La Nouvelle Tribune

Communiqué du FMI : des proches de Boni Yayi réagissent

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Dans un communiqué rendu public en fin de semaine dernière, la mission du Fmi au Bénin alerte sur une situation économique désastreuse héritée par le régime Talon. Face à ce communiqué qui accuse le régime défunt, le « forum pour un Bénin nouveau » proche de Boni Yayi, revient à la charge pour évoquer ce qu'ils appellent une contradiction du communiqué venant de cette institution.

Le Fmi joue Première observation :

Les auteurs prennent soin de dire que les opinions exprimées dans le communiqué sont celles des services du FMI et ne représentent pas nécessairement les points de vue du Conseil d’Administration du FMI.

Cette précaution prise nous rassure car ce communiqué a l’air d’un texte téléguidé pour assouvir la soif de nuire. Une mission dont le passage s’est fait dans l’anonymat total contrairement à la tradition à laquelle l’opinion a été habituée. Toutes les missions font une déclaration, à la sortie tout au moins de l’audience avec le Premier magistrat du pays.

Une mission savamment organisée dès le départ de l’ancien régime, celui là privé de l’occasion d’expliquer une fois de plus sa vision.

Seconde observation :

A la suite de nombreuses missions du FMI, l’opinion nationale et internationale a été souvent rassurée par la confirmation du FMI que «le cadre macroéconomique au Bénin est resté globalement stable caractérisé par une croissance économique rapide, une inflation contenue, un déficit public maîtrisé et des efforts d’assainissement et de modernisation des Finances publiques».

Il a fallu le départ de l’ancien régime pour que le ton change. Un entretien avec les anciens ministres est pourtant nécessaire

Troisième observation: la gestion du déficit budgétaire expansionniste

Dans ce communiqué, on peut lire : «le Gouvernement a trouvé une situation macroéconomique et de trésorerie difficile à sa prise de fonction. En particulier, alors que la politique budgétaire était en général saine les années antérieures, le déficit budgétaire s’est creusé à environ 8,5% du PIB en 2015 avec la continuation des dépassements de dépenses au premier trimestre de l’année 2016».

Ce passage n’était pas nécessaire car lors des échanges avec la mission du FMI en 2014, le Gouvernement d’alors était clair. La sécurité humaine surpasse la stabilité budgétaire en raison de nombreux défis : l’insécurité, le déficit énergétique et des infrastructures sociales et économiques.

Le Gouvernement a attiré l’attention du FMI que sa démarche est de créer les conditions d’une véritable reprise économique, une croissance économique de qualité, inclusive et résiliente en vue d’accélérer le processus de réduction de la précarité et de la pauvreté.

Pour le Gouvernement qui avait un objectif de 6 à 7% de croissance économique, le déficit budgétaire ne peut que se creuser à 6 à 7% du PIB. C’était un objectif volontariste pour un Gouvernement légitime qui aspire au bien être de son peuple.

Le Gouvernement béninois ne veut plus du retour d’un Programme d’Ajustement Structurel (PAS) dont la conséquence serait la destruction du tissu social.

Ce déficit est finançable avec la garantie attendue de la Table Ronde de Paris où le Gouvernement a obtenu de la Communauté financière internationale un engagement de l’ordre de 12.000 milliards alors que le déficit de ressources attendu était de 6.000 milliards de FCFA. Des ressources ont été en réalité mobilisées et près de 25% ont été engagées et une part appréciable décaissée sur la base du Programme d’Investissement présenté à cette Table Ronde. C’est le lieu de saluer la présence d’une mission du FMI à cette Table Ronde.

Le Gouvernement a travaillé sur cette base et il a fallu attendre 2015 pour réussir les premiers décaissements.

Accélérer la réduction de la précarité était une urgence, ce qui a conduit à l’accès au marché financier régional en attendant les décaissements de certaines sources dont les procédures sont longues.

Le FMI a-t-il menacé le Kenya pour avoir projeter un déficit de 10% du PIB en vue de relancer les investissements et relever le défi de l’insécurité ?

Le niveau de la dette

Il est absolument soutenable lorsqu’on a le souci de réduire la souffrance de son peuple. Comme vous le savez, au sein de l’UEMOA, sur un revenu de 100 FCFA, la dette ne saurait dépasser 70 FCFA. Le Bénin est entre 41 FCFA et 45 FCFA si on y intègre le mini Plan Marshall centré sur le programme de rénovation du réseau routier dont l’impact sur la pauvreté n’est plus à démontrer.

Comparé au cas des autres pays de l’UEMOA, le niveau fait partie de celui des meilleurs dans l’UEMOA au vu des critères de convergence dans l’UEMOA au cours des dix dernières années. Le service du FMI peut comparer ce taux à celui des pays de la zone Euro pour comprendre que le pacte de stabilité comporte un niveau d’endettement qui nécessite aussi la croissance et la solidarité en Afrique.

Le communiqué manque de courtoisie pour avoir oublié que le Bénin ne veut plus d’un Programme d’Ajustement Structurel (PAS) qui fait du surplace et sans prospérité incapable d’affronter les défis de ce siècle.

Le service de la dette

L’analyse doit être dynamique car ce programme de relance économique notamment après la Table Ronde repose sur des réformes au centre desquelles figure le renforcement de la capacité des régies à servir la dette. N’eurent été les élections consécutives législatives et communales en 2015 puis présidentielles en 2016, pour lequel le Bénin seul a décaissé plus de 65 milliards de FCFA (où mettez-vous cette dépense) la mise en œuvre de ce programme de modernisation des régies rentrerait dans sa vitesse de croisière.

Des hypothèses ont été admises. Le Bénin est un pays de transit. Si par exemple il était mis en œuvre des péages et des mécanismes d’entretien du nouveau réseau routier à bitumer (près de 2000 Km), les recettes attendraient environ 80 milliards de FCFA pour amortir le service de la dette nouvelle contractée même sur le marché financier régional. La mission oublie les échanges sur ces questions avec les ministres de l’ancien régime.

Le recours au marché financier régional

Le marché financier régional a été créé à cet effet. Y recourir n’est pas un crime. Peut-on penser que le taux de 5 à 6% de taux d’intérêt pour 5 à 10 ans manque de lucidité ? La rentabilité d’une centrale thermique ou même d’une route excède largement ce taux d’intérêt que la mission du Fmi pense qu’il est élevé. L’impact de ces investissements sur la croissance n’est plus à démontrer car la plupart des investissements couverts concernent le secteur de l’énergie, des routes, pavages et assainissements, eau, etc.

Un Programme d’Ajustement Structurel qui s’annonce avec ce nouveau régime sera mortel pour les Béninois puisque le communiqué recommande l’équilibre budgétaire préalable, c’est-à-dire recommande au nouveau Gouvernement de croiser les bras et d’attendre les dons avant d’envisager les investissements porteurs de croissance.

Contrats signés pour des projets hors budgets à hauteur de 24% du PIB

La route du développement passe par le développement de la route. Le Gouvernement a souverainement fait le choix de moderniser les grands axes notamment régionaux reliant le Bénin à la sous région pour près de 2000 Km de route à bitumer bicouche bituminé. Au terme de ce programme s’il aboutissait, le Bénin aura réalisé de 2006 à 2016 environ 200 km/an de route bitumée contre 12 km/an de 1960 à 2006.

Le service de la dette sera assuré par le scenario bâti sur les frais de péages et taxes sans compter les réformes des régies et du port.

Le programme qui faisait l’objet de l’étude et basé sur le partenariat public-privé n’était pas achevé lors de l’approbation du budget par notre institution parlementaire. Toutefois, il a été prévu un collectif budgétaire dès le démarrage de ce programme. Un appel à concurrence à l’attention des entrepreneurs de grands travaux routiers est souvent fait. Le mieux disant est retenu et il lui revient de rechercher les ressources y compris les ressources bancaires. L’Etat offre sa garantie et la BCEAO rassure la source de financement de sa disponibilité à la rembourser en cas de provision du compte de trésor dans ses livres. Ces procédures ont été soutenues par la Direction des Marchés Publics. Ces pratiques ont cours dans certains pays de l’UEMOA et il est absolument injuste de considérer ces opérations quant à leur gouvernance et à leur qualité. Le service du FMI ne connaît pas le Bénin profond et ces axes prioritairement régionaux déterminent la croissance économique surtout que le Bénin est un pays de transit.

Croissance économique en 2015

Le Bénin a toujours été habitué à voir ses chiffres contestés surtout lorsqu’il s’agit de croissance économique. En 2005, la croissance dans toutes les sources CNUCED, CEDEAO, UEMOA, Commission Economique pour l’Afrique, etc. tourne autour de 6 à 6,5%. Certaines sources affichent 7%.

C’est bien un citoyen animé de haine habitué à la manipulation qui conteste toujours les chiffres du Bénin. En dépit de son passage dans votre institution, il a toujours manqué de respect au Gouvernement sortant et l’on sent la teneur de son implication dans la rédaction de votre communiqué puisqu’il est votre point focal au sein du nouveau Gouvernement. Il cessera ces pratiques le jour où il sera Président de la République du Bénin et on lui souhaite une bonne chance. On vous encourage à nous mettre à l’abri de ses intoxications. Le FMI a dû le rappeler à l’ordre l’année où après son départ du FMI, il contestait vos propres chiffres concernant le Bénin.

Le communiqué n’a pas tort d’évoquer l’impact de la proximité du Nigéria sur la croissance au Bénin. Il est toutefois exagéré de négliger les autres sources. Le Port hautement compétitif et sécurisé peut jouer un rôle déterminant. Il est de même de l’agriculture notamment des filières comme le coton, l’anacarde, l’ananas et les autres vivriers.

C’est pourquoi supprimer les subventions publiques au profit de ces filières serait suicidaire. Le communiqué le dit implicitement. L’équilibre budgétaire devient préalable.

Les investissements dans les infrastructures agricoles sont aussi nécessaires. Il en est de même de l’accès à l’eau (défi du changement climatique) du financement de l’agriculture, de la mécanisation, de la transformation et de sa commercialisation en termes de débouchés.

Il n’est pas superflu de rappeler que la suppression des subventions du coton (dont la production est corrélée à la croissance économique au Bénin) équivaut à faire supporter aux producteurs la totalité des prix des intrants indispensables à l’expansion de leur production.

Supprimer les subventions des intrants conduirait à la déconfiture de l’agriculture au Bénin. Le monopole tue l’économie et la production et c’est surprenant que dans le communiqué des services du FMI, cet aspect soit escamoté. Il faut absolument prendre au sérieux cet aspect car instaurer les prix de monopole ne correspond pas à l’idéologie du FMI. Il en est de même de l’équilibre budgétaire à tout prix auquel le communiqué attache une importance au détriment des subventions des sources de croissance. Il se pose la nécessité d’un cadre juridique sur le partenariat public-privé car jusqu’ici le projet de loi introduit au Parlement depuis plus de deux ans y est toujours en souffrance. Pour la mission du FMI, la gestion du PPP menée jusqu’ici par voie réglementaire à l’appui de l’appel d’offre et l’implication de la Direction des Marchés Publics susciterait une inquiétude s’agissant de la gouvernance de ce mécanisme. La mission a tort.

Il faut aussi préciser que le taux de pauvreté réel du Bénin est passé de 25% en 2011 à 20% en 2015, selon la CNUCED. Ce résultat s’explique par les investissements et surtout les mesures sociales mises en œuvre pour sortir les populations de la précarité.

En définitive, le Bénin ne veut pas d’un Programme d’Ajustement Structurel qui ignore le social. La part des salaires au Bénin est passée de 135 milliards en 2006 à 335 milliards en 2015. Depuis une dizaine d’années, le Bénin a toujours entretenu une relation harmonieuse avec les partenaires multilatéraux, bilatéraux et surtout le FMI.

Le moment est venu pour que les services du Fonds sachent que le FMI vient en appui à nos programmes de développement qui ont souffert d’un défi de croissance de qualité. De nouveaux défis attendent : changements climatiques, sécurité, emplois des jeunes, mesures sociales (travailleurs). Oui à l’assainissement des finances publiques. Le Bénin a toujours été un bon élève. Dans notre partenariat, le prochain programme économique triennal avec le FMI doit intégrer outre le Pacte de stabilité, mais celui de croissance et de solidarité auquel ne peut faire face uniquement l’équilibre budgétaire et la tolérance zéro en matière de dette. Les réformes sont indispensables.

Le Gouvernement sortant est surpris par ce communiqué dont le ton est téléguidé par une équipe qui vivote dans l’immobilisme et passe son temps à manquer de respect à l’équipe qui a su entretenir d’excellentes relations avec le FMI avec les félicitations des Grandes Puissances dans ce monde : Nations Unies, PNUD, Union Européenne, Allemagne, France, Etats-Unis, etc.

Les services du FMI étaient à l’aise avec un taux d’endettement de 23% du PIB alors que cet immobilisme était une gêne pour les grands de ce monde. L’Ancien Président Hermann, Président du Conseil Européen a su attirer l’attention du Bénin sur la nécessité d’une économie véritablement libérale, à l’abri de monopole et suffisamment financée dans des programmes à l’allure d’un Plan Marshall.

Espérons que la mission du FMI à son prochain passage, pourra rencontrer les ministres du régime sortant. Aucun Gouvernement n’a pris au sérieux comme l’a fait ce régime la gestion du bien-être de ce peuple depuis l’indépendance.

Fait à Cotonou, le 19 juin 2016
Le Forum pour un Bénin Nouveau