La Nouvelle Tribune

Trois ans de pouvoir

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B. YayiTrois ans d’instabilité

Aujourd’hui, le président Boni Yayi boucle trois années aux commandes du Bénin. S’il faut en faire un bilan, la première chose qui caractérise ce régime dit du changement est incontestablement l’instabilité dans laquelle le pays se trouve sur tous les plans.


Cette instabilité est notée sur tous les plans, à savoir : politique, social, économique, sécuritaire, sanitaire et éducatif.

Plan politique : l’erreur  du novice

 D’abord au plan politique, il n’est point besoin d’aller faire des investigations pour peindre la désolante gestion qui est faite à ce niveau. Alors qu’il avait bénéficié du concours de toute la classe politique à l’exception de son challenge du second tour, Me Adrien Houngbédji, il n’a pas fallu bien longtemps pour le président Boni Yayi pour se mettre à dos cette même classe politique qui l’a soutenu. Il a réussi « l’exploit » d’unir d’irréductibles adversaires  politiques que tout opposait contre son pouvoir. Un tel acte dénote, comme le disent des observateurs avertis de la chose politique,  d’une non maîtrise des B A BA de la politique. Le résultat est d’ailleurs là. Le G 13 et le G4 sont nés. Plus aucun de ceux qui l’avaient soutenu pour son accession à la magistrature suprême ne sont plus à ses côtés. 
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Dès lors, la gestion du pays lui est revenue plus difficile que dans les premiers mois de son élection. En trois ans, le président Boni Yayi a fait trois remaniements sans oublier ceux dits techniques en employant pas moins de 63 ministres. Signe que la gestion des hommes aussi pose problème.

Une boulimie du pouvoir sans cesse grandissant

Le président Boni Yayi a au cours de ces trois ans, montré son désir de consolider le pouvoir et de contrôler tout ce qu’il y a comme parcelle de pouvoir, aussi minime soit-elle et à quelque niveau que ce soit. Cela s’est d’abord manifesté lors des élections législatives de 2007, où, afin d’obtenir un grand nombre de députés, il est descendu dans l’arène battre campagne pour sa liste. Mieux, pour avoir sa mainmise totale sur l’Assemblée, il n’a pas hésité à conclure des accords dits de législature et de gouvernance avec un certain nombre de députés à qui il a exigé des procurations pour le vote du président du parlement. Une nouvelle fois encore, comme ce fut le cas avec les accords signés avec les partis qui l’ont soutenu au second tour, le président n’a pas honoré ses engagements. Cette envie têtue de contrôler tout va s’exprimer une nouvelle fois lors des joutes électorales locales et municipales. A ce niveau, il faut noter que ce fut une scène en trois actes. D’abord, il s’est agit pour le camp présidentiel d’imposer une liste unique à certains de ses alliés. N’ayant pas obtenu gain de cause, on a observé des cabales fiscales contre ceux qui étaient des opérateurs économiques et une campagne de dénigrement et d’intimidation à l’encontre d’autres. Deuxième acte, ce fut la bataille pour le contrôle de la Commission électorale nationale autonome (Cena). A ce niveau, après que la présidence eut échappé aux représentants de la mouvance,  c’était au tour du ministre de l’économie et des Finances, Soulé Mana Lawani de sevrer la commission de ses moyens de fonctionnement. Le troisième acte est totalement inimaginable dans un Etat de droit dont le président de la République est le premier garant. A la proclamation des résultats, les partisans du président Boni Yayi ont été encouragés à semer des troubles à l’ordre public dans les bastions qui étaient considérées comme priorités à gagner. Puisqu’ils n’ont jamais été inquiétés par les forces de l’ordre. On a vu les lois de la République du Bénin se réécrire juste pour le bonheur du prince. Les conseils communaux n’ont pas été installés contrairement aux prescriptions  de la loi. La Cour suprême, après les multitudes recours du camp présidentiel, a rendu des décisions qui n’ont pas manqué de susciter des interrogations sur sa crédibilité.  D’autres faits qui confortent cette boulimie sont : la volonté de caporaliser les institutions de la République (le parlement, la Cour constitutionnel, la Cour suprême, la Haute cour de justice, la Haac…), le droit de regard obligé dans les nominations du plus bas de l’échelle jusqu’au sommet, le contrôle de la presse à travers des contrats de la honte. Tous ces agissements, sont pour les membres du G4 des relents dictatoriaux. On ne saurait occulter

L’achat de conscience au galop

Ce phénomène a davantage pris de l’ampleur pendant ces trois années de pouvoir du changement. En effet, plusieurs cas de débauchage d’élus parlementaires comme locaux ou municipaux coup d’espèces sonnantes et trébuchantes  ont été observés. Et, ils sont pour la plupart à mettre à l’actif de la « déferlante verte ». Un député qui avait rejoint le camp présidentiel n’a pas hésité à confier à ses anciens collègues que c’est contre une mirobolante somme de 20 millions F Cfa.
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D’autres ont été soupçonnés d’avoir empoché près de 50 millions pour retourner leur veste. Des marches suscitées ça et là et les visites à l’apôtre du changement sont gracieusement rémunérées.

Benoît Mètonou