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Raphaël Edou: « Aucun préfet ne peut demander à un maire de proroger le délai d'un marché public »

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Face à la polémique suscitée par les actes et arrêtés du préfet du Littoral Modeste TOBOULA contre le Maire de Cotonou Léhady Vinagnon SOGLO et les rumeurs de destitution de l’autorité municipale, l’actuel Chef du 8ème arrondissement de Cotonou Raphael EDOU, ancien ministre de la décentralisation, sort de son silence.  

travers sa réaction aux hommes des médias, ce spécialiste de la décentralisation présente la nature des relations qui devraient exister entre le Préfet et le Maire. Sans langue de bois, il a dénoncé certains actes pris par le préfet du Littoral Modeste TOBOULA.  Il n’a pas manqué de fustiger la destitution tous azimuts des maires actuellement en cours dans le pays. C’était mercredi 1er mars 2017 dans son bureau à Sainte Rita. Par rapport à la demande du préfet de sursoir toutes les  procédures de passation du marché dans les domaines de la gestion des déchets ménagers, y compris celles relatives aux activités de désensablement et d’entretien des voies urbaines à Cotonou et de proroger la durée des contrats en cours jusqu’à la mise en œuvre du nouveau dispositif de gestion des déchets dans la ville, le CA du 8è, Raphael EDOU commente en ces termes : « Revenant à ce courrier qui est envoyé au Maire de la ville de Cotonou, je crois que le Préfet ne devrait pas envoyer un tel courrier. Il ne faudrait pas que dans l’élan de régler des comptes politiques, on rentre dans des choses sans vraiment faire attention parce que le préfet est garant du respect des textes au niveau du Département. Donc avant d’envoyer tout courrier, il doit s’assurer que cela respecte rigoureusement les textes de la décentralisation et de la République. Le préfet n’a pas à se mêler de la procédure de passation des marchés publics. Si le préfet a connaissance d’un projet de modernisation de la ville, dans son rôle d’assistance conseil, il devrait déjà tenir informer le Maire pour les dispositions à prendre et ne pas attendre que les offres soient ouvertes pour demander l’arrêt du processus d’attribution. Au-delà de ces aspects la gestion des déchets est du domaine de compétences des Communes qui doivent prendre les mesures nécessaires. Le gouvernement peut mettre en place des actions en matière de gestion des déchets ménagers mais dans une approche d’accompagnement des communes.

En effet si l’Etat central a eu l’initiative, il doit la partager très tôt avec les communes qui doivent s’assurer que les modes de gestion prévus seront efficaces avec un planning précis. On n’a rien de tout çà. Maintenant, nous sommes dans le mois de Mars, si on ne recrute pas vite les prestataires comment enlever les ordures et faire le curage des caniveaux, nous allons nous retrouver avec l’inondation parce que les pluies vont bientôt commencer. Par courtoisie, le Maire peut répondre à ce courrier mais si c’était moi, je vais classer ce dossier sans suite parce que personne n’est capable d’arrêter un processus de passation de marchés publics lorsque c’est lancé et que la procédure suit son cours. Même le gouvernement ne peut pas l’arrêter parce que la loi portant code des marchés publics en son article 86 l’interdit clairement.

Le Préfet doit faire les choses avec beaucoup de pondération, faire en sorte qu’on ne voit pas des arrêtés ou des courriers qui compromettent l’image de notre pays en matière de décentralisation. On peut illustrer la lettre du préfet comme quelqu’un qui est à coté de vous dans la voiture et arrivé à un feu rouge, il vous dit de continuer alors que c’est interdit. Si vous le faites, il y aura des problèmes. Aujourd’hui, la décentralisation n’est pas seulement une question entre préfets, gouvernement, communes et élus. C’est une question internationale. Et quand les gens voient ces courriers que nous échangeons, ces arrêtés qui sont pris, ils vont comprendre qu’il y a un problème qui se pose au niveau de l’appareil de la décentralisation dans notre pays.

Il faut toujours faire en sorte que l’image de la décentralisation puisse s’améliorer au fur et à mesure et faire en sorte que tous ceux qui financent ce secteur soient heureux de le faire parce que le secteur de la décentralisation est fortement soutenu et financé par les partenaires techniques et financiers. C’est pour cela que nous en parlons aujourd’hui parce que si on ne dit rien et on laisse les choses perdurer, on court des risques énormes. En parlant maintenant, je crois que le ministère en charge de la décentralisation doit veiller au grain en particulier la direction générale de l’administration d’Etat qui gère les préfectures et qui regarde les arrêtés puisque  le ministère est toujours ampliataire et pour rehausser toujours l’image de notre décentralisation. N’oublions pas la coopération décentralisée aussi. Il y a plusieurs acteurs au niveau de la décentralisation et je crois qu’il faut mettre assez de soins, même si les questions politiques prédominent ».

Invité à se prononcer sur  l’actualité relative à la destitution des Maires, notamment les rumeurs faisant état de ce que les manœuvres  seraient  en cours  pour approcher certains conseillers municipaux en vue de faire destituer le Maire de Cotonou, le ministre EDOU a dénoncé cette situation qui crée l’instabilité au niveau des conseils communaux : 

« Il faut déplorer les destitutions des Maires. Je voudrais appeler à l’attention de mes collègues conseillers municipaux du Bénin que la destitution doit être le dernier recours après avoir tout tenté. Çà ne doit pas se faire facilement parce que si vous travaillez pour qu’un Maire soit destitué aujourd’hui, soyez sûr que demain, le nouveau Maire sera également destitué. On rentre dans un cycle d’instabilité au niveau des communes. Ce qui n’est pas utile par rapport à la résolution des problèmes de développement de la commune.

Quand les questions politiques prédominent sur les questions techniques, la décentralisation risque d’échouer. Vous voyez, quand on change un Maire, il y a l’administration communale qui est aussi touchée. Il y a donc une confusion totale qui s’installe et on augmente la méfiance au niveau des différents acteurs de la commune. Pour retrouver la stabilité et travailler de manière sereine, il faut six mois voire un an au moins. Regardez, cela fera bientôt deux ans que les conseils municipaux sont installés. Si nous passons notre temps à faire des destitutions tous azimuts, on ira où avec ça ? Les populations nous attendent et disent qu’elles veulent manger. Je crois qu’on doit travailler et le Gouvernement doit sensibiliser les conseillers communaux et municipaux à éviter les destitutions tous azimuts des Maires de nos communes. Ce n’est pas bon. Ça n’a jamais arrangé les choses. Moi, je ne sais pas ce qui motive les conseillers. Dans tous les cas, moi je ne vais jamais prendre de l’argent pour participer à un complot. Les populations qui m’ont élu sur un territoire ont un esprit. C’est spirituel. Elles ont une âme. Les gens ont cru que quand on sera là, les choses vont changer. Ils savent qu’ils pourront boire de l’eau facilement, les inondations seront réduites et les écoles seront bien construites.  Vous pensez que parce qu’on me propose un ou deux millions, je vais changer et je ne serai plus préoccupé dans mon esprit par l’évolution de ces populations.

Ce faisant, je participerais ainsi à la frustration de ces populations parce que leurs problèmes sont oubliés. Quand vous posez des actes qui frustrent les populations, ça monte au ciel et ça descend sur la terre sous forme de malédictions. C’est pour cela que je ne vais jamais faire le jeu de destitution. La destitution se justifie dans des cas où il y a la mal gouvernance avérée et qu’on tente de gérer, maîtriser et c’est après avoir tout tenté qu’on peut l’accepter. Mais quand c’est juste pour régler des problèmes politiques pour que les Maires soient de la même couleur politique, ce n’est pas bien.

A la question de savoir s’il a été approché par rapport à ce projet de destitution, il répond et rassure : « Moi, je ne sais même pas ce qui se passe. Personne n’est venu me voir. Dans la vie, il faut savoir ce qu’on cherche. Nous avons travaillé pour améliorer la Gouvernance au niveau de la commune de Cotonou. C’est vrai que ce n’est pas encore bien perceptible au niveau de la population  mais des efforts se font. C’est un processus. Depuis que nous sommes là, les réunions de municipalité sont tenues régulièrement ».

Pour finir, Raphael EDOU précise que le respect des textes de la décentralisation constitue une obligation constitutionnelle.