La Nouvelle Tribune

L’arrêté qui contredit Boni Yayi

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S. M. LawaniA propos du limogeage du ministre des Finances et de l’économie

Le gouvernement a avancé des arguments très peu convaincants pour justifier le limogeage du ministre des Finances et de l’économie, Soulé Mana Lawani. Même son porte-parole avait du mal à se défendre hier devant la presse.


Le ministre des Finances et de l’économie, Soulé Mana Lawani, et son ancien collègue de la Santé, Kessilé Tchala, ont pris l’arrêté inter ministériel 2348/Ms/Mef/Dc/Sgm/Drh/Drefm en date du 28 avril 2008 pour accorder une prime exceptionnelle de motivation aux structures du ministère de la santé sans s’en référer au conseil des ministres. C’est ce qui a été dit officiellement. Sur cette base, le chef de l’Etat a pris la responsabilité de démettre de ses fonctions l’argentier national, puisque la mise en application de sa décision est la cause principale des mouvements de grève dans le secteur de la santé au Bénin.
Il suffit de faire une analyse du contexte dans lequel l’arrêté a été pris pour comprendre que la raison officielle avancée pour sortir Soulé Mana Lawani de l’exécutif est loin d’être la cause réelle de l’acte posé par le président Boni Yayi. Il y ressort clairement que ce fils de Zinvié dans la commune d’Abomey-Calavi a été sacrifié pour sauver les intérêts de qui de droit. Est-ce que Soulé Mana Lawani peut prendre une telle décision à incidence financière sans se référer au chef de l’Etat ? Non certainement. Pour preuve, le président de la République est ampliataire dudit arrêté. Ce n’est pas possible de croire que le chef de l’Etat n’était pas informé depuis le 28 avril 2008, c’est-à-dire plus d’un an après. Pourquoi le président Yayi n’avait-il pas cherché à savoir sur quelle base son ministre des Finances demandait aux agents de santé d’aller percevoir leurs primes à la veille de la marche de l’opposition à Cotonou ? Cette question montre que tous les arguments pour démontrer l’innocence du chef de l’Etat ne sont pas du tout convaincants. D’ailleurs, le ministre limogé sait comment réagit son patron. Alors, il n’est pas exagéré de dire qu’il y a anguille sous roche. Selon les informations, les institutions bancaires et les partenaires au développement auraient clairement dit au gouvernement que les moyens n’existent pas pour prendre en charge l’application d’un tel arrêté tous les ans. Dans ces conditions, l’exécutif a le couteau à la gorge, quand on sait que plusieurs agents de santé avaient commencé par percevoir leurs primes sur la base de la décision de Soulé Mana Lawani. Qu’est-ce qu’il faut faire pour sauver la face surtout que les travailleurs lésés ont abandonné les malades dans les hôpitaux ? Il fallait alors sacrifier la tête de l’argentier national sur l’hôtel des grévistes. Pourquoi ? Populisme oblige! C’était le moment de montrer aux populations que le gouvernement pourrait satisfaire les revendications  des travailleurs, s’il y avait les moyens. La stratégie est bonne pour marquer l’opposition à la culotte qui a profité de cette grève pour rehausser son image dans l’opinion publique à deux ans des élections de 2011.

{mosgoogle} Dès lors, M. Lawani qui était apparemment dans la spirale de la mafia au sommet de l’Etat, a été très tôt crucifié. Beaucoup convoitaient son poste. C’est comme si l’on est dans la logique de : « Qui veut noyer son chien, l’accuse de rage ».  M. Lawani est parti. La bataille autour de sa succession sera rude. C’est encore une autre paire de manche pour le président Boni Yayi. C’est le règne du cafouillage, de la précipitation, de l’improvisation et l’impréparation au sommet de l’Etat. Ainsi va le changement.

Jules Yaovi Maoussi