La Nouvelle Tribune

Le processus électoral mis en veilleuse.

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(La Cour constitutionnelle et l’Assemblée au banc des accusés)

Le Bénin est-t-il malade de ses institutions ? A environ quatre mois des élections, il n’y a toujours pas de lois électorales. La Lepi - que la Cour constitutionnelle semble imposer comme seule conditionnalité pour aller aux  élections - est loin d’être prête. Les Etats  major des partis politiques sont dans l’expectative. Pour une première fois depuis 1990,  la machine électorale du Bénin semble être bien grippée. Et pour cause.

Organisera, organisera pas, les élections présidentielles et législatives de mars 2011 sont loin des préoccupations actuelles  des institutions  compétentes et des partis politiques. A environ quatre mois de ces élections, l’attitude désinvolte des institutions chargées de préparer et d’organiser ces élections laisse croire au report. La Haute autorité de l’audiovisuel et de la communication (Haac) avait pourtant  su bien jouer sa partition en lançant il y a quelques jours la campagne électorale médiatique. On s’attendait à ce que les Etats major sautent sur cette aubaine et fassent monter la fièvre pré-électorale. Mais chose paradoxale, ce sont les médias qui courent derrière des acteurs politiques de plus en plus rares et amorphes  sur le front. Ils semblent être préoccupés par autres choses. En effet, à l’heure actuelle, les lois électorales sont dans l’impasse. Les dernières lois sur les règles particulières sur l’élection du président de la république, les règles particulières sur l’élection  des membres de l’Assemblée nationale et celle portant sur les règles  générales des élections en république du Bénin ont été deux fois cassées par la Cour constitutionnelle. A l’Assemblée nationale, les députés ne semblent plus pressés par la troisième mise en conformité de ces lois. Surtout que les nombreuses reformes et les innovations apportées à ces lois ont été toutes rejetées. Parmi ces décisions rendues, la Cour a semblé rendre l’établissement de la Liste électorale permanente informatisée(Lepi) obligatoire pour les élections de 2011. Pourtant, le constat actuel fait par bon nombre de personnes est que ce processus, en dépit des irrégularités qui l’émaillent, est loin de prendre fin avant 2011. A cette allure, on se demande si les élections auront lieu à bonne date.

 

La guerre des institutions

A voir de près, le blocage actuel du processus électoral trouve son terreau fertile dans la guerre froide que se livrent l’Assemblée nationale et la Cour constitutionnelle. Le manque de collaboration et de dialogue entre ces deux institutions a favorisé l’impasse des lois électorales et surtout l’obligation de la Lepi pour ces élections. Car, c’est la Lepi qui alimente les rivalités entre l’opposition et le gouvernement, le premier dénonçant les nombreuses irrégularités et demandent de surseoir provisoirement à cela avant les élections. L’autre inquiétude est la Commission électorale nationale autonome(Cena) chargé de s’occuper de l’organisation matérielle des élections mais qui, jusque là, n’est pas encore installée. L’Assemblée nationale qui doit l lancer le processus dans ce cadre n’y pense pas encore. Le gouvernement qui doit accompagner le processus joue à l’indifférent. Les partis politiques sont aussi curieusement muets sur le sujet, donnant l’impression de cautionner le blocage actuel. Conséquence, personne n’ose parler des élections et la situation pourrit davantage.