La Nouvelle Tribune

Déclaration de Parakou : la maladresse de Talon selon Prince-Agbodjan

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Rompant son lourd silence sur les dossiers d’actualité au Bénin, le Président Patrice Talon a, sans la nommée, évoqué l’affaire Ajavon à Parakou, première étape de sa première et récente tournée  dans le Nord du pays.  En référence à cette affaire qui n’a pas encore livré tous ses secrets, le chef de l’Etat a évoqué le « péché » et les « pécheurs ».

Invité ce dimanche 20 novembre sur l’émission Le Grand Rendez-vous, le juriste Pince-Agbodjan a trouvé que  le Chef de l’Etat a manqué de tact dans sa déclaration.  « Il y a  une petite  maladresse »  indiqué le juriste. Cette maladresse à son avis, se trouve dans le lien affirmatif que le Président Talon fait à propos de cette affaire ayant éclaboussé son grand allié au second tour de la Présidentielle  de mars-avril 2016 et qui a trois ministres au gouvernement. « C’est comme si toute de suite, il jugeait, c’est comme s’il a déjà le pécheur. Or, selon la décision – du tribunal- il n’y a pas de pécheur. Tous ont été relaxés » a situé Prince-Agbodjan.   Il persiste et signe, « le lien qui a été fait pour trouver des pécheurs me gêne. C’est le juge qui dit qui dit qui est pécheur. A mon avis, ce n’est pas le Chef de l’Etat qui dit qui est pécheur ». Comme lui, Nourou dine Saka Saley, le second invité est du même avis. Pour  l’ancien conseiller juridique du ministre d’Etat Abdoulaye Bio Tchané, « le Président de la République n’a pas à être satisfait de l’issue du jugement. Il n’a qu’a constaté » étant donné que le Bénin est dans un régime de séparation des pouvoirs.

Extraits de la déclaration de Talon

« J’ai du mal à parler de l’impunité. Je vais me permettre publiquement d’évoquer quelque chose sans le dire, qui m’interpelle et que je voudrais bien. Cette chose m’interpelle aussi. Est-ce que nous sommes prêts à lutter contre l’impunité ? (Rire au sein de la population). Je n’ai pas l’impression parce qu’il y a eu des événements qui sont passés il n’y a pas longtemps. Il y a quelques jours, j’ai vu combien j’ai reçu la pression de mes concitoyens, de beaucoup d’autorités, politiques, morales, de grandes personnalités, pour consacrer ce qui n’est pas admis. En fait, ceux qui sont concernés par le péché, ce ne sont pas les Burkinabé, ce ne sont pas les Togolais, ce ne sont pas les Ghanéens, ce sont les Béninois. C’est nous qui vivons dans ce pays dans sa majorité. Les pécheurs, ce ne sont pas les Chinois, c’est nous les Béninois et nous sommes tous pécheurs. Nous avons tous des péchés d’une manière ou d’une autre. Parfois cela passe inaperçu. Parfois cela se voit. Quand cela passe inaperçu, il n’y a que Dieu pour nous sanctionner et quand cela se voit dans la cité, la communauté globalement doit sanctionner. C’est le seul moyen de préserver la paix, l’unité, l’équité et le progrès social. Si publiquement, les péchés deviennent des actions de gloire, je pèse mes mots, si chaque fois que quelqu’un doit faire un péché, nous ne sommes pas capables d’apprécier que c’est un péché, que c’est au contraire une action de gloire, c’est dangereux pour le pays. Il est important pour nous que publiquement, nous ayons au moins la mesure, le courage de ne pas faire l’apologie du péché parce qu’après, il n’y a plus de repère.

Je voudrais inviter mes concitoyens, les uns les autres, à être conscients de cela sans qu’on ne se rejette les uns les autres. Il ne s’agira jamais de rejeter quelqu’un parce qu’il aurait commis une erreur. Mais il est important, je le répète pour la cité, que publiquement on ne fasse pas, qu’on ne glorifie pas ce qui n’est pas admis. A bon entendeur. »