La Nouvelle Tribune

Bénin : Les mystérieux séjours à l’étranger du président Patrice Talon

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Parti de son pays depuis le vendredi 15 avril, le président béninois poursuit son séjour à l’extérieur. Mais officiellement, ses compatriotes ignorent les motifs de cette longue absence.

Bientôt deux semaines qu’il est parti. Le tout nouveau président de la république du Bénin a quitté son pays le vendredi 15 avril 2016. Destination, Abidjan, en Côte d’Ivoire. C’est sa toute première sortie du territoire national depuis son investiture le 06 avril dernier. Avant cela, après la proclamation des résultats par la Cour constitutionnelle, le président élu s’était rendu au Togo, puis en France où il avait d’ailleurs rencontré son homologue ivoirien, Alassane Dramane Ouattara. Pour son premier voyage post-investiture, les Béninois en seront informés via les réseaux sociaux d’abord par des rumeurs. Pas de communiqué officiel de la présidence sur la durée du séjour, ni son contenu. Les supputations font alors jours. Dans l’entourage du chef de l’Etat, ce séjour en Côte d’Ivoire est qualifié de « visite privée ». Grâce à la presse ivoirienne, les Béninois apprendront trois jours plus tard que leur président s’est rendu à Abidjan pour se réconcilier avec son prédécesseur et ennemi intime Thomas Boni Yayi Et ce, dans le cadre d’une médiation menée par les présidents Ivoirien et Togolais(rencontre très sévèrement critiquée par les leaders d’opinion au Bénin). Le week-end du vendredi 15 avril, notre président l’aurait passé à Assinie, une station balnéaire du sud d’Abidjan. Par son compte Twitter, la présidence ivoirienne, les Béninois a permis aux Béninois de suivre, déclarations et images à l’appui, le conclave d’Abidjan.   Des déclarations de fin de conclave, on déduit que Patrice Talon et Boni Yayi, ont décidé d’enterrer la hache de guerre. Personne ne sait les concessions faites, les engagements pris par les deux personnalités. Selon la presse écrite locale, Boni Yayi aurait exigé une augmentation à quinze de ses gardes de corps. Quatre chefs d’Etat, dont un ancien, se sont-ils réunis pendant quatre heures discussion juste pour une histoire de garde de corps ?  

Puis Paris…

Au lendemain du conclave d’Abidjan, le mardi 16 avril, le président Patrice Talon met le cap sur la France. A nouveau, les Béninois l’apprennent sur les réseaux sociaux et non par un communiqué de la Présidence ou Ministère des Affaires étrangères. Sur le contenu du séjour, aucune information officielle. Dans l’entourage du chef de l’Etat, l’on avance une fois encore l’argument de «visite privée».   De sources concordantes, l’on apprend que le président Patrice Talon est à Paris pour un bilan de santé. Les réseaux sociaux eux, nous diront qu’il sera reçu par son homologue français semaine écoulée. D’autres sources affirmeront qu’il est rentré au pays dans la soirée du vendredi 22 avril. Finalement, le site web de l’Elysée confirmera l’information sur l’audience avec François Hollande. Elle aura lieu l’après-midi de ce mardi. «17h00 : Entretien avec M. Patrice Talon, Président de la République du Bénin », peut-on lire sur le site web de l’Elysée dans la sous-rubrique «Agenda du président».

Lire Bénin : l'Elysée annonce un entretien entre Hollande et Patrice Talon mardi

Pour le moment, l’on  sait très peu sur les sujets qui vont meubler les échanges entre les deux chefs d’Etat. Du côté de la Marina, aucune information officielle. Dépassés (un peu comme pour ironiser), des Béninois ont d’ailleurs lancé un avis de recherche sur la version béninoise de l’application de discussion WhatsApp : « Il est recherché dans l'intérêt du peuple béninois le sieur Patrice Anathanase Guillaume Talon. L'intéressé qui occupe les fonctions de Président de la République depuis le 6 avril 2016 a quitté son pays natal le 18 (plutôt le 15, ndlr) avril 2016 pour Abidjan. Mais depuis cette date, son peuple n'a plus les nouvelles de lui puisqu'il aurait quitté la Côte d'Ivoire pour une destination inconnue. Nous prions toute personne ayant des informations de notre Président de contacter monsieur Pascal Irénée Koupaki, ministère d'État, secrétaire général à la présidence ou monsieur Abdoulaye Bio Tchane, ministre d'État chargé du Développement»

C’est le Bénin et non «Bénin Control»

Ainsi, depuis dix jours, le président Patrice Talon, chef de l’Etat, chef du gouvernement est absent-il du territoire national, sans aucune explication officielle.

 «Il n'est pas impertinent de souhaiter qu'un homme, ayant à la fois, les réflexes du management entrepreneurial et la connaissance du milieu politique prenne la main pour rassembler afin d'opérer les mutations qui s’imposent. (..) J’estime tout de même que l'entreprise est à l'image de la République. Les galons visibles d'un chef d'entreprise sont plutôt un atout pour la gestion du pays », affirmait le présidentiable Patrice Talon à Radio France internationale (Rfi) en août 2015.

 De son expérience d’homme d’affaires de grande envergure, le propriétaire des sociétés SDI et Bénin Control peut puiser la rigueur, l’anticipation, la stratégie, la gestion efficace du temps, la maitrise des milieux d’affaires et le pragmatisme pour réussir son challenge de gestion de l’Etat. La gestion secrète et la discrétion sont des caractéristiques du style du chef d’entreprise Talon.  Et pourtant ! Bien qu’elle soit à «l’image de l’entreprise», une république moderne ne peut être gérée à travers des voyages, à la limite clandestins. Le chef d’entreprise doit enfiler son costume de chef d’Etat pur véritablement habiter l’Etat. « Rupture » ou « Nouveau Départ », doit rimer avec bonne gouvernance. Lui-même a promis faire de son mandat unique celui de la transition et des réformes idoines pour consolider davantage le processus démocratique et améliorer la gouvernance publique. Mais en attendant et en plus des réformes, il faudra la culture de la bonne gouvernance par l’exemple.

Dans une démocratie qui se veut moderne, la bonne circulation de l’information officielle participe de l’efficacité de la communication institutionnelle. Plus encore, elle est, dans une certaine mesure, un gage de bonne gouvernance. Il ne s’agit aucunement de verser dans la sur-médiatisation, ni le propagandisme à tout bout de champs. Il faudra juste diffuser l’information institutionnelle au nom de la reddition de comptes et dans le strict respect du droit des citoyens à l’information.