La Nouvelle Tribune

Les ratés et les couacs de la cérémonie d'investiture

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Stade à moitié plein, erreurs répétitives du protocole, président émotif et excité…C’est dans un cafouillage total indigne d’une cérémonie de cette envergure que l’investiture du Chef de l’Etat a eu lieu hier à Porto-Novo. Les ratés et la folklorisation ont fait perdre à la cérémonie toute sa solennité et peuvent laisser le présage d’un mauvais quinquennat.

Au Bénin et partout ailleurs en Afrique, le premier signe, le premier acte d’une entreprise ou la première rencontre d’une sortie est prémonitoire. Si ça commence mal, il y a fort à croire que ça finirait mal. Aussi s’inquiète-on de la première personne ou de la mésaventure rencontrée lorsqu’on va à un rendez-vous important. C’est un mauvais départ, entend-t-on souvent. Le second quinquennat de Boni Yayi qui a commencé hier va-t-elle connaître le même sort ? Au regard des nombreux ratés de cette cérémonie, il y a fort à parier sur l’affirmative.  En effet, dès l’arrivée du président Boni Yayi à 12h58, la cérémonie a perdu de son éclat à cause des erreurs qui se sont répétés jusqu’à la fin. C’est le président, lui-même, un peu excité, qui a ouvert le bal des erreurs.  Après la prestation de serment, le président de la Cour constitutionnelle reçoit le serment et l’envoie à ses fonctions. Mais avant de laisser le pupitre au nouveau président, il lui souffle à l’oreille de ne pas oublier de faire observer au début de son intervention une minute de silence à la mémoire de Conceptia Ouinsou, son prédécesseur, ancienne présidente de la Cour décédée dans la foulée des élections.  Le Chef de l’Etat acquiesça de la tête comme pour dire oui à la demande. Dans son envolée lyrique, le président Yayi rendit hommage à « Mme Ouinsavi » qui n’est personne d’autre que son ministre du commerce.  Les officiels béninois baissèrent la tête, conscients que le président a fait une erreur en prononçant «Ouinsavi» à la place de « Ouinsou ». Il ne se rendit pas compte de cette bourde et c’est le président de l’Assemblée nationale Mathurin Nago qui l’arrêta dans son intervention et lui fila à l’oreille qu’il a fait une confusion. Il se reprit, s’excusa pour ce lapsus et souhaita longue vie à Christine Ouinsavi. Poursuivant toujours dans son intervention, le président sera arrêté une seconde fois par son garde corps rapproché Yacoubou Aboumon. Ce dernier, contrairement au premier, voulait juste enlever un insecte qui est venu se déposer sur ses cheveux. Le président arrêta aussitôt son discours. A  la fin de son intervention, au moment où on devait lui présenter le drapeau, le président Boni Yayi s’illustra encore négativement. Il donna une claque sur la main de sa femme qui voulait toucher aussi le drapeau. La dame se ressaisit vite, un peu pour camoufler l’affront. Le directeur du protocole d’Etat poursuivit avec les erreurs au moment où les officiels devaient saluer le président élu et lui présenter les félicitations. Il porta une grave annonce à la préséance et invita le président du Conseil économique et social à présenter premièrement ses félicitations au Chef de l’Etat en présence de nombreux Chefs de l’Etat étrangers. Mais il a été arrêté par une personne assise derrière lui et qui lui donnait des instructions. En somme, la cérémonie d’investiture qui a eu lieu hier à Porto-Novo a livré à la face du monde une cérémonie mal préparée où les principaux acteurs ont oublié de faire le moindre briefing avant d’arriver. Le seul réconfort est venu de la tribune officielle où les férus du régime, mobilisés pour la cause, applaudissaient tout le temps. Même le serment qui devait se faire dans la solennité et la quiétude a été troublé par les applaudissements intempestifs. Au regard de tout cela, il y a lieu de se demander si l’expérience acquise en cinq ans a servi à quelque chose.