La Nouvelle Tribune

La Cena installée, 30 jours pour réussir…

Espace membre

Après le raté du lundi, la Commission électorale nationale autonome (Cena) a été installée hier matin au siège de la Cour constitutionnelle.  La cérémonie de prestation de serment qui consacre l’installation de cette Cena a été présidée par le président de la Cour Constitutionnelle, Me Robert Dossou, entouré de ses collègues. Les Onze membres désignés et leurs suppléants ont prêté serment  dans la cour de l’institution, devant un gratin de personnalités et d’amis. Mardi matin, il sonnait 09h 40.  La devanture du siège de la Cour constitutionnelle sise aux encablures de la préfecture de Cotonou connaît une ambiance inhabituelle. Les militaires, très nombreux et apparemment convoyés sur les lieux pour renforcer le bataillon habituel de sécurité, font des navettes. Certains mis en faction, à un jet de pierres du siège de l’institution, ont réussi à bloquer la voie passant par là. D’autres procèdent à la vérification des identités et au filtrage à l’entrée. Les badauds et les personnes sans pièce sont simplement éconduits. Dans la cour pavée de l’institution, une tente posée pour la circonstance abrite les invités assis devant un podium décoré aux couleurs nationales. Ici, siègent six membres de la Cour, tous habillés de la toge rouge du juge constitutionnel - Mme Marcelline Gbèha  Afouda étant empêchée- devant une longue table bien décorée. A gauche, le secrétaire général de la  Cour, Sylvain Nouwatin, assure l’essentiel. D’une voix grave, le président de la Cour annonce le début de la cérémonie, après avoir donné deux coups de maillet sur la table, en ajoutant: «l’audience est ouverte». Il demande au secrétaire général de la Cour de procéder à la vérification des présences et invite les onze membres de la Cena et leurs suppléants à se lever pour le protocole de présentation au podium. Le point est bon. Tous sont là, présents. Le président Dossou lit l’article de la Constitution qui consacre la prestation de serment des membres de la Cena. Robert Dossou s’embrouille un peu. « Y a-t-il d’autres documents dont vous devez donner lecture ? », demande-t-il au Sg. « Oui », répond ce dernier qui tente de retrouver le texte dans le tas de papiers qu’il a devant lui. Pressé, Me Dossou remet un document à son Sg. « Prends le mien … », lance-t-il laconiquement. Nouwatin tend la main mais au moment de procéder à la lecture, il constate que ce n’est pas le décret en cause. « Non, non, ce n’est pas le décret, retourne moi l’autre », réagit le Président Dossou. Après quelques secondes de ping pong entre les deux, le Sg se retrouve enfin et lit le décret. Puis, le Président Dossou demande aux suppléants,  alignés derrière leurs titulaires, de poser la main sur l’épaule de ceux-ci et de réciter le texte avec eux. Visiblement excité, le Président Dossou se ravise quelques secondes après et demande à tous (titulaires et suppléants) conforment à la prestation de serment. « Je  voudrais vous donner la formule du serment. Vous tenez vos papiers dans la main gauche et vous levez la main droite », ordonne le Président Dossou. Il fait lire aux vingt deux membres debout devant lui, groupe de mots par groupe de mots, le texte consacré que voici. « Je jure de bien remplir fidèlement et loyalement et en toute impartialité et équité les fonctions dont je suis investi, de respecter en toute circonstance, les obligations qu’elle m’impose et de garder le secret des délibérations auxquelles j’ai pris part ». Ensuite, le Président de la Cour constitutionnelle rappelle aux membres nouvellement installés de respecter l’article 35 de la Constitution et de ne pas violer leur serment, faut de quoi, ils s’exposent à de graves sanctions. Très friand de commentaires, il fait usage d’une disposition de la loi pour montrer que le retard accusé dans l’installation de la Cena est prévu par la loi. Ce qui n’est en rien un handicap à la réussite de la mission à eux confiée. « Je vous demande d’aller prendre service immédiatement… », lance le Président Dossou aux membres de la Cena 2011. Et d’un signe alerte, il reprend le marteau en bois à sa gauche, tape deux fois et déclare: «  l’audience est levée ». Il donne l’ordre de salutation des membres de la Cena et accompagné de ses collègues, se lève pour les saluer. Il ne put s’empêcher de faire tomber un trépied d’un cadreur de télévision. Dans l’ordre de préséance, les membres de la Cour, le Président de l’Assemblée nationale, les membres du gouvernement, les députés, les hauts gradés de l’armée et … les parents et amis passent devant eux pour les féliciter. Photo de famille et cocktail mettent fin à la cérémonie.

Rigobert Tchatcha: entre loyauté et devoir de reconnaissance

L’installation de cette Cena a permis d’être fixé sur le représentant de la société civile dans cette institution. Depuis quelques jours, Jean Baptiste Elias et Rigobert Tchatcha, tous désignés par des différentes composantes de la société civile tirent chacun le drap de son côté. En attendant peut être un recours devant la Cour constitutionnelle, c’est le décret pris par le Chef de l’Etat qui repêche Tchatcha et qui met fin au litige. On cherchera à voir s’il se montrera redevable au Chef de l’Etat comme pourrait l’être Joseph Gnonlonfoun. Mais il devrait se montrer attentif aux sollicitudes de ses collègues de la société civile qui l’ont désigné. Déjà dans les coulisses, il se susurre que c’est le plus courtisé. Etant entendu que son choix est celui qui déterminera le contrôle de la Cena par tel ou tel camp. C’est en connaissance de cause qu’iI a refusé de se confier à la presse. « J’ai déjà prêté serment, je ne suis plus membre de la société civile », nous a-t-il répondu. De quoi embrouiller un peu les pistes pour compter dans les tractations. Que le plus habile gagne !

Impressions de quelques membres

Monsieur Joseph Gnonlonfoun

Le Chef de l’Etat au moment où il m’a téléphoné, me disait est ce que vous acceptez que je vous confie une mission nationale et je lui ai dit est-ce qu’un chef d’Etat peut vous confier une mission nationale et que vous refusiez? Vous savez à la Cena on ne choisit pas, on élit et toute élection est soumise à beaucoup d’aléas et c’est justement là l’essence d’une élection donc laisser les choix se faire et on verra bien. C’est le chef qui m’a choisi et il m’a dit de venir ici et comme  un service national, accomplissons-le ensemble.

Razack Issifou Amouda

Je suis content d’avoir été désigné par l’Assemblée Nationale pour siéger à la Cena je pense que c’est parce que l’on a quelque part confiance en moi. Comme vous le savez les élections vont s’organiser dans des conditions assez difficiles compte tenu des délais très courts et de l’incontournabilité de la lépi mais toujours en cours de réalisation. Je pense que la tâche sera hardie, mais nous ferons tout pour être à la hauteur. Le doyen d’âge a demandé qu’on se retrouve à 16 heures en plénière pour déjà commencer l’élaboration du règlement intérieur et je pense qu’après l’adoption du règlement, ce sera l’élection du bureau de la Cena. Bien sûr c’est après l’adoption du règlement intérieur et la mise en place du bureau que le calendrier électoral sera élaboré. Disons  que je trouve que cela sera très coincé, mais que cela sera quand même(…).La loi portant établissement du Rena/lépi  a précisé que la Miréna distribue les cartes d’électeur pendant un délai de 15jours. Une fois la Céna installée, elle redistribue les cartes non distribuées pendant un délai de 8 jours. Est-ce que nous sommes dans ces délais, je pense que vous pouvez tous prendre les lois et les lire.

Jérôme Alladayè

Il s’agit d’une mission nationale à exercer avec patriotisme, je suis habitué puisque j’ai été membre de la Céna 2006 et de la Céna 2007. J’ai été secrétaire administratif permanent de la Céna de 2002 à 2008, donc je m’y connais un peu je peux le dire. Le Président de la Cour constitutionnelle a dit tout à l’heure qu’il faut nous mettre à la tâche rapidement, nous allons nous retrouver dès cet après midi à partir de 16 heures et on se mettra à la tâche.

Propos recueillis par Marcel Zoumènou et transcrit par Sergino Lokossou