La Nouvelle Tribune

Trois ans de gestion du département culturel béninois

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G. SogloUn film d’instabilité et de navigation à vue

Après trois années de gestion du pouvoir par le nouveau locataire du palais de la marina, le bilan  de la gestion de la culture est loin d’être reluisant. Il y a lieu de craindre pour l’avenir de ce secteur.


Depuis l’élection du président Yayi Boni en avril 2006, le département ministériel en charge de la culture a subi maintes mutations, tant dans le fond que dans la forme. Dans la même année, ce département connu sous le nom de «ministère de la culture, de la jeunesse et des sports» a été confié à Théophile Montcho. La culture était ainsi devenue un démembrement du ministère. Le ministre ne pouvait se consacrer uniquement à la culture. Il se retrouvait mieux en sport.

Par conséquent, les questions culturelles étaient reléguées au dernier rang. Cela a affecté le milieu culturel béninois qui est demeuré statique. Aucune priorité n’était accordée à cette branche du ministère, qui a finalement chuté. Le président de la République a constaté l’erreur, si bien qu’au remaniement suivant, il s’est dépêché de mettre les pendules à l’heure. On constate ensuite une scission au niveau du ministère dirigé autrefois par Théophile Montcho. La culture est détachée des autres secteurs et associée à l’artisanat et au tourisme.
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Elle est confiée à Soumanou Toléba. Celui-ci s’est très rapidement adapté à son nouvel environnement, et a exercé avec engouement le pouvoir qui lui a été confié. Il a gagné le cœur des culturels, pour qui, il représente le seul et actif avocat auprès de l’Etat. Avec lui à la tête de la culture, le chef de l’Etat a pris la décision d’augmenter le budget du fonds d’aide à la culture, à 300%. D’environ trois cent cinquante millions (350.000.000) de francs cfa,  le fonds est passé à un milliard (1.000.000.000).

Répartition discriminatoire

Avec ce changement économique du secteur de la culture, le ministre Soumanou Toléba est devenu de plus en plus entreprenant et présent. Il saisit chaque occasion pour montrer sa volonté à porter haut le flambeau de la culture nationale dans chacun des domaines. Cependant la gestion de cette subvention n’a pas été très judicieuse. Du moins, c’est ce que révèlent les sources. La majorité s’est sentie exclue du partage de la manne. Tout porte à croire que seuls ont eu droit au partage, la supposée sommité, la Fénat et quelques rares autres, que, de facto, le ministre se décide à contenter. On en est là quand la nouvelle de son limogeage tombe. A son départ, le président de la République cette fois rattache la culture à l’alphabétisation et à la promotion des langues nationales. Département dirigé précédemment par le ministre Roger Gbégnonvi. La tête du nouveau ministre,  Galiou Soglo, ne plait guère aux culturels béninois. Ceux-ci ont protesté contre ce changement effectué par le chef de l’Etat, mais en vain. Les artistes n’avaient qu’à se résigner, accepter leur nouveau dirigeant, et se soumettre à la volonté du président Yayi Boni. Avec Galiou Soglo à la tête de ce département, on ne saurait dire que le président a mis celui qu’il faut à la place qu’il faut. Le nouvel élu s’était déjà conformé aux réalités sportives. Dans ce nouvel environnement, il ne peut s’y plaire. Mais il s’efforce, ne se reste que pour satisfaire celui qui lui a confié le poste. On a l’impression qu’il ne s’intéresse point aux réalités du milieu culturel. Lorsqu’il se présente aux rendez-vous culturels au plan international, le résultat n’est pas reluisant. On entend dire que le Bénin a fait  piètre figure, bien que représenté par le  ministre en personne. C’est le cas du dernier colloque sur le festival mondial des arts nègres tenu à Dakar. Sa participation était sujette à des polémiques sur le site même du colloque. Récemment, il nous est parvenu que Galiou Soglo a supprimé la mission d’introduction des langues dans le système éducatif. Une structure créée sous le ministre Roger Gbégnonvi, en vue de la promotion des langues nationales. On craint donc que le secteur de la culture connaisse  à nouveau une période de léthargie jusqu’à un prochain remaniement où on verra à quel sauce il sera mangé.
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Va-t-il le rattacher à un autre département comme c’est le cas actuellement ou  le secteur de la culture reprendra-t-il son autonomie ? Sinon, à l’allure où vont les choses il est à craindre que la culture au Bénin sombre les mois et les années à venir. Et ce serait dommage pour les nombreux et talentueux artistes dont le pays regorge.

Nicoleta Akpiti