La Nouvelle Tribune

Laurent Mètongnon : « La Rupture contient encore des doses de Continuité »

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100 jours, c’est peu pour juger de toutes les activités d’un pouvoir mais c’est suffisant pour connaître là où veut nous conduire. Alors que juger : 100 jours du programme du nouveau départ (24%) ou de la rupture pour un nouveau départ (65%) ?  

Il est clair que la motivation réelle du peuple béninois à porter son choix sur le candidat Talon, c’est surtout à cause de la rupture d’avec la gestion décriée par le régime de Yayi Boni. Le second élément, c’est le refus de la recolonisation de notre pays et pacte colonial. Sous cet angle, lorsqu’on interroge certains actes du régime de la rupture pour un nouveau départ, on constate qu’il y a encore des doses de « Continuité ».

Les réformes

-La modernisation de l’administration publique : On constate que comme par le passé les AOF (ndlr Attribution, Organisation, Fonctionnement) des ministères sont fabriqués  au palais sans aucune concertation avec les travailleurs qui  sont chargés de leur mise en application.

-Les nominations : les mêmes frustrations connues sous le régime passé continuent où des cadres moins gradés dirigent ceux moins gradés  la moralité de certains ne rassure guère. Le régime a parlé de compétence mais les protestations fusent à l’écoute de certains parmi nous. On a parlé d’appel à candidature mais on constate que les nominations sont toujours politiques. Il s’agit de ceux qui ont fait allégeance au Président. Le régime s’en défend et Maître Djogbénou, avocat personnel du Président actuel, Ministre de la justice et porte parole du gouvernement, dit que les nominations actuelles sont provisoires et qu’après la confection d’un fichier duquel on va extraire les agents méritants on procédera à l’appel à candidature. Tout cela au cours d’un mandat unique de 5 ans. J’attends de voir. Que dire des retraités nommés à des postes opérationnels critiqués et rejetés par les travailleurs mais maintenus par le pouvoir.

-des réformes institutionnelles

L’impression qu’on peut avoir c’est autour surtout du mandat unique que le débat se mène. Or sur cette question la décision Dcc-067  du 20 octobre 2011 de la Cour Constitutionnelle est sans ambages: Ne  peuvent faire l’objet questions à soumettre au référendum les opinions fondamentales de la conférence nationale de 1990 :

*la forme républicaine et la laïcité de l’Etat ;

*l’atteinte à l’intégrité du Ministre national ;

*le mandat présidentiel de 5 ans renouvelable une seule fois ;

*la limite d’âge de 40 ans au moins, 70 ans au plus ;

*le type de régime politique.

- La désignation des chefs-lieux de département et la nomination des préfets :

On parle d’audace du Chef de l’Etat tout comme si cela suffisait pour développer les départements. Le pays compte 77 communes et les maires demandent le transfert des ressources humaines et l’aide financière que le régime passé n’a pas cru devoir faire. Pire, un découpage territorial qui ne tient  nullement compte des principes élémentaires mondialement reconnus à savoir (historiques culturelles et linguistiques) ; Le Togo dont la superficie fait l’ancien département du Borgou à 35 départements basés sur les principes énumérés ci-haut. En Côte d’Ivoire on en a 108.Où est l’audace là ?

-La communication

Un pouvoir dont le Président pour ne pas faire comme son prédécesseur populiste tombe dans une autre exagération. Même pas un simple communiqué pour annoncer ses départs. Les journalistes n’ont pas accès aux informations officielles malgré la loi votée dans ce sens. La non transparence dans les actes comme les audits commandités, la publication des appels d’offres. Et les réseaux sociaux avec les nombreuses intoxications, ont pris le pas sur l’information à temps réelle. Une véritable opacité  dans les marchés passés actuellement. 50000 tonnes d’intrants sont actuellement au port sans qu’on ne sache comment ils sont acquis.

-Les problèmes d’insécurité

Levée les barrières sans mettre les moyens à la disposition des policiers et gendarmes comme promis dans le programme du nouveau départ. Conséquences braquages par-ci, vindicte populaire par-là. Le peuple, impuissant, se trouve dans une insécurité avec un Ministre de la sécurité qui déclare que chacun doit assurer sa propre sécurité

-La morosité économique

Au lieu d’aller au Nigéria avec qui nous avons près de 1000km de frontières, on va deux fois en France pour importer de l’assistance technique. Un certain Gilles Guérard  est nommé comme Dg des régies financières. Une fusion de trois services publics qui participe à la logique de privatisation des finances publiques comme au Togo où on a l’Office Togolais des Recettes (Otr) imposé par la Banque Mondiale(Bm).

Ce qui est bien d’avouer

L’annulation des concours et le fait de situer les responsabilités pour les sanctions. On l’attend sur ce point car c’est ca la rupture pour un départ. Rétablir la justice, légalité de chance de tous les citoyens aux concours