La Nouvelle Tribune

Majorité présidentielle: les germes d’une prochaine fronde

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Bénin - La paix apparente qu’on observe aujourd’hui à la mouvance depuis les dernières élections législatives risque de ne pas trop durer. Alors qu’on y est, plusieurs acteurs politiques de cette mouvance, anciens conseillers et surtout anciens ministres devenus députés ruminent leurs frustrations et leur amertume pour avoir été évincés par Boni Yayi pour lequel ils se sont sacrifiés lors de la dernière élection présidentielle.

Une fronde couve à la majorité présidentielle. Depuis la formation du gouvernement et tout récemment de la confirmation de certains conseillers techniques et spéciaux, c’est l’ire dans le rang de certains leaders de la majorité présidentielle. Anciens ministres ou anciens conseillers, ils ont été très actifs sur le front pour défendre le candidat Boni Yayi. En retour, ils s’attendaient à se voir promus à de nouveaux postes de responsabilité ou au pis des cas à maintenir leurs postes actuels. D’ailleurs, le Chef de l’Etat ne l’a-t-il pas promis lui-même à certains d’entre eux à qui il a annoncé sa volonté de leur confier de nouvelles responsabilités dans l’appareil d’Etat une fois qu’il aurait rempilé. On a donc vu beaucoup d’entre eux, très engagés. Le cas des ministres Gérard Kouassi, Clément Dègbo,Michel Sogbossi, Issa Badarou, et même Jean Marie Ehuzu qui, selon certaines cavités, a travaillé pour tisser un grand réseau de soutien international pour la candidature de Boni Yayi. Quid de Modeste Kérékou, le premier qui a eu le courage d’annoncer pour la première fois à la télévision le K.o après avoir lui même mouillé le maillot dans son fief de Natitingou. Idem pour la quirielle de conseillers techniques et spéciaux de la Marina, qui ont cru que le Chef de l’Etat allait les reconduire une fois qu’il est réélu. Une fois son objectif atteint, Boni Yayi a oublié les promesses faites à ses collaborateurs et se fait l’apôtre de la bonne gouvernance. Comme argument, il brandit les impératifs du Fonds monétaire internationale(Fmi) et sa volonté, au nom de la refondation, de réduire le train de vie de l’Etat.

Tempête en vue au parlement

Mais c’est à l’hémicycle que la fronde prend de l’étoffe. Bien qu’encore à une phase primaire, elle est insidieuse dans la mesure où la plupart des anciens ministres sont devenus députés. En dehors de ce qu’ils reprochent à Yayi de les pas avoir reconduits, ils lui en veulent pour autre chose. En effet lors des dernières élections législatives, ils ont bataillé dur pour le faire élire. Dans cette bataille, ils ont laissé une partie de leurs avoirs et attendaient que le Chef de l’Etat tienne sa parole en les reconduisant dan le gouvernement. « Moi j’ai dépensé plus de 100 millions pour les législatives et Yayi a promis me reconduire une fois que je serai élu député, s’il ne tient pas sa parole qu’il ne compte pas trop sur moi à l’Assemblée », fulmine un ancien ministre. Comme lui, la plupart des anciens ministres ne digèrent pas leur éviction du gouvernement après s’être sacrifiés pendant la présidentielle pour Boni Yayi et avoir englouti des millions dans leurs campagnes pour les législatives afin de donner une majorité à leur président. Ces frustrations peuvent prendre des allures d’une dissidence qui pourrait fragiliser dans les jours à venir la majorité parlementaire à moins que le Président de la République trouve, comme il sait le faire, les mécanismes pour calmer les « frondeurs » qui ruminent leurs déceptions encore à voix basse en attendant l’étape de l’action.