La Nouvelle Tribune

Pardon de Houngbédji à Soglo

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L’événement diversement apprécié à Porto-Novo et à Abomey

Le pardon demandé par Me Adrien Houngbédji au président Nicéphore Soglo lors de son 75è anniversaire n’a pas reçu le même accueil à Porto-Novo qu’à Abomey. Alors que les populations de Porto-Novo exultent, celles d’Abomey  rechignent et désapprouvent l’événement. Près d’une semaine après le très médiatisé pardon de Houngbédji à Soglo, l’heure est  aux appréciations. A Abomey, il occupe les discussions et les débats d’officine. On en discute avec frénésie et chacun y va de ses commentaires. Mais dans la cité historique, la tendance est à une désapprobation de ce pardon. Pour beaucoup, c’est un acte de politique politicienne posé par Houngbédji pour profiter de l’aura de Soglo afin de  capturer des voix afin de se faire élire en 2011.
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Les griefs portés contre le président du Parti du Renouveau Démocratique (PRD) sont toujours les mêmes depuis des années. On lui reproche d’avoir arraché le pouvoir à Soglo en soutenant Kérékou. A foison, ils n’hésitent pas raconter les nombreuses mésaventures et les déboires vécus par les populations. On parle de gens qui se sont évanouis juste après la déclaration de Houngbédji, des nombreux morts et des gens traumatisés jusqu’à ce jour .Soglo aussi est dans le viseur des critiques virulents.

Il est accusé de cautionner du n’importe quoi et de ne pas consulter sa base avant d’aller à cette réconciliation. « Ce n’est pas à lui de nous demander de pardonner à Houngbédji, c’est plutôt à Houngbédji de nous demander pardon lui-même et c’est à nous qu’il revient de demander pardon à Soglo au nom de Houngbédji. », fulmine-t-on.D’autres plus remontés contre cette reconcilation mettent en garde le président Soglo qu’ils trouvent être la seule et l’unique personne qui récolte la trahison. « S’il ne sait pas faire, il n’aura pas 25 % des suffrages exprimés ici à Abomey s’il ne l’amène ici demander pardon chez nous »  déclare un jeune très furieux. C’est dire donc que l’accueil réservé à cet acte de réconciliation est vraiment froid à Abomey. Les populations ont  encore en mémoire la déclaration de soutien à Kérékou en 1996 qui a mis fin au rêve de Soglo de bénéficier d’un second mandat. Il reste donc un travail de salubrité morale pour que ces populations puissent oublier définitivement cette trahison  de 1996 et regarder l’avenir avec espoir.

A Porto-Novo, la réaction est différente. Pour beaucoup, c’est le dernier écueil à la consécration de Me Adrien Houngbédji comme le candidat unique de « l’Union fait la Nation » qui vient d’être surmonté. Certes, certains restent circonspects et ne proclament pas encore victoire connaissant les volte faces dont les politiques béninois sont capables. D’autres continuent de craindre une éventuelle trahison des Soglo qui pourra être préjudiciable au rêve de voir leur leader charismatique accéder à la magistrature suprême. Ils surfent sur la position ambiguë de la RB dans cette alliance.

{mosgoogle}Indexant les frasques de Galiou Soglo et de Epiphane Quenum comme la preuve matérielle de ce double jeu. Mais dans l’ensemble, on se réjouit de cette réconciliation qui pourra, si les consignes de vote sont bien respectés par la base, permettre à Houngbédji de se faire élire dès le premier tour. Au regard de ces deux appréciations divergentes, on peut dire qu’au delà d’un simple pardon, les deux villes ont besoin d’entrer dans un processus sérieux de réconciliation avec pour point d’ancrage le rapprochement politique.

Marcel ZOUMENOU