La Nouvelle Tribune

« Yayi a réussi à avoir la Cour dans son arrière cour » dixit Zanou Célestine

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Conférence de presse de Célestine Zanou

Le jeudi 10 février, Célestine Zanou, la présidente de la dynamique du changement pour un Bénin débout a donné une conférence de presse au Bénin Marina hôtel. Occasion pour elle de donner son point de vue sur l’ensemble du processus électoral. Très sagace comme à son habitude, elle a relevé les irrégularités qui émaillent le processus, dénoncé la partialité de la Cour, le manque de compétence et d’expérience dans la gestion de la Lepi. Elle énumère les risques qui pointent à l’horizon et propose un dialogue national pour la sortie de crise. Lisez plutôt.

.Mesdames et Messieurs les journalistes de la presse écrite et  audiovisuelle nationale et internationale,

 

Chers Militantes et Militants,

Chers Amis,

Chers Invités,

Mesdemoiselles, Mesdames, et Messieurs,

Béninoises et Béninois,

Mes chers compatriotes,

 

0-) Introduction

« Ne doutez jamais qu’un petit groupe d’individus puisse faire changer le monde. C’est d’ailleurs de cette façon que cela s’est toujours fait ».

Cela était vrai au premier siècle au temps de Jésus Christ, qui avec un groupe de 12 apôtres, a apporté la Bonne Nouvelle sur la terre des hommes.

Cela s’est vérifié en politique en Afrique du Sud avec les luttes de l’ANC de Nelson MANDELA.

Notre pays le Bénin nous en a donné une saisissante preuve à la

Conférence Nationale des Forces Vives de la Nation de Février 1990.

Cela est d’actualité têtue aux Etats-Unis d’Amérique avec l’avènement du

Président Barack OBAMA qui a caressé son rêve devenu celui d’un petit Etat Major qui l’a partagé à succès avec tout un peuple, mais surtout toute la planète.

 

I-) RAPPEL HISTORIQUE

 

Comme une mécanique, le Monde subit périodiquement de grandes mutations qui affectent l’humanité. Ces mutations plongent les Nations et les Peuples, selon leur tour, dans une Gloire ou dans une Déchéance indescriptible.

Nous avons eu plusieurs fois la possibilité de changer le cours de l’histoire, de prendre notre destin en main à travers les choix des hommes qui devraient présider à notre destinée. Des tentatives aux résultats mitigés ont jalonné le chemin du Bénin :

Ainsi, en 1960, l’indépendance du Bénin n’a été que de façade d’où la cacophonie des ambitions politiques et la forte instabilité sociopolitique qui s’en est suivie.

En 1972, l’espoir suscité par la dernière intervention militaire dans la vie politique nationale a laissé place à une Révolution qui avait pour base idéologique le marxisme-léninisme. Le résultat est connu de tous.

En 1990, une grave crise sociale, économique et politique a conduit les compatriotes à réclamer un Changement qui nous a conduits à la

Conférence des Forces Vives de la Nation. La Démocratie pluraliste est retenue comme mode de gouvernement politique.

Malheureusement, le multipartisme intégral a laissé place à une multiplicité anarchique et opportuniste des partis politiques.

En 2006, le Changement en cours s’est doublé d’un bouleversement inter générationnel qui très vite a laissé progressivement et lamentablement place à une épreuve légendaire dans la gestion de la

« res publica », de la Gouvernance politique en lieu et place d’une gestion saine et apaisée du pays. Conséquences, la propagande politique, la précipitation et la mauvaise gestion des crises sociopolitiques étouffent le Peuple pris entre le marteau de la mal gouvernance et l’enclume des discours mensongers. Mais tenez vous tranquilles, c’est toujours sur du fumier que pousse le bon légume nécessaire à notre vitalité !!!.

 

Mesdemoiselles, Mesdames et Messieurs,

 

Aujourd’hui, force est de constater que nous ‘’allons de charybde en scylla’’. Le moins qu’on puisse dire est que le navire prend l’eau de toutes parts. Le commandant, de plus en plus esseulé sur son navire, partout et nulle part à la fois, tente de reprendre le gouvernail d’un bâtiment éventré par les flots dévastateurs de ses propres trahisons répétées et de ses choix hasardeux.

C’est évidemment la conséquence logique de nos choix politiques inspirés de nos humeurs, de nos intérêts du moment, de nos déceptions conjoncturelles ; lesquels choix politiques sont à l’antipode des intérêts de notre pays et de son vaillant peuple.

Tout au moins quatre fois, notre Peuple eut l’occasion d’opérer un

Changement radical et d’y rester fidèle par le travail et la volonté inébranlable de construire une vraie Nation, juste et prospère. Le constat demeure qu’après les bilans mitigés, les virages ont été souvent mal négociés et le rêve est resté toujours inachevé. Que d’espoirs déçus et trahis ! Et pourtant, ce furent de vaillants Hommes et Femmes qui avaient sacrifié leurs intérêts personnels, voire leur vie pour amener le pays où il se trouve en ce moment. Avec les moyens dont ils disposaient, leur niveau de connaissance, de compréhension de leur environnement, ils ont posé les bases du Développement du Bénin. Ceux-là n’ont aucunement démérité malgré les goûts d’inachevé qui nous hantent comme des fantômes.

Nous voici donc à la veille de la fin des rêves brisés qui ont jalonné les périodes écoulées. Nous voici encore au soir d’un demi-siècle de vaines tentatives, mais aussi d’apprentissage formateur et forgeur.

 

Béninoises, Béninois,

Mes Chers Compatriotes,

Passionnément et inlassablement, Je me fais une fois encore, l’agréable devoir de m’adresser à vous et à nos dirigeants, à un moment où la tension sociopolitique n’a pas encore baissé, du fait de la guerre fratricide que se livrent certains acteurs politiques tous prétendants au fauteuil présidentiel.

 

Il faut reconnaître que c’est à la fois un honneur et un sacerdoce que de prétendre briguer la magistrature suprême, en ce sens que la politique est avant tout servir et non une gymnastique de survie. Une élection présidentielle n’est pas un pèlerinage, une promenade de santé encore moins une occasion d’exposition de rancœur ou de rancune. On y va parce qu’on se sent capable d’assumer la fonction au regard de son parcours, de son expérience et de son charisme mais surtout pour défendre une vision de la gestion des affaires publiques. Dans ce sens, nous devons toujours reconnaître à nos anciens présidents la grandeur d’âme et d’esprit dont ils ont fait montre dans la gestion du pays et en transmettant tour à tour le pouvoir, dans la douleur certes, mais dans l’honneur. Voilà les serviteurs d’hier qui sont devenus les patriarches d’aujourd’hui parce qu’ils ont su respecter la volonté de leur peuple.

En jetant un regard critique et analytique sur la classe politique, ce qui désole, c’est cet acharnement et cette hargne à vouloir coûte que coûte diriger le Bénin, qui sans aucune expérience, qui sans aucune vision, qui sans la modération et la modestie qu’exige la fonction, qui enfin sans la moindre petite moralité et le sens de l’Etat susceptible de mobiliser des foules et de servir d’exemple au Peuple.

Autrement dit, c’est cette absence totale de dignité et d’élégance à mettre comme carburant dans le moteur de la politique pour lui donner toute sa noblesse et dans notre cas, la rétablir tout simplement pour en faire la sphère d’action des hommes préoccupés par la production de la richesse et son équitable partage.

 

II-) LES DIFFERENTES ETAPES DE LA DUPERIE

 

Béninoises, Béninois,

 

Je sais parfaitement que nous traversons des moments difficiles, que nous n’avons pas ce que nous méritons, et que nous sommes responsables de nos choix qui sont nos peines.

Je sais que vous êtes déçus. Je sais qu’on vous a trahis et que vous vous êtes trompé. Maintenant, vous voulez travailler à changer de cap, sans rancœur au cœur et rancune aucune.

Mais en voulant changer de cap, vous ne voulez plus commettre l’erreur de tomber dans les travers et traquenards qu’il vous a été difficile de démêler hier. Vous ne voulez pas reculer. Vous n’avez plus vraiment le choix.

Vous fuyez les maîtres d’hier et vous récusez celui d’aujourd’hui. C’est cela la prise en otage politique d’un peuple pris entre le marteau ‘’du déjà vu’’ et l’enclume ‘’du plus jamais lui’’, avec la certitude d’être victime dans les deux cas de figure.

Et pourtant, je serai comme à mon habitude franche et sincère avec vous en vous disant ceci : Soyons prudents, objectifs et humains dans nos jugements pour qu’à la fin une lueur d’espoir s’offre toujours à nous.

Au crépuscule du mandat du Président YAYI Boni, le changement sonne bien à l’oreille de certains et il horripile celle des autres. Le Président YAYI est dans une espèce de prison présidentielle, complètement emmuré et nourri aux mensonges de courtisans prêts à venir, sourire aux lèvres, à son enterrement politique. Constatez avec moi qu’il n’est pas facile de gérer un pays et que le Président en exercice n’a pas pris la mesure de l’enjeu avant de s’y engager. Il a une ambition pour son pays ; il a fait ce qu’il a pu ; il n’a pas démérité sur toute la ligne ; évitons alors de lui jeter méchamment la pierre, de le vilipender injustement, même si nous voulons tous qu’il s’en aille. Il est bon que nous lui ouvrions un boulevard honorable de sortie. SACRIFIER un dirigeant ne doit pas devenir notre pratique au Bénin ; nous l’avions fait dans un passé récent et les tourments du moment ne sont que les conséquences de cet acte égoïste et pas bien mûri posé il n’y a pas si longtemps : d’où modération et pondérance.

En face, à l’UN notamment, tout n’est pas mauvais comme certains le prétendent. Voici un groupe d’hommes et de femmes qui avaient servi ce pays, qui le leur a revalu. Ils ont beaucoup donné et se sont sacrifiés. La paix dont nous jouissons au Bénin est aussi leur œuvre ; la démocratie, ce label qui nous caractérise est aussi leur bébé. Je connais personnellement le Président HOUNGBEDJI qui a énormément fait pour le Bénin et continue de croire qu’il peut encore donner. C’est un homme bon et rigoureux mais souvent incompris. Je connais aussi et assez bien le Président AMOUSSOU qui a à cœur le rétablissement de la chose politique au Bénin. Que dire du Président SOGLO dont la densité intellectuelle et l’attachement à ce pays n’est plus à démontrer ! Il existe en chacun d’eux un goût d’inachevé qu’il nous revient de prendre en compte pour fructifier. Ce serait à la fois justice rendue, devoir de la nouvelle classe politique et amour de la patrie.

C’est donc à juste titre et à bon droit que les uns et les autres voudraient bien se remettre au service du Bénin si le peuple leur en donne quitus.

Mais on feint tous d’oublier qu’on n’est pas serviteur que dans le fauteuil présidentiel. C’est là la dose d’humilité dont il nous faut nous doper : c’est la part de Dieu qu’il faut réserver et préserver dans nos ambitions politiques.

Aujourd’hui, ce qui importe, c’est d’offrir une autre alternative au peuple.

C’est de l’arracher à ce piège ; c’est le délivrer de cette prise d’otage qui n’est que le concours d’une génération de politiciens acharnés à servir pour certains, et à survivre pour d’autres. Il faut offrir une autre alternative au peuple et lui donner l’occasion de se réconcilier avec lui-même et de réconcilier ses dirigeants.

Pour ce faire, il faut exclure tout germe de division, de haine, de suspicion, de peur ou de crainte ; mais aussi et surtout tout instrument cyniquement utilisé pour conduire le pays dans l’impasse. Je voudrais clairement citer la Liste Electorale Permanente Informatisée LEPI complètement dévoyée, foulée aux pieds, grossièrement mise en œuvre, techniquement bancale et enfin conduite avec une incompétence et une inexpérience à nulle autre pareille.

 

Cette LEPI, qui devrait être facteur de paix, de développement et de démocratie est devenue la vache à lait des uns, ceux là qui se cachent derrière une loi truffée d’incohérences et, pour les autres, le dangereux outil de brouillage des réalités démographiques afin de pérenniser l’injustice sociale et politique. Le pilier central de réalisation de la LEPI est le CONSENSUS. Oui le CONSENSUS, le seul mot qui doit nous guider dans nos actions dès maintenant et à l’avenir si tant est que nous voulons construire harmonieusement notre pays.

J’avais dans ma précédente lettre ouverte dit ceci : « Jamais je ne serai auteur ou complice des actes et comportements pouvant mettre mon pays en danger. Jamais non plus, je ne m’associerai à aucune opération de déstabilisation de mon pays, parce que nous en connaissons tous, les conséquences et aussi parce que nous ne voulons plus retourner en arrière dans un passé de triste mémoire révolu.

C’est pourquoi, je ne permettrai non plus à personne quelle qu’elle soit, de mettre le Bénin en péril. »

 

Mesdames, Messieurs,

 

Depuis l’avènement historique de la Conférence Nationale des Forces Vives de Février 1990, le multipartisme intégral a donné lieu à une flopé de partis politiques, dont le nombre sans cesse croissant aux yeux de certains, témoigne de la vitalité de notre démocratie. Pour d’autres, cet état de chose, n’est rien qu’un début d’anarchie permis par la démocratie elle-même.

Dans cet imbroglio politico partisan, notre pays a indéniablement acquis beaucoup d’expériences qui lui valent quelque admiration à l’extérieur.

Mais il a énormément perdu aussi en termes de temps, d’énergie, de méthodes, surtout de visibilité et de lisibilité dans les programmes politiques et les plans d’actions de gouvernement.

Comment comprendre que la Justice a elle-même soif de justice et que la prison soit devenue un endroit où l’on meurt à petit feu loin des regards des bourreaux ? Pourquoi accepter que l’hôpital soit toujours malade et les patients mourants : hôpitaux en grève sans service minimum. Ecoles fermées, enseignants bastonnés, molestés parce que préfet en colère, élèves abandonnés à la rue, parents traumatisés. Universités militarisées, étudiants brutalisés, professeurs affamés.

Malgré tout, les acteurs politiques tiennent fortement et fermement à la préservation des acquis de la Conférence Nationale pour nous avoir laissé des valeurs fortes comme la Démocratie, la Liberté et l’Unité nationale. C’est pour agir en homme de pensée et penser en homme d’action que nous refusons que nos libertés soient constamment menacées.

Le comble, l’inacceptable, l’intolérable, l’indéfendable, c’est la menace réelle sur la paix sociale et l’unité nationale, le régionalisme, le tribalisme, les abus de pouvoir, le bâillonnement des libertés et les violations flagrantes et répétées de la loi fondamentale. Sur ces dérives dangereuses, permettez-nous de rappeler à qui de droit les précieuses et savantes leçons de Montesquieu qui méthodiquement dans l’esprit des lois nous apprend :

« … La loi, en général, est la raison humaine, en tant qu’elle gouverne tous les peuples de la terre ; et les lois politiques et civiles de chaque nation ne doivent être que les cas particuliers où s’applique cette raison humaine. […] Lorsque dans la même personne ou dans le même corps de magistrature, la puissance législative est réunie à la puissance exécutrice, il n’y a point de liberté, parce qu’on peut craindre que le même monarque ou le même sénat ne fasse des lois tyranniques, pour les exécuter tyranniquement. […] Le gouvernement monarchique est celui où un seul gouverne, mais par des lois fixes et établies ; alors que dans le despotique, un seul, sans loi et sans règle, entraîne tout par sa volonté et ses caprices. […] Une chose n’est pas juste parce qu’elle est loi. Mais elle doit être loi parce qu’elle est juste… »

En réfléchissant à ces cours de science politique, et en analysant la situation actuelle que traverse notre pays, on est en droit de s’inquiéter pour les acquis inaliénables durement conquis et obtenus en Février 1990 au prix de hautes luttes, de sueur et de sang.

Oui, les béninois ont souffert la mord et la bride pour se donner la liberté par la constitution du 11 décembre 1990, donc par la loi.

Voilà pourquoi, ils sont encore prêts à lutter, et à rappeler au despote ce qui suit :

« Il n’y a […] point de liberté sans lois, ni où quelqu’un est au-dessus des lois […] Un peuple libre obéit, mais il ne sert pas ; il a des Chefs et non pas des maîtres ; il obéit aux lois, mais il n’obéit qu’aux lois et c’est par la force des lois qu’il n’obéit pas aux hommes. […] Le plus fort n’est jamais assez fort pour être toujours le maître, s’il ne transforme sa force en droit, et l’obéissance en devoir. […] Convenons donc que force ne fait pas droit, et qu’on est obligé d’obéir qu’aux puissances légitimes ». Jean Jacques ROUSSEAU.

Parlant de liberté, comment ne pas se rappeler les fils et filles de ce pays qui ont payé de leur vie, pour que nous soyons présents ici ce jour ?

Comment ne pas se souvenir de Monseigneur Isidore de SOUZA, de respectable mémoire, qui dirigea brillamment et discrètement avec le concours permanent de l’Esprit Saint la Conférence Nationale?

Comment oublier les distingués délégués de cette Conférence Nationale qui ne sont plus parmi nous ?

Comment ne pas être ému et frappé de frissons, du souci permanent de notre patriarche commun, Cardinal Bernardin GANTIN, sur l’avenir de ce pays. Vous le savez tous : A quelques semaines de son retour dans la félicité céleste, Cardinal Bernardin GANTIN, de vénérable mémoire, fut pris d’une forte angoisse pour l’avenir de notre pays. Il avait alors entrepris une médiation pesante pour son âge qui davantage l’affaiblissait certes; mais c’était en vérité la situation du Bénin qui l’assommait et le préoccupait.

En souvenir de tous nos héros et héroïnes communs, nous ne pourrions nous taire.

 

Béninoises et Béninois,

 

Chers amis journalistes

 

Mesdemoiselles, Mesdames, et Messieurs,

 

Ce de quoi il s’agit dépasse à la fois la fonction présidentielle et la personne modeste du Président Thomas Boni YAYI. Il ne s’agit pas non plus de mouvance ou d’opposition.

Il s’agit de la Patrie, et là-dessus rien n’est négociable, et voici à son adresse ce qu’en dit PLATON :

« Qu’est ce que donc ta sagesse, si tu ne sais pas que la Patrie est plus précieuse, plus respectable, plus sacrée qu’une mère, qu’un père et tous les ancêtres […] ; qu’il faut avoir pour elle, quand elle est en colère, plus de vénération, de soumission et d’égards que pour un père, et, dans ce cas, ou la ramener par la persuasion, ou faire ce qu’elle ordonne et souffrir en silence ce qu’elle vous ordonne de souffrir ».

A votre décharge Monsieur Le Président de la République, nous savons et convenons avec Jute CLARETI que : « Tout homme qui dirige ou qui fait quelque chose a contre lui ceux qui voudraient faire la même chose, ceux qui font précisément le contraire et, surtout la grande armée des gens d’autant plus sévères qu’ils ne font rien du tout ».

Notre souhait est que le Président Boni YAYI s’assagisse, se hisse au niveau des valeurs de la trempe des Présidents Emile Derlin ZINSOU, Mathieu KEREKOU, et Nicéphore Dieudonné SOGLO, qui jouissent aujourd’hui d’une retraite apaisée parce qu’ils ont su partir sans rompre avec la légalité constitutionnelle.

Nous pensons malgré tout, oui malgré toutes les crises, les avatars, les erreurs, les fautes, qu’il ne faut pas lui jeter la pierre, le vilipender, le juger trop vite, le vouer aux gémonies, puisqu’il est après tout notre enfant, notre frère, notre ami, notre mari, et surtout notre produit, car un

Peuple n’a que le Chef qu’il mérite.

A ce titre, il a droit, malgré toutes ses erreurs de jeunesse, à notre compréhension, à notre tolérance, à notre pardon, à notre amour et à nos prières de reconversion profonde, totale et sincère pour lui-même.

Souvenons-nous que c’est à l’acceptation de ces valeurs, que la vertu a pris place à la Conférence Nationale et que nous avons tous ensemble en sanglots fredonnés l’hymne national qui a libéré nos cœurs des angoisses et des douleurs.

Cependant, tout ceci ne peut lui être garanti, que s’il fait preuve de bonne foi, de patriotisme, d’intelligence, d’humilité et de sagesse qui transcendent les mots pour se concrétiser dans les faits et actes. Le Bénin a besoin de tous ses fils et le Président YAYI a encore en main les cartes de son destin et de son salut qu’il ne galvaudera pas, nous l’espérons pour lui. Nous l’invitons à ne pas écouter ses efforts qui naturellement résonneront suffisants à ses oreilles. Nous lui demandons de faire attention à ses conseillers caustiques qui ne conseillent que pour éroder et pour garder leurs strapontins. Tout n’est pas mauvais certes, c’est un abus de langage de dire qu’on a rien fait. Mais l’essentiel, avouons-le n’est pas fait : Justice, Liberté, Unité nationale, Emploi, Santé, Education, Réformes, Jeunesse, ce sarment qu’on émonde tous les jours.

Sur nos Libertés, nous ne négocierons pas ; nous n’abdiquerons jamais nous n’allons jamais nous soumettre, non pas pour nous, mais pour nos enfants à qui nous voulons laisser en héritage un Bénin tout au moins en paix.

On comprend depuis peu et on est obligé de croire et de vénérer la sainte colère de maman Rosine VIEIRA SOGLO qui a tiré à sa façon désormais devenue légendaire, sur la sonnette d’alarme au parlement en révélant au monde entier les propos horrifiants qu’a tenus chez elle le Président YAYI Boni en ces termes : « …Je mettrai ce pays à feu et à sang… ». Jusqu’à présent, il n’a pu être capable de démentir ou tout au moins d’adoucir ces propos, laissant le Peuple stupéfait et interrogatif.

En fait, ceux qui parlent ne savent pas et ceux qui savent ne parlent pas.

Si les Présidents KEREKOU et SOGLO lui ont sagement légué ce pays en paix, il a l’obligation de le restituer tel et de s’en aller en paix. La démarche contraire l’emporterait lui et lui seul : Parole de Femme, Parole de la Patrie. Les bruits des godasses et les canons de ses chars ne nous font pas peur, sinon nous ne serions pas réunis ici ce jour ; Vaine est donc cette intimidation. Dans la préface de Les Châtiments, in fine, Victor HUGO, écrivait ceci :

« Quoi que fassent ceux qui règnent chez eux par la violence et hors de chez eux par la menace,

Quoi que fassent ceux qui se croient les maîtres des peuples et qui ne sont que les tyrans des consciences,

L’homme qui lutte pour la justice et la vérité trouvera toujours le moyen d’accomplir son devoir tout entier.

La toute puissance du mal n’a jamais abouti qu’à des efforts inutiles.

La pensée échappe toujours à qui tente de l’étouffer. Elle se fait insaisissable à la compression ; elle se réfugie d’une forme dans l’autre.

Le flambeau rayonne ; si on l’éteint, si on l’engloutit dans les ténèbres, le flambeau devient une voix, et l’on ne fait pas la nuit sur la parole ; si l’on met un bâillon à la bouche qui parle, la parole se change en lumière, et l’on ne bâillonne pas la lumière.

Rien ne dompte la conscience de l’homme, car la conscience de l’homme, c’est la pensée de Dieu. » Depuis 2006, la Dynamique du Changement pour un Bénin Debout s’est inscrite dans la vérité ; cette vérité qu’on n’a pu et qu’on ne peut bâillonner. Son heure a sonné.

 

III-) L’IMPASSE POLITICO INSTITUTIONNELLE DANS LE FAIT ET DANS LE DROIT

 

Mesdemoiselles, Mesdames, et Messieurs,

 

Notre pays traverse une crise politique grave et vicieuse, savamment mûrie et entretenue par une certaine classe politique qui n’a pas su épargner à notre pays, la honte d’être incapable d’organiser à bonne date les élections présidentielles. Opposition et mouvance se partagent cette responsabilité mais celles de l’Exécutif et de la Cour Constitutionnelle sont à nos yeux plus grandes.

Comment est-ce que nous en sommes arrivés là ? Que s’est-il réellement passé ? En quoi consiste le complot ?

Tout s’est joué entre l’Exécutif, le Législatif et le Judiciaire pour qu’on en arrive à l’impasse. Mais en vérité, il y avait deux grandes forces en action:

 

1.      Le Président Boni YAYI qui veut bien garder son pouvoir et surtout n’avoir jamais à passer la main à l’opposition UN composée de personnalités avec qui il a des démêlées profondes et envers qui il assume un peu trop ouvertement et parfois sans raison aucune, un sentiment de rejet qui a manifestement justifié leur prise de conscience et leur rassemblement ;

 

2. Des proches de Yayi, de vrais courtisans souvent spécialistes de tous les régimes qui louchent et regardent avec envie son fauteuil, et qui jurent de le remplacer par tous les moyens en lui donnant de mauvais conseils devant le conduire dans une impasse dont ils profiteraient pour lui prendre facilement le pouvoir.

Mais derrière le rideau, il y a quelques mains invisibles tant au Bénin qu’à l’extérieur qui manipulent, et à qui le jeu échappe parfois.

L’Exécutif incarné par Yayi, a mis beaucoup d’argent pour manipuler à sa guise les députés, et a réussi par le même artifice à avoir une cour constitutionnelle dans son arrière cour.

Le Législatif, face à l’argent, a multiplié les mauvais choix et est rentré dans le jeu de l’impasse mis en place par l’Exécutif : vous connaissez mieux que moi les erreurs successives qui parfois ne sont pas du seul fait du Président YAYI, mais qu’il se retrouve à devoir assumer seul….

Le Judiciaire est resté dans une incohérence à couper le souffle avec des décisions liberticides et anti républicaines qui ont donné un caractère légal à l’organisation de l’impasse.

Lorsque la MIRENA écrivait le 30/12/2010 à la CPS de bien vouloir proroger son mandat jusqu’au 15 Février 2011, j’avais compris que plus rien ne pouvait empêcher l’impasse : et personne n’a curieusement réagi à cette incurie, tellement on redoutait les arrêts monocolores de la cour constitutionnelle.

La MIRENA de toute façon, à l’instar de la CPS, profite des lacunes de la loi 2009-10 portant organisation du RENA et établissement de la LEPI et je ne pense pas que ce soit vraiment à l’insu du Président de la République.

Regardez le flou de près : En son article 31, la loi dit que la LEPI doit être prête 60 jours avant l’organisation d’une élection : « La liste électorale permanente informatisée est établie après la correction de la liste électorale informatisée provisoire. Elle est présentée par village ou quartier de ville, par arrondissement, par commune, par circonscription électorale et par département. Elle est subdivisée en lots de trois cent cinquante (350) électeurs maximum par bureau de vote. La liste électorale permanente informatisée doit être établie au plus tard soixante (60) jours avant la date du scrutin ». Est-ce le cas aujourd’hui ? La réponse est Non !!!

 

La même loi en son article 65 dispose que les délais peuvent être prorogés et que la demande de prorogation doit être adressée à la CPS :

« Les délais fixés aux articles 31, 42, 46 et 47 ci-dessus sont susceptibles de prorogation en cas de nécessité. Le cas échéant la demande de prorogation est soumise à la Commission politique de supervision ».

Aucune disposition de la loi ne limite les pouvoirs de la CPS en matière de prorogation des délais et c’est le vrai danger, car la CPS peut en continuant de proroger indéfiniment les délais, violer de façon grave la constitution qui prévoit les délais limites dans lesquels toutes les élections doivent être organisées. Cf art 47 de la Constitution.

Au nom de quel droit et de quelle constitution la cour constitutionnelle a déclaré conforme à la constitution, la loi 2009-10, vu qu’elle viole la constitution et est prédisposée à la violer chaque fois qu’une élection (présidentielle, législative et communale) doit avoir lieu si la LEPI doit être utilisée pour toutes les élections ?

Dans le cas d’espèce, l’article 47 de la loi fondamentale est ou sera « violemment violée », puisqu’en prorogeant le délai de la mise à disposition de la LEPI au 15 Février 2011, les délais constitutionnels sont faussés : « Le premier tour du scrutin de l’élection du président de la République a lieu 30 jours au moins et 40 jours au plus avant la date d’expiration des pouvoirs du président en exercice. Le mandat du nouveau président de la République prend effet pour compter de la date d’expiration du mandat de son prédécesseur ».

Si l’ancienne loi particulière pour les élections présidentielles reste valable, et que l’article 47 de la Constitution du 11 décembre 1990 s’applique, si la LEPI doit être prête le 15 février 2011, et qu’il faut 60 jours entre la disponibilité de la LEPI et l’organisation du scrutin, je vous prie de constater tout simplement que nous sommes hors des délais, légaux et donc dans l’impasse !!!

Or, souvenez- vous que la loi 2010-33 portant règle générale a été mise en conformité par les députés le 03 janvier 2011, d’où l’impossibilité de recourir à la loi 2007-25 du 23 novembre 2007 qui prévoyait dans ses dispositions transitoires l’utilisation de la liste manuelle en cas d’indisponibilité de la LEPI. Dans sa décision DCC 10-147 du 27 décembre 2010, la Cour Constitutionnelle, fidèle à sa logique exprimée dans la décision DCC 10-116 du 08 septembre 2010 qui interdisait de prévoir dans les dispositions transitoires une Liste Electorale Spéciale

(LES) en cas d’indisponibilité dans les délais légaux de la LEPI, a réservé un sort identique à la liste ad hoc prévue par le législateur.

Dans la foulée, les attributs de la CENA ont été conférés à la MIRENA en ce qui concerne la Liste Electorale qui échappe complètement à la CENA : Beaucoup de problèmes en vue, de contestations, car je vois mal la CENA prendre possession d’une liste « prêt-à-porter » et l’utiliser naïvement pour organiser les élections. Nous y sommes !!!

 

  • · Concernant le dépôt des candidatures

 

Aux termes de l’article 33 alinéa 1 de la loi 2010-33 du 03 janvier 2011 portant règles générales pour les élections en République du Bénin, « la déclaration de candidature est déposée, trente (30) jours avant la date fixée pour le démarrage de la campagne électorale à la Commission électorale nationale autonome ou à l'un de ses démembrements : Commission électorale départementale ou Commission électorale communale qui doit la transmettre sans délai à la Commission électorale nationale autonome ».

Or, aux termes de l’article 37 de la même loi, la campagne électorale dure quinze (15) jours et s'achève la veille du scrutin à zéro (00) heure, soit

vingt-quatre (24) heures avant le jour du scrutin. Le corps électoral étant convoqué pour l’élection présidentielle pour le 27 février 2011, la campagne doit donc démarrer quinze jours (15) avant, soit le 11 février 2011 à zéro (00) heure. Dire que les déclarations de candidature doivent être déposées à la CENA ou à ses démembrements trente (30) jours avant le démarrage de la campagne, revient à dire qu’elles doivent être faites tente (30) jours avant le 11 février 2011, soit le 11 janvier 2011. Or la CENA n’a été installée que le 25 janvier 2011, mais ses démembrements ne sont pas encore installés. Encore une énième preuve de violation de la loi. Le blocage actuel des désignations des membres des CEC et CEA répond à une logique de défense de la République et devrait être perçu comme une main tendue de l’opposition parlementaire pour éviter le pire à notre pays.

 

  • · Sur l’irrecevabilité des recours dans le cadre de la LEPI

 

Aux termes de l’alinéa 4 de l’article 5 de la loi 2009-10 du 13 mai 2009 portant organisation du RENA et établissement de la LEPI, en période électorale, le recours dans le cadre de contentieux relatif à la LEPI est recevable au plus tard dans les quinze (15) jours précédant la date du scrutin, autrement dit, tout recours relatif à la LEPI sera frappé d’irrecevabilité s’il n’est pas introduit avant le 12 février 2011. Or, d’après les déclarations publiques des responsables de la CPS/LEPI et de la MIRENA, la LEPI sera livrée le 15 février 2011, c’est-à-dire trois (3) jours après le délai légal prévu pour les recours. Par conséquent la LEPI qui sera livrée le 15 février 2011 sera-t-elle susceptible de recours ? Ou tous les recours auraient-ils été vidés ?

 

  • · Sur la distribution des cartes d’électeur

 

Aux alinéas 3 et 7 de l’article 34 de la loi 2009-10 du 13 mai 2009 portant organisation du RENA et établissement de la LEPI, on lit respectivement : « Le centre de distribution des cartes d’électeur est ouvert pendant quinze (15) jours ininterrompus de huit (8) heures à dix-huit (18) heures. » et « A l’installation de la Commission électorale Nationale autonome, une nouvelle distribution est organisée par celle-ci sur une période de huit (8) jours. » ; ce qui fait une durée de vingt-trois (23) jours au moins pour l’opération de distribution des cartes.

Or, la distribution des cartes d’électeur ne peut raisonnablement commencer qu’après la mise à disposition de la LEPI, soit après le 15 février 2011. Les vingt-trois (23) jours comptés à partir de cette date du 15 février nous amènent au 10 mars 2011, soit onze (11) jours après le 27 février, date actuellement fixée pour le premier tour de la présidentielle. Ce qui nous fait conclure que dans le meilleur des cas, l’opération de distribution des cartes électorales chevauchera avec la campagne électorale avec toutes ses conséquences, et dans le pire des cas, elle ne sera pas achevée avant la tenue du premier tour du scrutin, autrement dit certains béninois seront privés de leur droit de vote, ou alors le scrutin sera purement et simplement reporté, ce qui comporte des risques certains "d’enterrement" de la Constitution, de troubles surtout.

 

  • · Sur les opérations devant aboutir à la LEPI

 

Selon les deux tableaux joints en annexe, un petit calcul et une analyse des délais légaux pour conduire les activités électorales nous donnent la date probable du premier tour des élections présidentielles pour le 17

avril 2011, soit onze (11) jours après la date constitutionnelle prévue pour l’investiture du nouveau président de la République. On se retrouverait alors dans un vide juridique absolument inédit car non prévu par la Constitution, ni par aucun autre texte de l’arsenal juridique béninois.

En effet, la Constitution du Bénin prévoit de façon explicite et exclusive deux cas de vacance du pouvoir :

1- Mise en accusation du Président de la République devant la Haute Cour de Justice. Dans ce cas, l’intérim est assuré par le Président de la Cour Constitutionnelle ;

2- Vacance pour cause de décès, démission ou empêchement définitif du Président de la République. L’intérim est alors assuré par le Président de l’Assemblée Nationale.

Nous savons tous que la CENA a été installée avec retard, que ces démembrements ne le sont pas encore, qu’elle cafouille actuellement sur les sujets de formation et de chronogramme, que ses membres qualifient les dates prévues dans la loi de dates indicatives, qu’elle est mise sous pression à la fois par YAYI et par la Cour Constitutionnelle pour compresser les délais légaux devant conduire les activités électorales ; tout ceci ne fait que confirmer la précipitation, la mauvaise préparation, la manipulation aux conséquences incalculables.

En effet, nous n’avons pas été surpris lorsque Me Robert DOSSOU, Président de la Cour Constitutionnelle, sur un ton péremptoire à la prestation de serment de la CENA, lisait l’article 135 de la loi 2009-10 portant règles générales pour les élections en République du Bénin, et renvoyait les membres de la CENA au travail pressant. A notre avis, ce n’est pas le juriste qui a parlé, mais le politicien, l’ancien porte parole du candidat Boni Yayi, l’ami personnel du Président de la République.

Nous savons tous que cet article est une incohérence tout simplement car elle voudrait dire qu’on peut installer la CENA même à la veille de la date du scrutin. Quelle incohérence ! Quelle aberration !

 

Au regard de tous ces constats, quelques questions :

 

a) Est-on sûr d’aller à cette élection le 27 février prochain?

b) Les hommes politiques veulent-ils vraiment organiser les élections à bonne date ?

c) Quid des 1.600.000 béninois non recensés par la LEPI ?

d) Quid des milliers de compatriotes (environ 900.000 pour l’instant) qui ne retrouvent pas leur nom après avoir passé des jours à se faire enrôler, dont moi-même qui vous parle ?

e) Pensez-vous qu’il est responsable et raisonnable de participer à de pareilles élections si on est démocrate ?

f) Pensez-vous que des candidats sérieux vont participer à une élection dont la liste électorale les déclare d’avance perdants ?

g) Pensez vous que notre pays, son élite, des dirigeants et son peuple seront pris au sérieux si nous allions aux élections dans pareil cafouillage ?

Par ailleurs, il urge, pour rassurer tout le peuple béninois que la

CPS/LEPI rende public sans délai le chronogramme précis des opérations de réalisation de la LEPI telle qu’elle le prévoit à ce jour.

 

Mes chers compatriotes,

 

Je pense qu’il faut arrêter de tricher avec la conscience du peuple, de lui mentir, de mettre en péril la paix sociale, de faire perdre du temps, de l’argent et de l’énergie. Personne ne peut accepter la grotesque mascarade que s’apprête à connaître le Bénin.

Au regard de tout ce qui précède, on peut entrevoir qu’au soir du 06 avril 2011, nous n’ayons pas élu un « nouveau » président de la République.

Cela reviendrait à dire que nous sommes dans un vide juridique, un cas ou une situation non prévue par la constitution ; cela reviendrait à dire que quand on n’est pas dans le droit, on est dans la force : l’Armée.

Puisque la cour constitutionnelle n’a pas joué à dessein son rôle de juge de la constitutionnalité de la loi (article 114 de la constitution du 11 décembre 1990), l’armée pourrait être obligé à le jouer à sa place. Et là ce serait le comble, l’enterrement de la démocratie béninoise et même de sa constitution du 11 décembre 1990.

Evitons cela !!!

 

IV-) LES RISQUES MAJEURS ET LES BLOCAGES POSSIBLES

 

Chers amis journalistes,

 

Avez-vous prévu toutes ces situations ? Avez-vous mesuré les conséquences pour la nation ?

 

Quels sont les cas de figure possible ?

 

1. Le 06 avril 2011, nous avons élu un « nouveau » président de la

République dans une précipitation et avec une LEPI bâclée : contestations et risques de désordres socio politiques. Dans les troubles qui vont suivre, l’armée pourrait intervenir pour vouloir rétablir l’ordre constitutionnel violé par le président « réélu » ;

2. Le 06 avril 2011, nous n’avons pas élu un « nouveau » président de la République : des esprits grégaires chercheront à faire erronément appliquer l’article 50 de la constitution qui parle de vacance de pouvoir où le président de l’Assemblée Nationale peut remplacer le président de la République et organiser après les élections.

Seulement, le président de l’Assemblée Nationale ne pourra pas le faire vu que son mandat à lui prend fin le 22 avril 2011. Il ne restera plus qu’une seule institution capable de conduire le pays : la cour constitutionnelle. Mais ce cas ne risque jamais d’arriver (0% de chance), parce que la constitution en parlant de vacance de pouvoir en son article 50 a précisé les conditions « … décès, démission ou empêchement définitif… ». Donc, cette deuxième hypothèse ne peut avoir lieu et nous mettons en garde contre ce schéma.

3. Le 06 avril 2011, nous n’avons pas un « nouveau » président de la

République : l’actuel président devient naturellement illégal et illégitime. Il peut décider de foutre le bordel et de laisser le pouvoir dans la rue auquel cas tout quidam pourrait aller le prendre. Devinez le désordre mais aussi et surtout l’instabilité qui pourrait être engendrée.

4. Le 06 avril 2011, nous n’avons pas un « nouveau » président de la

République : Le Président YAYI décide de se maintenir avec le soutien de l’armée. La dictature devra être sa seule arme s’il a un soutien franc de cette armée. Finie la démocratie au Bénin, enterrée la constitution du Bénin !!

5. Le 06 avril 2011, nous n’avons pas un « nouveau » président de la

République : YAYI joue au sage et remet tranquillement le pouvoir aux militaires avec qui un deal secret est passé. Puis après un court séjour, les militaires lui redonnent le pouvoir par le truchement d’élections aux couleurs et odeurs africaines.

Comme vous le constatez, dans tous les cas de figure, nous allons droit dans le mur, et la responsabilité de tous est engagée et celle du Président YAYI en premier, car c’est lui qui court le risque de rentrer dans l’histoire par la petite porte.

 

V-) LES SOLUTIONS

 

Regroupé en séminaire d’urgence le 26 janvier 2011 dernier autour du thème « Analyse critique des conditions d’organisation et de participation aux élections présidentielles de Février 2011 en République du Bénin. Attitudes et comportements de la Dynamique du Changement face aux échéances qui menacent la paix sociale. », les séminaristes ont répondu aux questions à eux posés dans le panel des questions électorales « Que disent les lois ? Qu’en font les hommes ? Est –il possible d’organiser matériellement, techniquement, légalement et temporellement le premier tour des élections présidentielles le 27/02/2011 sans rompre avec la légalité constitutionnelle ? ». La réponse fut sans détour NON !!! Il n’est pas possible de le faire, à moins de vouloir pour notre pays des troubles sociaux d’envergure.

Dans cet environnement politique délétère, où chaque partie campe à juste titre sur sa position, on peut craindre l’affrontement. Il faut rassembler les frères ennemis et refuser la vengeance qui n’est qu’un lâche plaisir d’un esprit étroit.

Or, il n’est de l’intérêt de personne que la situation pourrisse davantage.

C’est pourquoi, il faut que l’obole de la veuve garde toute son importance.

 

Mesdemoiselles, Mesdames, et Messieurs,

 

Nous voudrions souhaiter ensemble avec vous, qu’il est temps de faire la politique autrement que par le mensonge. Qu’il est temps de mettre de l’élégance au sommet de l’Etat afin que notre peuple se reconnaisse en nous. Qu’il est grand temps que chaque corps de société joue strictement sa partition à partir de sa position sans chevaucher et que la prostitution intellectuelle, confessionnelle et politique ne soit plus jamais érigée en méthode de gouvernance.

C’est pour prévenir que nous en appelons à la classe politique et à toutes les forces vives de la Nation qu’il est temps d’aller autour d’une table ronde pour dialoguer et négocier. FAISONS LE CHOIX RESPONSABLE D’UN DIALOGUE NATIONAL. C’est important. C’est incontournable à l’heure actuelle. Ceci est notre proposition car c’est le seul cas de figure, l’unique solution qui préserve notre démocratie, élève nos dirigeants et rassure notre peuple. Nous allons vers la création d’une nouvelle République.

N’attendons pas que les troubles, les révoltes, la rue nous y amène ; ce peut être trop tard.

 

VI-) LES ADRESSES SPECIALES

 

C’est pourquoi, je saisis solennellement cette unique et ultime occasion pour m’adresser à :

1) La CPS et la MIRENA : De bien vouloir publier sans délai leur chronogramme d’activités afin de permettre au peuple béninois d’apprécier la gestion faite du temps, des délais, des méthodes, des procédures et de la conduite future des activités restantes.

2) La CENA : D’éviter de servir de faire valoir et de refuser qu’on lui porte le chapeau de celle qui n’a pas été capable d’organiser les élections. En lieu en place de chronogramme, la CENA nous a servi un calendrier qui ne correspond en rien aux réalités du terrain. Que ses membres n’oublient pas qu’ils sont sous serment et qu’ils peuvent aviser le peuple s’il était avéré qu’elle ne peut pas matériellement, techniquement et légalement organiser les élections vu que ses principales attributions ont été remises à la MIRENA.

3) L’Assemblée Nationale : Qu’elle s’organise à participer à la table ronde vu que son mandat prend fin en avril prochain.

4) La Cour Constitutionnelle : Puisqu’elle nous a conduits sciemment dans le gouffre, qu’elle s’apprête donc à venir aux obsèques prochaines de la Constitution et qu’elle sache qu’elle aura aussi à répondre devant l’histoire.

5) L’Exécutif : De s’apprêter à restituer la République au peuple puisqu’il a été incapable d’assurer dans la légalité la transmission du pouvoir. Qu’il évite une résistance qui pourrait être fatale, car on ne conduit pas un peuple contre sa volonté.

6) Au prélat et à toutes les confessions religieuses : votre responsabilité morale et spirituelle est sollicitée ; votre arbitrage aussi.

7) L’Armée et les forces paramilitaires : Je dis haut et fort ici que l’armée a tout intérêt à rester neutre, impartial et patriote; que son rôle est républicain donc protecteur du peuple. Restez dignes et défenseurs des populations contre la tyrannie du despote.

8) Les corps constitués, les associations, les élèves et étudiants, les béninois de tous ordres et de toute catégorie : Debout et en avant pour une mobilisation pour remettre le pays sur les rails. A nos amis syndicalistes, journalistes, enseignants, agents de santé, fonctionnaires de tous ordres, n’arrêtez pas la lutte car ceux qui survivent sont ceux qui luttent.

9) A son Excellence le Président Emile Derlin ZINSOU

 

Cher papa,

Nous savons tous, que malgré votre enviable et grand âge, vous ne cessez pas de réfléchir au développement de ce pays et que vous vous inquiéter sur son avenir. Votre récente interview sur RFI retentit encore à notre oreille. Merci pour votre sollicitude permanente. Merci de continuer à nous indiquer le bon chemin.

Merci de ne pas arrêter de leur marteler que l’essentiel c’est la Paix.

Merci d’entreprendre une médiation car la situation l’exige.

10) A son Excellence le Président Mathieu KEREKOU

Notre Général,

Me voici à un rendez vous avec vous suite à ma lettre à vous adressée le 6 Août 2009 conjointement avec le Président SOGLO. Il nous semble que le pays a besoin de la sagesse qui vous a inspiré en 1990 et en tant d’autres occasions. Il nous paraît impérieux que vous jouiez votre partition afin que le Bénin qui vous a engendré et que vous avez porté ne soit emporté par les flots d’un bain de sang que vous avez l’historique devoir d’arrêter.

11) A son excellence le Président Nicéphore D. SOGLO

Cher hercule,

Ma lettre du 6 Août 2009 prend ici toute son importance.

Votre pays a besoin de vos gènes de démocrate, de votre riche expérience de bâtisseur et de médiateur. Vous qui avez laissé le pouvoir dans des conditions encore mémorables pour permettre à votre peuple de faire une autre expérience malgré tout le succès de votre quinquennat. Merci de ne pas laisser le pays aller à la dérive.

12) A la Communauté internationale : les différents ambassadeurs accrédités au Bénin, les différentes organisations internationales représentées au Bénin, les organisations régionales et sous régionales, sachez que les Béninois n’accepteront pas un diktat, une manipulation d’où qu’elle vienne. Vous êtes là pour accompagner le peuple béninois et son Etat.

Au Président Bruno AMOUSSOU, à Maître Adrien

HOUNGBEDJI, au Professeur Albert TEVOEDJRE, et à notre aimable doyen Séfou FAGBOHOUN et tous les autres de la classe politique de la mouvance comme de l’opposition, votre responsabilité est grande en ce moment de l’histoire politique de notre pays. Que Dieu vous donne la sagesse de bien négocier ce virage.

Aux gardiens de la cité, de la tradition et de la foi, gardez-vous d’être acteurs politiques, mais soyez médiateurs.

A vous toutes, A vous tous, société civile, Hommes et Femmes, Jeunes et Sages qui nous écoutez de n’importe quelle position et par divers canaux, « N’ayez pas peur », « N’ayez jamais peur », continuons la mobilisation, persévérons dans la prière et espérons en Dieu comme nous l’enseigne Victor HUGO dans Les chants du crépuscule :

« Espère, enfant ! Demain ! Et puis demain encore !

Et puis toujours demain ! Croyons dans l’avenir.

Espère ! Et chaque fois que se lève l’aurore,

Soyons là pour prier comme Dieu pour bénir.

 

Nos fautes, mon pauvre ange, ont causé nos souffrances.

 

Peut-être qu’en restant bien longtemps à genoux,

Quand il aura béni toutes les innocences,

Puis tous les repentirs, Dieu finira par nous ! »

Vive la Démocratie,

Vive le Bénin,

Je vous remercie