La Nouvelle Tribune

A propos de la descente de l’Ige à la Bourse du travail

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Y. BoniLa stratégie de Yayi pour intimider les syndicalistes

L’Inspection générale de l’Etat (Ige) est allée à la bourse du travail pour vérifier la gestion des centrales syndicales. Ceci ressemble fort bien à une instrumentalisation de cette structure pour intimider les syndicalistes et briser les mouvements sociaux.


L’histoire renseigne que les dictateurs inventent toujours des prétextes pour atteindre leur objectif inavoué. Le roi Hérode, dans la bible, a sorti une loi pour tuer tous les enfants de moins de deux ans à une époque de son règne. Or, c’était le petit Jésus qu’il voulait éliminer physiquement. En envoyant l’Inspection générale de l’Etat (Ige) à la bourse du travail, le chef de l’Etat s’est inscrit parfaitement dans la logique de ce souverain. Il a affiché une volonté de contrôler la gestion des 200 millions accordés sous forme d’aide aux centrales syndicales du pays. Si c’était réellement son intention, l’opinion publique nationale ne lui ferait pas de procès, puisque cela participe à la bonne gouvernance.

Mais en réalité, on n’a pas besoin de chercher loin pour comprendre que le gouvernement instrumentalise l’Ige pour intimider les travailleurs qui sont aujourd’hui décidés à lui créer tous les ennuis de ce monde, car les libertés publiques et les revendications de la classe ouvrière sont actuellement bafouées. Le contexte dans lequel l’opération est menée en dit long. Pourquoi est-ce au lendemain de la marche des syndicalistes que le pouvoir en place décide d’envoyer l’institution d’Alidou Kousse à la bourse du travail ? Pourquoi est-ce quand les travailleurs se soulèvent contre le régime qu’on trouve qu’il faut aller vérifier leur gestion ? Pour qui connaît le système de fonctionnement du chef de l’Etat, on peut soutenir avec conviction qu’on exploite l’Ige pour tenter de réduire au silence les responsables syndicaux. Exploiter ses résultats pour faire du chantage doit être la raison inavouée des manœuvres du gouvernement. Il suffit de vouloir monter un ton contre le président Boni Yayi pour qu’on trouve que tel ou tel est impliqué dans des dossiers de malversations. C’est dommage ! Autrement dit, l’Ige serait l’arme du régime en place pour tenter de contraindre les travailleurs au silence. Les menaces d’emprisonnement, les chantages tous azimuts et autres méthodes d’intimidation seront certainement brandis pour faire peur aux syndicalistes de mœurs légères.

Une conclusion se dégage à ce niveau précis. Le président Boni Yayi, après avoir connu un échec cuisant dans les interdictions des marches de protestation et la carrure des mouvements de grève, semble se lancer sur le terrain de l’intimidation pour avoir le silence des syndicalistes béninois. Ce faisant, les libertés publiques sont toujours menacées. L’heure de la vigilance a sonné pour les uns et les autres. Il va falloir que le peuple lutte sérieusement pour préserver les acquis de la conférence nationale de février 1990.

Echec

{mosgoogle}Tout le monde sait aujourd’hui que le pouvoir en place a choisi les méthodes d’intimidation pour faire taire ses contradicteurs. Par exemple, le pouvoir en place a sorti le dossier Titan au lendemain des attaques de l’ancien ministre de la Communication, Gaston Zossou. Si réellement la lutte contre la corruption était le crédo du gouvernement, pourquoi le chef de l’Etat n’a pas demandé au président de l’Assemblée nationale de sortir la loi contre la corruption qui est dans les tiroirs du Parlement depuis 1998 ? Pourquoi n’a t-il pas fait tout son possible pour mettre sur pied la loi contre l’enrichissement illicite ? Qu’est-ce qui bloque la publication des résultats des audits où des milliards sont partis en fumée ? A cette allure, le chef de l’Etat a fait échouer en personne la lutte contre la corruption, car il s’en sert comme instrument de chantage et d’intimidation à des fins politiciennes.

Jules Yaovi Maoussi