La Nouvelle Tribune

Déclaration de candidature de Boni Yayi: une pâle copie de Houngbédji

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A dire vrai, la convention nationale de la majorité présidentielle qui a consacré la déclaration officielle de candidature du président Boni Yayi est une véritable photocopie de la cérémonie d’investiture de Me Adrien Houngbédji. En comparant les deux événements, on constate que la majorité présidentielle n’a fait aucun effort d’originalité. Tout a été fait comme si l’on voulait imiter au détail près l’investiture du candidat unique de l’Un.

Du déjà vu, telle est l’impression de maints Béninois en suivant à la télévision samedi dernier la convention nationale de la majorité présidentielle. Le lieu choisi est d’abord le premier indice de l’imitation béate des hommes du pouvoir. De même, les organisateurs n’ont pas trop réfléchi  pour trouver les équipes de sonorisation et le podium. Ils ont fait recours à Ernest Adjovi qui avait aussi fourni les équipements pour l’investiture de Houngbédji le 18 décembre. D’autres ratés s’y sont ajoutés et ont montré que l’imitation n’a pas la qualité de l’original. On peut ainsi voir les nombreuses confusions notées au niveau du protocole et surtout les déboires rencontrés par les femmes mobilisées de partout. En effet, certaines parmi elles ont été flouées par les organisateurs qui les ont abandonnées sur le carreau sans rien prévoir pour leur déplacement après leur avoir promis ciel et terre avant leur arrivée au stade de l’amitié. L’autre hic de la manifestation, c’est la démobilisation constatée à la fin de l’événement. Alors que le Chef de l’Etat n’avait pas fini son discours et n’avait pas dit le « oui » souhaité de tous,  des militants de la majorité, par milliers,  ont commencé à vider les gradins laissant l’impression pour beaucoup d’observateurs que ce sont des militants pirates.

 

Les contradictions du discours

Le discours servi par le Chef de l’Etat à ses militants et fans ce samedi au stade de l’amitié recèle de contrastes palpables, de curieuses remarques et de contre-vérités et surtout des erreurs qui peuvent lui être préjudiciables pour la suite d la campagne. La tendance globale qui se dégage de ce discours est que le président de la république se présente une fois comme le messie, le sauveur national qui apporte la panacée à tous les problèmes du peuple. Cette tendance n’a guère changé depuis 2006 et a peut être ouvert la voie à maints dérapages. On put voir le président Boni Yayi se féliciter lui-même de son bon bilan. « Les réalisations sont concrètes, visibles et appréciables », a dit le Chef de l’Etat. Comment le bilan ne serait pas aussi positif lorsque c’est celui qui a mené les actions qui s’évalue lui-même ? L’élève peut-il se donner de mauvaises notes lorsque c’est lui-même qui corrige sa copie ? Les scandales, les pas de clerc, les erreurs monumentales sont subitement occultées. La mystérieuse disparition de Pierre Urbain Dangnivo aussi. Boni Yayi peut allègrement se targuer d’être l’homme de la paix comme c’est écrit sur les nombreux Tee-shirt portés par des militants. Seulement, l’excès d’autosatisfaction notée ce samedi au stade de l’Amitié porte en même temps les germes de la compromission du second mandat. A force de se satisfaire de son bilan, Boni Yayi s’est simplement mis la corde au cou. Car, si tout est fait et bien fait, que reste-il alors à faire ? C’est d’ailleurs pourquoi, le Chef de l’Etat n’a pu présenter de façon concrète le projet de société du quinquennat 2011-2016 et s’est contenté d’annoncer les traits saillants, lesquels paraissent aux yeux de maintes personnes comme une répétition de choses dites il y a cinq ans.  En promettant le changement à son peuple il y a cinq, Yayi avait promis de faire des réformes et a même tenté cela avant d’échouer. Si donc les nombreuses réformes annoncées pour le quinquennat 2006-2011 n’ont pas abouti, c’est bien à cause des déboires rencontrés par le Chef de l’Etat ou parfois parce qu’il s’y est mal pris. C’est le cas de la révision de la Constitution et de bien d’autres réformes. Pour la création d’un poste de premier ministre, cette idée, loin d’avoir un droit d’auteur, est bien celle du candidat Abdoulaye Bio Tchané annoncée le 04 Janvier dernier, le jour de sa déclaration de candidature. Le discours présidentiel est un aveu d’échec. D’abord au niveau de l’émergence économique. Même si on peut accepter avec le président Yayi que les bases de l’émergence sont en construction, on ne put jamais comprendre comment  le taux de croissance qu’il a promis amener à deux chiffres ait pu chuter en dessous des 3% au moment où il est en fin de mandat. L’autre aveu d’échec c’est la lutte contre la corruption avec le scandale des structures de placement. Là aussi Boni Yayi a vraiment échoué comme sur le plan de la lutte réelle contre la pauvreté car si la valise de la prospérité ne s’ouvre pas en cinq ans, il n’est pas évident qu’elle s’ouvre dans les cinq années à venir. Il faudra retourner en stage pour apprendre à l’ouvrir.

Les invités de trop

La présence de certaines personnalités à cet événement politique a permis de raviver quelques suspicions et de confirmer les inquiétudes, fondées ou non,  qu’on a sur l’impartialité de certaines institutions de la république. C’est le cas de Gaston Zinsounon, membre de la Cour constitutionnelle. Sa présence, bien que discrète n’est pas passée inaperçue dans la tribune officielle où il était jugé très haut, habillé en tenue d’été bleue nuit. Que cherche-t-il, lui le juge constitutionnel, l’arbitre qui doit arbitrer bientôt le match dans les vestiaires d’une équipe ? On connaît bien les affinités de ce monsieur avec le président Boni Yayi. Ardent défenseur du Chef de l’Etat, il a été promu conseiller technique à l’énergie de ce dernier avant d’être repêché au dernier moment pour occuper le poste laissé par le conseiller Robert Tagnon après sa mort. C’est le cas aussi de Joseph Ogountchi, conseiller à la Haute autorité de l’audiovisuel et de la communication (Haac) qui est habillé en tenue locale à l’effigie du président Boni Yayi. C’est le cas aussi d’un collaborateur direct de l’ambassadeur de France. Le seul d’ailleurs du corps diplomatique présent sur les lieux. Toutes ces présences imprudentes qui peuvent être de bonne foi peuvent prêter à des confusions et peuvent renforcer les griefs des uns et des autres contre la mouvance présidentielle.