La Nouvelle Tribune

Luttes syndicales : réponses aux excès de nos dirigeants ?

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Considérée comme une année charnière, dernière ligne droite avant la fin éventuelle des régimes en place, l’année précédant une présidentielle est souvent mise à profit par les travailleurs et leurs syndicats, pour exiger, exiger toujours plus des gouvernements en instance de sortie, dont ils ne savent pas quel sera le sort.

Ceux-ci sont souvent tentés, dans une démarche populiste voire débonnaire, en tout cas pour s’éviter l’impopularité, de les satisfaire. Si 2010 ne dément pas la règle des revendications tous azimuts, elle semble cependant en passe d’échapper à celle qui voudrait voir satisfaites facilement lesdites revendications. Les propos tenus par le chef de l’Etat aux responsables du Front des syndicats des trois ordres d’enseignement renseignent éloquemment à cet effet. « Je ne peux plus rien pour vous, vous pouvez blanchir l’année, fermer les écoles, je ne suis candidat à rien. Mon mandat finit dans 10 mois et j’espère que le prochain président résoudra tous vos problèmes… », leur aurait-il dit en substance. Parole du chef du Front, Raouf Affagnon, jamais démenti.
Quand on considère que le Bénin est un pays aux ressources disponibles limitées, qu’il n’a pas de ressources naturelles déjà exploitées, que l’essentiel de ses revenus provient des impôts prélevés sur les citoyens et des apports des partenaires au développement, l’on peut s’interroger sur le bien fondé des revendications des syndicats. Mais il faut rappeler une vérité implacable : les syndicats ont pour mission première, partout où ils existent, de lutter pour la défense des intérêts de leurs membres, pour l’amélioration de leurs conditions de vie et de travail. Certes, on dénonce parfois leur jusqu’auboutisme, on les accuse d’apatridie, on les accuse de faire de la surenchère, on tente même parfois de les livrer à la vindicte populaire. S’il est sans doute exagéré de les taxer d’apatrides, il peut être juste aussi de relever que leurs revendications sont parfois exagérées, rapportées aux ressources objectives du pays.

Mais à y voir de près, l’on peut être tenté de comprendre les syndicalistes. Car, s’il est vrai que les ressources du pays sont limitées, n’appartient-il pas aux dirigeants de les gérer parcimonieusement, de procéder à leur juste et équitable répartition ? Or, qu’observe-t-on ? Le train de vie de l’Etat va toujours galopant. Les salaires de nos responsables politiques sont mirobolants, rapportés aux conditions de vie du Béninois d’en bas. Comment comprendre par exemple que, dans le même pays, le SMIG soit de 31.500FCFA à peine et qu’un président d’institution parmi tant d’autres gagne environ 3.000.000FCFA le mois ? Que les ministres soient à près de 2.000.000FCFA ? N’est-ce pas ce que dénonçait déjà Thomas Sankara quand il prescrivait à ses compagnons de la Révolution qui a posé les jalons du Burkina Faso actuel : « Nous devons vivre au niveau du pays réel » ? Comme pour leur dire que les dirigeants doivent donner l’exemple et être vraiment le reflet du peuple qu’ils incarnent ? J’ai la conviction que le jour où les dirigeants béninois comprendront cela, que tous vivront l’austérité quand il le faut et pas seulement le bas peuple, où le luxe insultant ne côtoiera plus la misère crasse, les choses changeront vraiment. Que mêmes les syndicalistes comprendront et tairont de facto certaines de leurs revendications. Cela est à notre portée.

{mosgoogle}Boni Yayi aurait pu amener les uns et les autres à consentir les sacrifices utiles au pays. Lui qui a dit avoir pris le pays avec les caisses vides, à peine 200.000.000 FCFA de disponible, n’a-t-il pas dès les premières semaines, alors qu’il aurait pu, sur cette base, décréter l’austérité, procédé plutôt à une augmentation des salaires de ses ministres sous le bas prétexte de les mettre à l’abri des tentations de la corruption ? J’ai la conviction que Boni Yayi, au regard des conditions dans lesquelles il accéda au pouvoir, au regard de la vague populaire qui l’a porté, aurait pu réussir une bonne révolution en douce de nos mentalités, de notre rapport à l’état, s’il avait su transformer l’essai au lieu de verser dans un populisme qui n’a pas tardé à montrer ses limites.

Par Wilfried Léandre HOUNGBEDJI (source : http:/commentvalebenin.over-blog.com)