La Nouvelle Tribune

Grève dans les enseignements primaire et secondaire

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Yayi  en colère contre le Front

Il était noir de colère mardi dernier face aux responsables du Front d’action  des syndicats des trois ordres d’enseignement. Au point même qu’il leur aurait dit d’aller fermer simplement toutes les écoles s’ils veulent. Une heure de boutades sévères  à la Présidence de la République. « Fermez les écoles si vous voulez. Vous pouvez même  blanchir  l’année scolaire. Si c’est votre choix…… » A peine rentré dans la salle d’audience, où l’attendaient les enseignants depuis plus d’une heure, le Chef de l’Etat  a commencé à déverser sa bile sur eux. Son visage hagard  et sa voix grave dégageaient une colère noire qui a surpris  les hommes d’en face. Ils sont constitués essentiellement de syndicats d’enseignants réunis au sein du Front d’actions  des syndicats des trois ordres d’enseignement.   L’heure n’était pas à la négociation. Le  Président Boni Yayi n’en voulait plus apparemment avec eux. A le croire,  le rapport à lui transmis récemment par le comité paritaire est en pleine étude et devrait être mis en application d’ici peu. Il dit ne pas comprendre donc pourquoi, les enseignants continuent d’observer des mouvements de grèves avec beaucoup plus d’ampleur qu’auparavant. Il  a parlé seul pendant près d’une heure,  avec des propos assez durs envers les enseignants présents dans la salle d’audience. Il a été même jusqu’à menacer de ne plus rien faire pour eux s’ils continuent dans la même lancée.

Selon des sources proches du Front, la menace de défalcations sur les salaires aurait été également proférée par le Chef de l’Etat à cette séance. « Je souhaite vivement que le président qui sera élu en 2011 puisse en arriver à régler tous vos problèmes en un temps record » a-t-il aussi lâché, à peu de mots près, avec ironie. En augmentant 25 % à leur salaire, Boni Yayi dit avoir déjà fait assez pour eux. Et que s’il a pensé récemment à leur collègue du supérieur, c’est parce que ces derniers n’auraient jamais rien bénéficié de son gouvernement depuis le début de son mandat.

 « C’est une  déclaration de guerre ».

 Ils sont ressortis de la salle d’audience sans piper mot, puisqu’il ne leur était pas  permis. Dès qu’il a fini de râler sur eux, le Président de la République serait reparti aussitôt de la salle,  à l’indignation générale des enseignants. « Les propos tenus par le Chef de l’Etat ne constituent rien d’autre chose qu’une déclaration de guerre »  affirme avec amertume,  Raouf  Affagnon, membre du bureau exécutif du Front.  Après  la rencontre du palais de la  Présidence, ils se sont tous retrouvés, quelques minutes après à la Bourse du travail, aux environs de 22 heures pour une première concertation. Hier, ils se sont réunis de nouveau au même endroit avec leur base et ont décidé  de répondre avec la même verve au Chef de l’Etat. Déjà, ils annoncent une tournée nationale dans tout le pays, pour mobiliser davantage d’enseignants autour de leur mouvement de grève. Tout le staff du Front  élargi aux secrétaires généraux des départements tiennent ce vendredi une nouvelle concertation, pour disent-ils,  peaufiner la nouvelle stratégie de lutte.

{mosgoogle}La grève de  96 heures  dans  les écoles maternelles, primaires, secondaires du secteur public se poursuit la semaine prochaine. Entre autres revendications, le Front exige  l’allocation de 25% devant  accompagner  l’enseignant à la retraite conformément à l’arrêté 081 signé en février 2008 par le gouvernement ; le complément de la revalorisation de l’indemnité de logement de 50% dû depuis 2008 ;  le reversement des communautaires et des contractuels locaux sans distinction  en agents  contractuels de l’Etat et celui des contractuels de l’Etat en agents permanents de l’Etat ;  la relance effective  des commissions chargées des avancements des promotions des reclassements et d’intégration ;  un échéancier pour le règlement de la  question de l’indexation des salaires et de l’indemnité de risques à  hauteur minimale de 15% et enfin la signature  du décret modifiant et complétant le décret 85-388 du 11 septembre 1985.
Christian Tchanou