La Nouvelle Tribune

Polémique sur la gestion des fonds de l’escorte

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Gouvernement et députés distraient l’opinion
La guéguerre autour de la gestion des fonds issus de l’escorte des véhicules d’occasion s’amplifie davantage sans qu’on ne sache réellement  ce que se reprochent le gouvernement et ses opposants, surtout que les uns et les autres refusent de poser les vrais problèmes et s’emploient plutôt à distraire le peuple.
Déjà,  plusieurs sorties médiatiques sont à mettre à l’actif  de la polémique sur les fonds de l’escorte. Les dernières enregistrées ont été l’œuvre des députés du G13 qui réagissaient à une conférence de presse  précédemment donnée par le gouvernement sur le sujet. Les premiers restent accusateurs et soutiennent que les fonds sont détournés et destinées à des fins politiques.

Le pouvoir s’en défend et tente de convaincre l’opinion sur l’existence de la traçabilité des recettes récoltées par la douane. Ainsi, tel un jeu de ping-pong, à chaque sortie de l’un, devrait suivre une  réaction de l’autre. Et  cela jusqu’à quand ? Surtout que pendant leurs sorties, aucune des deux parties ne dit rien de concret, preuve à l’appui, qui contribue véritablement à éclairer la lanterne des Béninois sur la question.

L’idée d’un débat contradictoire ne semble pas être la solution pour avancer dans ce dossier. Et si cette confrontation  venait à avoir lieu, les deux  camps en sortiront toujours avec des déclarations contradictoires. Cela dit, ce qu’il y a à reprocher au gouvernement et  que les députés du G13 n’évoquent pas dans leurs déclarations c’est bien, non pas la non-budgétisation des fonds de l’escorte ou le non respect de l’unicité des comptes, mais plutôt la manière dont le chef de l’Etat utilise cet argent.

En effet, à plusieurs reprises, on a déjà vu le président Boni Yayi annoncer publiquement, à la surprise générale qu’il portait la cagnotte des fonds de la microfinance  à six milliards ou à 25 milliards, sans que ces ressources aient été prévues dans un budget. Le rôle d’un bon député aurait pu consister à confondre le pouvoir à travers ses propres actes en démontrant comment il engageait des milliards au nom de l’Etat sans respecter l’orthodoxie financière que cela requiert.
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On en a encore vu la dernière fois lors du passage du chef de l’Etat à l’Ocbn, quand son ministre en charge des transports annonçait tout fièrement que le président le charge d’annoncer aux travailleurs qu’il allait leur payer cinq mois d’arriérés de salaires.
 
Une démarche responsable
Dans le cas de l’escorte, les députés, au lieu de passer leur temps à faire des déclarations sans fondement et à distraire l’opinion, auraient pu réclamer d’autorité au gouvernement de mettre à la disposition de l’institution parlementaire les documents qu’il évoque lui-même et qui contiennent le point de la collecte des fonds de l’escorte. Une telle démarche aurait paru beaucoup plus efficace et plus responsable, même si le combat que  mènent ces députés  reste de bonne guerre et contribue, dans une certaine mesure, à contraindre le pouvoir du changement à ne pas verser dans la facilité dans l’utilisation des ressources publiques.
Cependant, il y a une réalité qu’on ne saurait occulter dans cette confrontation politisée sur l’escorte. C’est que ceux qui critiquent le pouvoir de Boni Yayi aujourd’hui ont des choses à se reprocher sur la manière dont l’argent issue de cette activité était géré par le gouvernent d’alors, dont ils avaient été des éléments privilégiés.
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 En somme,   on  devrait se féliciter du fait que désormais et sous la pression de l’opposition, le gouvernement ait été amené à budgétiser les fonds de l’escorte ; ce, dans l’espoir que cet argent  ne servirait plus de prétexte au chef de l’Etat  pour ses effets d’annonce qui ne faisaient pas que des heureux. Les milliards d’augmentation autrefois annoncés urbi et orbi  ont été à l’origine du durcissement de plusieurs grèves, les syndicats se disant que si le président de la République se plaisait à distribuer tant de milliards, et à tour de bras,  c’est qu’il y en avait assez pour tout le monde.

Alain C. Assogba