La Nouvelle Tribune

Les incohérences de Candide Azannaî

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Bénin - Mouvancier, opposant puis mouvancier, l’itinéraire de Candide Azannaî pendant ces cinq dernières années s’apparente bien à celui de la plupart des hommes politiques béninois qui sont là où il y a leurs intérêts. Surfant sur l’amnésie collective, il sillonne aujourd’hui les quartiers et tente de se donner une image d’homme propre, probe et neuf. Mais hélas, le discours du zélé mouvancier tranche avec ses déclarations d’antan. « La Nouvelle Tribune » a de la mémoire.

Voilà « Candide Azannaî new look ». Ministre de l’industrie et porte parole du gouvernement, l’homme a désormais toutes les casquettes pour bien défendre Boni Yayi. Ce job, il s’y consacre depuis un bon moment. Bien avant son entrée au gouvernement, on le voyait dans la peau de griot. Allant de meeting en meeting pour défendre Yayi et surtout pour faire le procès de l’opposition « non déclarée » et pour rassurer le Chef de l’Etat. La verve avec laquelle il défendait le Chef de l’Etat était telle que personne n’était surpris de le voir nommé ministre. Pas à l’intérieur comme il en rêvait mais à l’industrie avec le prestigieux attribut de porte parole du gouvernement. Yayi avait besoin d’un homme politique au style ordurier pour répliquer à une opposition qui commençait à l’étouffer. Aujourd’hui, Yayi l’envoie à une mission, celle de défier la famille Soglo dans son fief. Et il n’a trouvé meilleure personne que ce « rejeton » des Soglo, sorti des entrailles de la Rb mais aujourd’hui indésirable chez les seigneurs des Houézèhouè. Depuis quelques jours, on le voit parcourir des quartiers de la ville de Cotonou avec un discours agressif à l’endroit des Soglo. A Mènontin dimanche dernier, il a dit à ceux qui étaient venus l’écouter qu’il fallait s’abstenir de voter pour la liste Un afin de mettre en retraite politique Rosine Soglo qui, avec son grand âge, devait rester à la maison et recevoir des présents au lieu d’aller à l’hémicycle pour faire scandale. Candide Azannaî a demandé aussi à ses militants de « réagir » en donnant la majorité à Boni Yayi pour mieux mettre en application son programme de développement. Et là que Azannaî a étalé son inconstance, à moins qu’il n’est pas un homme d’honneur qui tient à ses propres déclarations. Tenez, en mars 2007, lors des élections législatives, Candide Azannaî a combattu farouchement cette même idée développée par les caciques du pouvoir. Le mardi 13 mars 2007, alors qu’il était en campagne médiatique sur l’Ortb, Candide Azannaî a dénoncé les allégations des membres du gouvernement. « On n’a pas besoin d’une majorité à l’assemblée du gouvernement. Cette majorité permettra au président de la république de contrôler la désignation par l’Assemblée de quatre membres de la Cour constitutionnelle prochaine en plus des trois qu’il aura à désigner lui-même », (Souligné par la rédaction) (CF EDITO du jour ci-contre)déclarait-il sur les antennes de l’Ortb. Il va plus loin et met le peuple béninois en garde contre le risque d’institution d’un régime totalitaire à l’image de ceux qu’on observe dans les pays voisins où « les peuples sont privés de leurs libertés fondamentales ». Quatre ans après, la majorité devient indispensable pour le gouvernement une fois que Azannaî y figure. Ceci devait amener le peuple à connaître ceux qui défendent ses intérêts et ceux qui le manipulent pour satisfaire ses propres intérêts. Bien après ces élections, on l’a encore vu très dur contre le gouvernement. Son interview faite au quotidien « L’Événement Précis » que nous publierons prochainement en est la preuve. Une fois au gouvernement, tirant profit de son maroquin de l’industrie, son discours change radicalement. Au regard de tout cela, Azannaî n’a pas de quoi pavoiser et s’ériger en politicien modèle. Non, c’est trop prétentieux de la part d’un politicien comme lui, guidé visiblement par le seul souci de satisfaire ses intérêts. Demain, ce ne sera plus une surprise de voir Azannaî défendre un autre camp.  

Quand la morale déserte le forum !

Au Bénin, la politique c’est d’abord une affaire de gens sans scrupules. Aujourd’hui on est avec Jean, demain, on est avec Pierre l’ennemi de Jean. L’essentiel est d’être là où on peut bénéficier des avantages du pouvoir. Tous les discours sont bons pour défendre sa coterie politique. On fait fi de tout ce qu’on a dit par le passé. La morale est jetée aux oubliettes. Ce qui importe, c’est la sauvegarde de ses intérêts. Candide Azannaî en donne ici l’illustration. C’est aussi le cas de Kamarou Fassassi et de bien d’autres personnalités politiques qui, soucieuses de se maintenir dans les arènes du pouvoir sont obligées de brader leurs dignités et de se dédire constamment. Elles n’ont cure de la morale en politique. Face à ce tableau désolant, il ya peu d’espoir à croire en la refondation de la république.