La Nouvelle Tribune

Scandale des machines agricoles: le vrai visage du gouvernement face à la corruption

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Au-delà des autres scandales qui ont émaillé la gestion du gouvernement du Dr Boni Yayi, celle des machines agricoles vient confirmer à tous les Béninois le vrai faux engagement des dirigeants actuels contre la corruption.

Lorsque le député Janvier Yahouédéou a commencé il y a quelques mois à dénoncer les magouilles et surfacturations qui ont eu cours dans le dossier d’achat des machines agricoles au profit du Projet de promotion de la mécanisation agricole (Ppma), peu de Béninois lui accordaient du crédit. Mais à la lumière de ses arguments et des éléments en sa possession, on est édifié de ce que le discours des gouvernants est contraire aux actes qu’ils posent. Autrement, c’est à une duperie du peuple savamment orchestrée qu’on assiste. Si non comment comprendre que dans ce dossier d’achat de machines agricoles, des textes qui régissent  la passation des marchés soient royalement piétinés et mis de côté. D’après Janvier Yahouédéou, plusieurs sociétés à peine créées ont bénéficié de marchés de fournitures des machines agricoles par procédure de gré à gré s’élevant à plusieurs millions F Cfa voire des milliards. Sûr et convaincu qu’il détient la vérité, le député a cité nommément des sociétés impliquées dans cette magouille. Ainsi, fait-il savoir, la société Lasavane appartenant à M. Jean Djossou  six mois à peine après sa création a obtenu un marché de près d’un milliard et demi. C’est le même cas pour la société Adjiti Sarl qui a bénéficié d’un marché de 874.000.000 Fcfa  le 25 mai 2009 alors qu’elle a été créée seulement en novembre 2008. Le cas le plus criard que le député d’Agonli a soulevé est celui de la société SPL, la Société de Prestations et de Logistiques (SPL Sarl) qui a été créée le 25 août 2008 et qui a bénéficié d’un marché de 1 milliard et 90 millions (1.090.010.000) F Cfa seulement quatre mois après sa création. Bien d’autres sociétés telles que Cenadis, Cdga, ont également obtenu des marchés aux montants colossaux alors même que leur durée de vie ne les y prédestine pas. Janvier Yahoudéou révèle et fait constater que les multiples sociétés qui ont obtenu des marchés dans le cadre du Ppma, ont été créées après la nomination du coordonnateur dudit projet et appartiennent pour la plupart aux mêmes individus. D’où la constitution du délit d’initié.  Face à ces accusations du député Yahoudéou, le gouvernement s’est défendu par la voix du ministre Geégoire Akoffodji. Pour ce dernier, la procédure de gré à gré est pleinement justifiée. Selon lui, le code des marchés publics indique clairement que « lorsque l’exécution des travaux, la livraison de fournitures ou la réalisation des prestations des services fait l’objet d’un monopole ; c’est-à-dire s’il n’y a que des sociétés qui ont un monopole dans un secteur donné, on est obligé d’avoir recours à ces sociétés là ». Tout en admettant cet argument du ministre qui prête pourtant à polémique, il faut remarquer que dans ce même code, il est stipulé à l’article 46 que  «  le Ministre des finances devrait  veiller à ce que les marchés gré à gré autorisés ne dépasse le seuil de 10% du montant total des opérations de passations des marchés publics de la structure ». Toute chose qui n’est pas respectée dans le présent dossier. En procédant ainsi, le gouvernement ne saurait nier avoir cautionné cette magouille que dénonce le député Yahouédéou.

D’un autre côté, le gouvernement du Dr Boni Yayi semble avoir fait du favoritisme à l’égard des sociétés impliquées dans ce dossier. Ce favoritisme se situe au niveau des paiements. En effet, alors que lui-même a fermé le Sigfip (Système intégré de gestion des finances publiques (SIGFIP), ainsi que le Pip bloqué, on ne comprend pas par quelles gymnastiques ces sociétés ont été payées par le gouvernement 48 heures seulement après les livraisons. Au-delà ce ceci, qu’est-ce qui justifiait une telle célérité alors même que la pratique impose que l’on paie les 90% du montant à la réception sur constat consigné dans un procès-verbal et les 10% restant au bout de douze mois ? Les 10%  comme de garantie. Là encore, le gouvernement a joué une partition qui laisse planer le doute sur ses intentions réelles.

Dans ce dossier, le volet des essoucheuses constitue un  autre os dans la gorge des autorités nationales. En effet, malgré toutes les démonstrations et les prestidigitations d’un responsable de la société Gyrotrac qui a livré ces machines, dépêché spécialement, on note que c’est plutôt l’honorable Yahouédéou qui détient le bon bout de la vérité.  L’honorable affirme que les quatre essoucheuses ont été vendues à 384 millions de F Cfa à l’Etat mais que les responsables en charge du Ppma ont déclaré qu’elles ont coûté 1 milliard 90 millions. Tout en s’appuyant des copies de factures  qui ont sanctionné les transactions entre les différentes sociétés, il estime qu’il y a eu une qui a joué le rôle société écran dans ce dossier. Une pratique qui est monnaie courante lorsqu’on veut brouiller les pistes  dans des cas de magouille de ce genre.

{mosgoogle}Ce qui surprend dans ce dossier, c’est que le gouvernement semble tout faire pour ne pas aller au vrai débat. On a vu le chef de l’Etat dans d’autres circonstances, mettre d’abord des collaborateurs à lui de côté afin que des structures indiquées fassent des enquêtes pour déterminer leur degré d’implication. Qu’est-ce qui empêche le président Boni Yayi d’accorder un minimum de crédit aux propos de son allié ? Pourquoi n’autorise-t-il pas son ministre à participer au débat contradictoire pourtant souhaité par son collaborateur ? Que craint-il dans ce dossier ?  Loin d’être exhaustives, ces questions dont le président détient peut-être la réponse ne permettent pas d’accorder un blanc-seing au gouvernement en ce qui concerne son engagement « farouche » contre la corruption.

Georges Akpo