispositions de la loi stipule qu’un organe sera chargé de cette mission dénommé « Autorité nationale de lutte contre la corruption». Mais cet organe est sous la tutelle et le contrôle du président de la République. C’est ce qui gêne en fait certains députés lors des débats le lundi dernier en plénière. C’est pour cette raison que certains parmi eux ont contesté littéralement cet organe de lutte contre la corruption. C’est le cas par exemple du député de la RB, Ali Camarou. «Les membres de l’organe de lutte contre la corruption, moi je crois qu’il faut revoir la qualité des membres et le mode de désignation, parce que tel que c’est fait, cela laisse des coquilles pour un bon fonctionnement. Le fait que l’organe soit mis sous la tutelle du chef de l’Etat, cela n’est pas une bonne chose. Il faut qu’on trouve une bonne modalité à cela». «Je voudrais nous demander de revoir les modalités de désignation des membres chargés de son arbitrage. Je voudrais nommer l’organe de lutte contre la corruption. De mon point de vue, monsieur le président, disons-nous la vérité, les modalités proposées ici dans le texte de projet de loi ne m’inspirent pas confiance. Il faudrait que ce soit un organe véritablement indépendant. Lorsque je prends par exemple l’Inspecteur général désigné par l’inspection générale de l’Etat, c’est l’Exécutif qui l’a mis là. Qui de nous est au dessus de la loi ? Je n’incrimine personne, car la loi n’est pas faite seulement pour le régime qui est en place. Rendons la indépendante dès sa prise, dès son vote en ce moment » renchérit le député Zéphirin Kindjanhoundé des Fcbe. Un autre député des Fcbe n’a pas caché également ses inquiétudes par rapport au fonctionnement de l’organe. Il ajoute « pour le schéma qui est proposé, je suis peiné par rapport aux critiques qui se font par ci par là. Ce que je souhaiterais, c’est qu’on trouve un schéma qui rassure du fait que l’intégrité morale, la probité de ceux qu’on va choisir ne fassent pas l’objet de fortes contestations, sinon, on va tôt enterrer cet organe ». Pour le président du groupe parlementaire « Union fait la nation » Antoine Kolawolé Idji, « quand je vois la manière dont les membres de l’Autorité nationale de lutte contre la corruption seront désignés par l’Exécutif, j’ai peur parce que je veux qu’on combatte effectivement la corruption et la corruption ne peut être combattue que par ceux qui en sont les victimes. Les victimes, ce sont les décideurs. Le député lambda peut être corrompu à son niveau. Le policier qui est corrompu pour 200 francs, c’est mauvais, il faut le réprimer. Mais la véritable corruption, celle qui tue les paysans, celle qui tue les instituteurs, celle-là se trouve au sommet ». Autant d’inquiétudes soulevées et de contestations qui jette le doute sur l’indépendance de cet organe de lutte contre la corruption. Outre les honorables députés, certaines structures existantes de lutte contre la corruption n’épousent pas pour autant certaines dispositions de cette loi votée, notamment l’organe en charge de la lutte contre la corruption. Les modalités de mise en œuvre et le décret d’application posent encore problème. C’est dire que le premier magistrat de ce pays ainsi que certaines autorités ne risquent encore rien puisque, tout se fera selon la volonté du chef de l’Etat.