La Nouvelle Tribune

Le Mepad déclare « Yayi, un espoir déçu »

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Le Mouvement pour l’éthique, le panafricanisme et la préservation des acquis démocratiques (Mepad) vient d’adresser une lettre ouverte au chef de l’Etat, Boni Yayi. Dans cette correspondance que nous publions, les membres du Mepad expriment leur déception quant à la gestion de Boni Yayi en quatre ans. Ils peignent avec beaucoup d’émotions la gestion du Dr Boni Yayi en noir. Ils estiment qu’il est un « espoir déçu ». Selon le Mepad, le président de la République a trahi le pacte qui le liait à la jeunesse béninoise. Par conséquent, ils se disent décidés à œuvrer pour préserver les acquits de la démocratie qu’il a tant mis à mal. Toutefois, ils lui conseillent de revoir sa manière de gérer le pays et d’essayer de se rattraper. (Lire l’intégralité de ladite lettre)

Mouvement pour l’Ethique, le Panafricanisme et la Préservation des Acquis Démocratiques (MEPAD)

 

A

Monsieur Boni YAYI,

Président de la République

Cotonou, le 24 Novembre 2010

«  Il n’y a rien de négatif dans le changement,

si c’est dans la bonne direction »

Winston Churchill

Excellence Monsieur le Président de la République, tout le peuple béninois était en euphorie au soir des élections présidentielles de mars 2006 qui ont consacré votre arrivée à la magistrature suprême de notre cher et beau pays le Bénin.

Qui l’eût cru ? Oui ! Qui pouvait penser que le Bénin allait encore une fois étonner le monde ?  Bien difficile de réveiller celui qui ne dort pas mais qui en donne l’impression, n’est-ce pas ? Il y a bien de génération spontanée en politique. Votre arrivée à la tête du pays prouve une fois encore que chaque vie se fait son propre destin. Napoléon 1er ne disait-il pas : « Il est de la sagesse et de la politique de faire ce que le destin ordonne et d’aller où la marche irrésistible des évènements nous conduit » ? Eh bien, nous y avons cru, vous avez entraîné tout le peuple à y croire ; ce peuple vous a soutenu et vous avez gagné. Vous avez gagné de fort belle manière, tant le soutien était massif. L’irrésistible soif du changement avait gagné tous les cœurs et vous incarniez à nos yeux, en ce moment, ce changement tant voulu par l’ensemble du peuple béninois longtemps dirigé par une élite politique qui a provoqué le retard économique de notre cher et beau pays le Bénin. Vous aviez fait la promesse, au cours des campagnes, de mettre le Bénin sur les rails de l’émergence économique et de l’engager résolument sur la voie du développement. Et cela a plu, sans aucun doute, à la majorité des Béninois, puisque vous avez été élu avec 75% des suffrages  au second tour.

Excellence,  le peuple béninois a donné une bonne raclée à la traditionnelle classe politique, pourquoi ? Pourquoi cette surprenante raclée ? Parce que le peuple béninois aspirait au véritable changement et en avait vraiment soif, il en avait assez des vieilles habitudes rétrogrades, des comportements anti-développement. Dès lors, beaucoup d’espoirs et de confiances furent placés en vous.

Hélas ! Excellence, après plus de quatre années de gestion du pouvoir d’Etat, nous constatons avec regret, que les choses peinent à changer, du moins, dans la direction majoritairement souhaitée et malencontreusement, nous observons une exacerbation de certaines pratiques peu orthodoxes et avilissantes ainsi que la résurgence d’autres, sous votre règne et dans une totale impunité.

Excellence, la plus haute fonction de la république que vous assumez exige de vous un comportement digne d’un véritable leader. Loin des flagorneries et autres envolées dithyrambiques à la gloire de sa majesté, jugez-vous, vous–même, si vous êtes le Président de la République de tous les Béninois ou tout simplement d’une partie du Bénin.

Excellence, voyez-vous là où  nous voulons en venir ? Aujourd’hui dans notre pays, l’unité nationale est gravement menacée et le régionalisme a érigé ses tentacules au cœur  de la cité et au cœur de tous les débats. Tout cela à cause de votre incapacité à développer de réelles qualités de leadership, à vous mettre au-dessus de la mêlée et à diriger ce pays avec compétence, humilité, rigueur, charisme, crédibilité et honnêteté. Vous semblez oublier qu’un vrai leader est celui qui arrive à faire en sorte que des gens qui le suivent aient l’impression ou soient convaincus qu’ils ont un même combat, un même défi à relever et non celui qui ramène tout à sa personne et aime se faire vénérer. Celui-là verse inexorablement dans l’arbitraire, l’aveuglette et l’absolutisme, tel Louis XIV dans l’une de ses célèbres phrases : « L’Etat, c’est moi ».

Vous avez déçu les attentes placées en vous. La corruption doublée d’une impunité grotesque ont fait peau neuve sous votre règne. Vos agissements souterrains ont vicié les relations entre l’Exécutif et le Pouvoir législatif, bloquant ainsi l’étude et le vote des projets de lois essentiels pour le développement de ce pays. Votre penchant pour l’improvisation, l’impréparation et à l’imprévision vous a amené à prendre des décisions inconséquentes dans la gestion des différentes crises que le Bénin a connues et qui sont d’ordre planétaire. Conséquence, le peuple béninois en fait aujourd’hui les frais. La gestion du pouvoir ne se fait pas sur un coup de dé ou sur un coup de poker. Cela suit un processus et ce n’est que du management.

Excellence, dites-vous bien que si les Béninois s’attendaient à un tel dérapage de votre part, vous n’accéderiez jamais à la magistrature suprême, car ce sont des gens épris de paix et très attachés à l’unité de leur pays.

Excellence, convenez-vous avec nous que l’état des lieux n’est pas reluisant ?

Vous avez affiché au début de votre  mandature, une volonté ardente à combattre la corruption sous toutes ses formes. Ceci vous a même amené à faire une marche verte,  la marche de tous les espoirs. Que s’est-il donc passé d’inédit après cette fameuse marche ? Quels impondérables ont rendu vains ses espoirs ? La mafia de la corruption béninoise vous a-t-elle également corrompu ? Vous êtes assurément le seul capable de nous répondre. Nous constatons tout simplement aujourd’hui, que votre régime est mêlé à de nombreux scandales économico-financiers tels que la CEN-SAD GATE, l’affaire des machines agricoles, la nébuleuse de l’avion présidentiel, la nébuleuse de l’OCBN, la gestion des milliards du microcrédit aux plus pauvres, l’affaire ICC-SERVICES et consorts, et bien d’autres encore, avec des responsables non coupables et des coupables non punis. Ceci constitue la preuve d’un échec total sur ce plan. Et ce ne sont pas les derniers rapports de Transparency International qui nous démentiront. Du 96ème rang en 2008, notre pays a été formidablement promu au 106ème rang en 2009, pour une consécration au 110ème rang en 2010. Quelles performances ! Quel exploit ! Bien entendu, la machine de l’émergence fonctionne à merveille.

Excellence, nous ne reviendrons pas sur l’état de la démocratie béninoise sous votre règne, mais nous vous promettons de lutter par tous les moyens légaux et légitimes afin de préserver les acquis de la Conférence Nationale des Forces Vives de la Nation. Nous n’avons pas pris part en personne aux luttes ayant conduit à cette délivrance de notre peuple en raison de notre jeunesse. Il nous incombe donc le devoir de les préserver pour ne pas compromettre davantage notre avenir et pire, celui de nos descendances.

Excellence, qui oserait dire que vous n’avez pas violé le contrat sacré qui vous liait au  peuple béninois ? Personne, excepté bien sûr vos griots, qui n’osent pas vous dire la vérité.

Excellence, nous vous assurons que si votre navire arrivait à chavirer, ils seront les premiers transfuges.

Excellence, comme l’affirme Pierre MENDES : « A partir du moment où, dans un pays, s’établit un divorce entre l’orientation d’un régime et les aspirations de la jeunesse, alors, oui la catastrophe est proche ». Vous avez trahi la jeunesse béninoise qui avait pourtant foi en vous. Cette jeunesse s’attendait à avoir un président fort, courageux, honnête, juste et impartial. Un vrai développeur qui n’a pas son regard tourné de façon permanente vers sa réélection en 2011. Quel énorme gâchis ! Monsieur le Président ! Et pourtant, ce ne sont pas les sources d’inspiration qui vous manquent ; vous avez des exemples de bons leaders tels que Nelson Mandela, Barack OBAMA, Amani TOUMANI TOURE, etc. qui ont développé, chacun d’eux, des qualités de leadership immenses et qui ont amené leur peuple à croire et à espérer en eux.

Osons le dire, la jeunesse béninoise est désenchantée, que disons-nous ? La  jeunesse consciente de notre patrie commune que vous dites tant aimer, celle à qui vous promettiez, il y a quelques années, le sacrifice suprême, est déçue  parce que ne se retrouvant plus à travers vos politiques et ce que vous êtes en train de faire d’elle.

Excellence, l’espoir placé en vous a subi très tôt désenchantement, désappointement et trahison. En d’autres termes, vous êtes un espoir déçu.

Excellence, il n’est jamais trop tard pour bien faire. Prenez vite et maintenant vos responsabilités afin de laisser à la postérité un bon héritage. Car  comme disait Marcus Garvey, « Ce que tu fais de valeureux aujourd’hui inspire les actions des autres dans le futur ».

Respectueusement et patriotiquement vôtre.

« Dis moi quelle jeunesse tu as et je te dirai quel peuple tu seras ».

Le MEPAD