La Nouvelle Tribune

Les leçons du scrutin

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A l’instar de l’élection présidentielle du 13 mars, les législatives du samedi 30 mars dernier ont livré à la face du monde un malaise profond laissé par les nombreuses carences de la Liste électorale permanente informatisée(Lépi). Aux termes de ce scrutin, on peut en tirer de grandes leçons qui relancent la polémique sur les résultats de l’élection présidentielle de 2011. Jamais, au Bénin, une élection n’a autant été mise en exergue par son taux de participation. Selon les chiffres, le taux de participation varie entre 55 et 60% sur l’étendue du territoire national avec le détail que sa variation est passée sous la barre des 50% dans le sud du pays. La plus grande raison de la désaffection est le dégoût et le désintérêt manifestés par  la plupart des électeurs pour qui le scrutin est désormais une formalité. Selon eux, «il ne sert à rien d’aller voter puisque les résultats sont connus d’avance». Dans les rues, il est fréquent d’entendre que  les résultats proclamés par la Cena et la Cour constitutionnelle n’ont rien à voir avec la réalité et ne sont que des chiffres manipulés. Malgré l’introduction de la Lepi, le scrutin a été fortement influencé par des relents de fraude. Hélas, la Cena n’a rien fait pour soigner cette image. Au contraire, chaque jour, des indices viennent conforter les soupçons de fraude. On en veut pour preuve que les feuilles de dépouillement de la commune de Sèmè Kpodji découvertes en pleine rue à Cotonou alors que les résultats provisoires ne sont pas encore donnés et que la Cour constitutionnelle n’est pas encore entrée en possession des matériels sensibles.  En tout cas, le scrutin n’a connu aucune amélioration par rapport au scrutin présidentiel puisque certains électeurs qui avaient pourtant voté lors de l’élection présidentielle n’ont plus retrouvé leurs noms sur la liste électorale. C’est aussi le cas de la majorité de ceux qui ont voté par voie de fiches d’enrôlement provisoire et à qui il a été promis la délivrance de carte d’électeur. Mais c’est à deux jours du scrutin que l’impression des cartes a démarré.  Conséquence, c’est le jour du scrutin que des cartes d’électeur ont été convoyées aux démembrements de la Cena, de sorte que la plupart de ceux qui devaient en bénéficier n’ont pu les avoir à temps. La première grande leçon est que l’introduction de la Lépi dans le processus, au lieu de permettre le nettoyage du fichier électoral afin d’en renforcer la fiabilité, a plutôt contribué à le discréditer davantage et à rendre le scrutin moins convivial. La deuxième grande leçon porte sur la persistance du vote traditionnel. Selon les grandes tendances annoncées, çà et là, 60% des députés de l’ancienne législature devraient pouvoir revenir à l’hémicycle. Ceci traduit la propension des Béninois à voter pour celui qu’ils connaissent mieux et à se montrer réticents envers tous ceux qui sont nouveaux. Ces mêmes chiffres, si ils étaient confirmés,  devraient  permettre aux hommes politiques de tirer la conclusion que la majorité des électeurs connaissent déjà ceux pour qui ils entendent voter avant d’aller aux urnes. L’ensemble de ces leçons consacre donc l’échec des discours tenus à cor et a cri,  invitant les populations à sanctionner les députés «tamtameurs, mangeurs d’arachide à l’hémicycle…», allusion faite aux députés de l’opposition. En effet, mise à part une dizaine, tous les députés de l’opposition devraient revenir à l’Assemblée nationale. Ceci est la preuve que le vote sanction tourne souvent à l’avantage de l’adversaire qu’on tente de diaboliser. Les leaders de l’Un devraient en savoir quelque chose.