La Nouvelle Tribune

Réformes au Bénin : Me Alao Sadikou relève trois dribbles de Talon

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Réagissant sur l’actualité des réformes politiques et institutionnelles lancées avec l’installation de la Commission technique dirigée par le ministre Djogbénou, l’expert en gouvernance et avocat , Me Sadikou Alao a indiqué à la presse qu’il y a trois dribbles du gouvernement aux Béninois dans la démarche empruntée pour cette initiative de grande portée pour l’avenir de la nation.

Une nouvelle réaction sur la mise en place de la Commission technique chargée des réformes politiques et institutionnelles que préside Joseph Djogbénou, le ministre de la justice. Me Sadikou Alao, Président du Groupe d’Etudes et de Recherches sur la Démocratie et le Développement Economique et Social (Gerddes-Afrique), s’est confié  à la presse dans son cabinet à Cotonou. Pour lui, la commission installée par le Président Patrice Talon a du plomb dans l’aile.

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Principalement, l’expert en gouvernance remet en cause la démarche, le cadrage de la  Commission Djogbénou.

 « Ils ont fait un encadrement de l’objet, un encadrement des membres de la commission, un encadrement du délai.  Qu’est-ce qu’ils laissent au peuple ? Il y a un triple encadrement dans cette commission » relève Me Sadikou Alao qui précise, « Il y a trois grands dribbles. L’encadrement, les membres et le délai ».  

Il estime que le Président Talon ne doit pas imposer un cadrage aussi détaillé aux membres de la Commission. « Le chef de l’Etat a prévu faire des réformes et il les a détaillées. Si c’est ce à quoi il tient, ça ne correspond pas aux préoccupations de tout le monde » a déclaré Me Sadikou Alao.

Auteur de plusieurs écrits sur la nécessité de la réforme institutionnelle, il souligne qu’il y a de nouveaux éléments à prendre en compte pour réussir ce délicat exercice.

« Il y a de nouveaux acteurs, le peuple, les traditions  et nos structures territoriales  de la décentralisation. La Constitution révisée, ne peut pas occulter ces acteurs » a-t-il dit.

En ce qui concerne le choix des membres de la commission, l’expert en gouvernance relève des problèmes de qualification, de compétence et de représentativité.

« Il y a des gens qui, pour la moitié, n’ont rien à voir avec la démarche constitutionnelle qui sont dans cette commission. C’est des avocats du chef de l’Etats ou des gens qui sont proches. Dans la réalité, ils n’ont jamais travaillé sur ce sujet. L’on se  demande qu’est-ce qu’ils cherchent » regrette le Président de Gerddes.

A son avis c’est une commission en mission pour « entériner ce que veut le chef de l’Etat ».  Par rapport au temps, il trouve que le délai d’un mois est insuffisant. « Un mois, c’est qu’on te donne le temps d’approuver ce qu’on te soumet » fait-il savoir.

Une réforme Talon

Somme toute, Me Alao Sadikou constate qu’on est loin de la réforme fondamentale que désire le peuple béninois. Il estime qu’on a à faire à une réforme à des fins personnelles du Chef de l’Etat.

 « Avec cette réforme encadrée par le Président de la république telle qu’il a fait, avec des membres que nous voyons, est-ce que ça va mettre fin au débat sur la réforme institutionnelle ? On fera peut-être la réforme de Talon, mais est-ce qu’on fera la réforme que les Béninois cherchent ? Moi je n’y crois pas » a-t-il déclaré.

Sûr de la justesse de son analyse il persiste et signe : « Ça c’est une réforme Talon, ce n’est pas la réforme fondamentale de la Constitution. Si sa réforme passe, au lendemain, on continuera de parler de la réforme de la Constitution.  Lui seul ne peut pas parler pour le Bénin même s’il est le Président de la République ». L’expert en gouvernance stipule qu’« Il faut une réforme qui tient compte non seulement de ce que le Président de la république veut mais aussi d’autres apports ». Il estime qu’on devrait faire l’effort en sélectionnant par groupe socio-professionnel, par groupe culturel des gens qui peuvent apporter du sang neuf à la réforme institutionnelle.  « Il faut ouvrir  la porte à ceux qui sont dans les structures qui sont susceptibles d’être améliorées pour que notre Constitution soit au service du peuple et de son développement » a-t-il indiqué. Pour sa part, dans son dernier livre il a diagnostiqué  deux préoccupations.  « Avoir des institutions  qui fonctionnent et avoir des institutions qui coûtent moins chers parce que nous sommes un pays pauvre »