La Nouvelle Tribune

Message du Chef de l’Etat à la Nation avant l’abrogation de la loi sur la Lépi

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Le discours peu crédible de Boni Yayi

Mercredi dernier, à la veille de la session parlementaire qui s’est consacrée à l’abrogation de la loi organisant le recensement électoral national approfondi (Rena) et la liste électorale permanente informatisée (Lépi), le président de la république s’est de nouveau adressé aux Béninois, dans un discours prononcé en direct sur les télévisions.

Cette fois encore, le propos du Chef de l’Etat n’a pas manqué d’accrocher. Non par sa pertinence, mais par son allure peu crédible et sincère.

Le Chef de l’Etat justifiait d’entrée son discours par la nécessité de rendre compte à la Nation de sa gestion des affaires publiques. Mais les multiples voltes-faces de Boni Yayi sur des questions de grand intérêt pour ses concitoyens trompent la bonne impression qu’il tente de faire. Attendu sur la question écrite du député Yahouédéou relative aux machines agricoles, le Président Yayi a d’abord distrait le public par une pseudo réconciliation de l’élu du peuple avec le ministre de l’agriculture, avant de se murer depuis des mois dans le silence. Plusieurs autres dossiers qui exigent le compte rendu du Chef de l’Etat, ne sont plus abordés en public : la concession de l’Ocbn, la cession supposée de Bénin Télecoms, les retombées de la réforme du secteur du Gsm entre autres.

La solidité des institutions de la république, selon le Président dans son discours, concourt à la stabilité politique. Or il est de notoriété publique que les institutions de la république sont caporalisées et se voient dénier parfois les prérogatives que leur confère la Constitution. Pour exemple, Boni Yayi a tenu à ce que la plupart des sages nommés à la Cour constitutionnelle soient issus de sa famille politique, histoire de lui rester redevables. De même, plus d’une fois, le Président, par ordonnance ou par des incidents juridiques, a privé le Parlement de son droit de légiférer.

Le hic dans le discours de Boni Yayi est quand il reconnaît bien que la démocratie est l’alternance au pouvoir et qu’il semble préférer à cette alternance la stabilité. Et là, le Chef de l’Etat laisse carrément échapper son dessein de rester longtemps au pouvoir, même s’il faut violer la loi. Puisqu’il revendique à la fois être le garant de la loi et en même temps bénit la réalisation de la Lépi à marche forcée, en violation flagrante de la loi.

{mosgoogle}Sans qu’il soit nécessaire de ressasser toutes les contradictions du discours de Boni Yayi, il sied d’insister sur l’argument des investissements importants qui font que la réalisation de la Lépi est à un point de non retour. La question qu’il convient de poser au Chef de l’Etat ici est de savoir pourquoi n’avoir pas alors prêté oreille attentive aux objections des opposants dès le début du processus, quand assez de dépenses n’étaient pas encore faites. Dans son ensemble, le discours du Président de la république à la veille de la session parlementaire ayant abrogé la loi organisant le Rena et la Lépi est peu crédible.
Olivier ASSINOU

Un extrait du discours du chef de l’Etat

• Béninoises, Béninois.
• Mes Chers compatriotes,

C’est pour moi un agréable devoir de m’adresser à vous, chaque fois qu’il est nécessaire de rendre compte à la Nation de la gestion des affaires de notre cher Etat, en conformité avec l’engagement pris devant vous à l’occasion de ma prestation de serment le 06 avril 2006 à Porto-Novo.
Qu’il vous souvienne qu’au nombre des priorités contenues dans mon projet de société figure en bonne place le renforcement du renouveau démocratique chèrement acquis par notre peuple depuis la Conférence Nationale des Forces Vives dont nous venons de célébrer le 20ème anniversaire le 28 février 2010.

Mes chers Compatriotes,    
Il n’est un secret pour personne que la stabilité politique et la paix sociale qui caractérisent notre pays tiennent pour une bonne part de la solidité des institutions de la République établies depuis l’adoption de la Constitution du 11 décembre 1990. Ces institutions constituent les fondations sur lesquelles notre pays se construit et les fondamentaux de l’organisation administrative et de la gestion des affaires politiques au regard des principes de la démocratie et de l’Etat de droit.
Comme vous le savez bien, la démocratie suppose l’alternance au pouvoir d’où la régularité des consultations électorales. Mais quel sens donnerait-on à ces consultations si elles portent en elles le germe de la contestation et des perturbations sociales ? Quel sens donnerait-on à notre démocratie si l’alternance comporte en elle des risques de la fragilisation de nos acquis démocratiques et du retard de notre marche vers le progrès ?
Il apparaît donc impérieux d’éviter toute attitude de nature à plonger notre pays dans un avenir incertain.
C’est pourquoi, en ma qualité de garant du respect des lois et de l’exécution des décisions de justice que me confère l’article 59 de notre loi fondamentale, je voudrais en appeler une fois encore à la sagesse de la classe politique de notre pays, notamment les honorables députés à l’Assemblée Nationale, sur l’importance du rôle qui est le leur dans la mise en œuvre de la Liste Electorale Permanente Informatisée (LEPI).
La LEPI que nous appelons de tous nos vœux doit être une LEPI consensuelle et voulue de tous. Il n’y aura pas de LEPI pour un camp ou pour un autre et c’est le sens qui a été donné à la rencontre d’évaluation du mardi 09 mars 2010 ayant abouti à la mise en place d’un groupe de travail dont la mission est d’examiner les difficultés que rencontrent les organes en charge de son élaboration afin de trouver les solutions devant nous permettre d’aborder sans anicroches la 2ème étape de l’opération, celle du recensement des citoyens.
Je voudrais me féliciter de la mise en place de ce groupe de travail qui a effectivement démarré ses travaux ce jour même, 17 mars 2010, avec l’ensemble de tous les acteurs sans exception aucune, avec les représentants des différentes formations politiques, l’ « Union fait la Nation », l’Union de la Majorité Présidentielle Plurielle, G13, la société civile dans sa composante FORS LEPI, les confessions religieuses, etc.
C’est vous dire que c’est avec joie que je vous informe que les acteurs de la vie politique et sociale de notre pays reviennent en de meilleurs sentiments pour que cette LEPI soit véritablement consensuelle.
Dans ce sens, je voudrais exhorter le peuple qui a adhéré dans sa grande majorité à la réalisation de cette LEPI à s’entretenir sur le sujet avec ses mandataires que sont les honorables députés à l’Assemblée Nationale.

{mosgoogle}Mes chers compatriotes,
A l’étape actuelle du processus d’élaboration de la LEPI où la cartographie censitaire est déjà achevée et d’importantes ressources financières mises à la disposition de notre pays par les Partenaires Techniques et Financiers, il ne nous est plus possible de reculer mais d’évoluer en engageant rapidement les différentes étapes pour tenir dans les délais légaux. Il y va de la crédibilité de notre nation au regard de la communauté internationale...