La Nouvelle Tribune

Bénin : 100 premiers jours socialement mouvementés pour Talon

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Arrivé à la tête de l’Etat en avril dernier, le régime du président Talon n’a presque pas bénéficié de la part des acteurs du monde syndical, un état de grâce. Dans plusieurs ministères, les décisions du gouvernement ne sont pas approuvées par les travailleurs. Conséquence : mouvements d’humeur et de protestation çà et là.

Pas de période de grâce. A peine a-t-il été installé à la tête de l’Etat béninois que le régime du président Patrice Guillaume Athanase Talon fait face à ses premières crises sociales. En moins de cent (100) jours de gouvernance de l’appareil d’Etat, le gouvernement a vu certaines de ses décisions contestées dans les ministères, notamment par les travailleurs qui ont manifesté leur désapprobation et mécontentement contre des décisions gouvernementales par les moyens de lutte à leur disposition. Entre autres, des mouvements d’humeur et de protestation tels que des boycotts des activités, sit-in et mêmes des mouvements de paralysie de quelques administrations.

« Mercredi rouge » chez Ange N’Koué

La fronde contre le nouveau régime du président Patrice Talon dans les ministères a démarré par le ministère de la culture ayant à sa tête Ange N’Koué. Dans ce ministère, jadis très peu enclin aux mouvements de protestation, ce sont les artistes qui ont lancé les hostilités. A travers le « Mouvement mercredi rouge des artistes », les créateurs d’œuvres de l’esprit étaient remontés contre leur ministre de tutelle à cause de l’éternelle question de la répartition des Fonds d’aide à la culture. Fort heureusement après deux sit-in successifs, et une rencontre avec le ministre Ange N’Koué, les deux parties sont arrivées à parler le même langage et le calme est revenu dans la maison culture.

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Wadagni dans la fournaise syndicale

Mais ce retour au calme au ministère de la culture, le mouvement de protestation contre les décisions du gouvernement avait gagné un autre ministère. Notamment celui de l’Economie et des Finances. Les travailleurs du ministère dirigé par le jeune ministre Romuald Wadagni ne sont pas d’accord avec les décisions prises par le Conseil des ministres lors de sa séance du 25 mai 2016. Entre autres décisions contestées : le décret portant structures type des ministères, le décret portant attribution, organisation et fonctionnement du ministère de l’Economie et des Finances. La nomination de deux agents retraités et d’un « Etranger » n’agrée pas les travailleurs du ministère de l’Economie et des Finances. Ces derniers, sous la houlette de leur syndicat, le Syndicat des travailleurs de l’administration centrale des Finances (Syntracef), à la faveur d’un sit-in, ont assiégé le ministère le mercredi 15 juin dernier. Ils avaient même annoncé une paralysie de 48 heures de l’administration dans la semaine du 20 au 24 juin. Fort heureusement, avant cette date, la bombe sociale a pu être désamorcée.

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Cependant, ce retour au calme au ministère de l’Economie et des Finances n’a été que de courte durée. Car seulement quelques jours après l’obtention d’un accord avec le Syntracef, un autre mouvement de protestation et de contestation voit le jour. Ce mouvement a son foyer au niveau du Trésor et de la comptabilité publique. Conduit par le syndicat des agents du Trésor Public du Bénin (Synatrep) et le Syndicat national des agents de la trésorerie du Bénin (Snatb), ce mouvement de protestation est contre le relèvement de leurs fonctions de deux attachés financiers dont un en poste à l’Ambassade du Bénin à Paris et l’autre à la mission diplomatique béninoise à Berlin. Selon les travailleurs ces relèvements ont été abusivement faits par le ministre Wadagni.  La lutte pour le rétablissement de ces deux agents dans leurs fonctions est allée très vite en intensité. Après deux jours de sit-in, les travailleurs sont passés à la grève. Dans la semaine du 20 au 24 juin, ils ont paralysé l’administration du Trésor et de la comptabilité publique pendant 48 heures. Et ce, sur l’ensemble du territoire. Cette paralysie de 48 heures n’ayant porté ses fruits, les militants des deux syndicats en lutte sont passés à la vitesse supérieure en décrétant une grève de 72 heures. Cette  crise qui fait subir beaucoup de désagréments aux usagers n’a malheureusement pas encore été réglée.

Hèhomey pas épargné

Les mouvements de protestation dans les ministères au cours du premier trimestre de gestion de l’appareil d’Etat par le régime de la Rupture et de Nouveau départ n’ont pas épargné le ministère des Infrastructures et des transports. Dans ce ministère confié à Hervé Hèhomey, les décisions gouvernementales ne sont pas également digérées par les agents. Dans une motion de protestation en date du 17 juin dernier, ces agents ont fait remarquer que « les actes posés (par le gouvernement de la Rupture Ndlr) sont en déphasage total avec les attentes du peuple et des travailleurs ». L’annonce de la suppression des per diems et autres frais de missions dans les administrations et services de l’Etat, la nouvelle structure du ministère et la nomination de retraités à des postes techniques sont entre autres, les actes qui fâchent les agents du ministère.

Djogbénou et Sèhouéto non plus

Le ministère de la Justice et de la Législation ayant à sa tête le Professeur agrégé de droit privé et avocat au barreau, Me Joseph Fifamin Djogbénou n’a pas échappé à la fronde sociale. La décision prise par arrêté du porte-parole du gouvernement relative à la répartition des fonds de greffes n’a pas rencontré l’assentiment des greffiers. Ces officiers publics chargés de l’archivage des documents judiciaires, sous l’égide de quatre syndicats de la maison justice, pour manifester leur mécontentement contre cette décision du ministre Djogbénou ont alors décidé de boycotter les activités juridictionnelles et des greffes. Mais après une semaine de boycott, les greffiers sont revenus à de bons sentiments en suspendant leur mouvement. Et alors qu’on pensait les mouvements de protestation pendant les cent (100) premiers jours enfin terminés, un foyer de mécontentement a été découvert au ministère de l’Industrie, du commerce et l’artisanat.  Jeudi 7 juillet dernier, les travailleurs de ce ministère dirigé par l’ancien député de la 24ème circonscription, Lazare Sèhouéto, ont organisé un sit-in. Ici, contrairement aux autres, ce n’est pas une décision du gouvernement ni du ministre qui fâche. Les agents de ce département ministériel sont en colère  contre le ministre Sèhouéto. L’autorité ministérielle, à en croire les travailleurs, ne serait pas disposé à les recevoir pourtant des doléances devraient, à en croire les syndicalistes, être portées à sa connaissance pour la bonne marche du ministère.

Il faut rappeler qu’avant les ministères, ce sont les commerçants de charbon qui étaient descendus dans les rues de la capitale économique pour dénoncer l’interdiction, entre-temps, non seulement de l’exploitation du bois mais aussi de l’exploitation. Avant les commerçants de charbon, ce sont les lauréats des concours de recrutement directs d’agents permanents de l’Etat au profit du ministère de l’Economie et des Finances qui avaient crié leur mécontentement contre le régime du président Patrice Talon. Notamment contre la décision de suspension de tous les concours de recrutement par le gouvernement lors de sa première session ordinaire du Conseil des ministres