La Nouvelle Tribune

L'image démocratique du Bénin est surfaite selon Jean Kokou ZOUNON (PCB)

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Que vaut en réalité la démocratie béninoise. Alors que plusieurs journaux et sites d'information étrangers vantent les mérites de la démocratie béninoise, Jean Kokou Zounon, membre influent du PCB revient dans une interview au Journal de l’Afrique n°20 (Investig’Action, avril 2016) sur les contours de la démocratie béninoise.

Pour ce faire, l'interview était axée sur les dernières présidentielles au Bénin. Même si Jean Kokou Zounon pointe une différence entre la démocratie béninoise et les démocraties d'autres pays africains, il a tenu à faire des nuances. Pour commencer, Jean Kokou Zounou a rappelé le contexte historique :

"Déjà sous la colonisation, l’occupation n’a pas été acceptée même si les affrontements ne sont pas allés jusqu’à une guerre généralisée contre la domination coloniale. (...) Ces luttes ont conduit au refus et au départ de la base militaire française du pays en 1964. (...) Ensuite, personne ne comprendra jamais rien de ce qui se passe au Bénin, surtout nos frères Africains, s’ils ne connaissent pas les conditions dans lesquelles notre peuple a mis fin à la dictature de KEREKOU et comment la Conférence Nationale tant vantée de février 1990 est intervenue.

Il a ensuite abordé plusieurs sujets relatifs à la dernière présidentielle: de la surprise de la candidature de Lionel Zinsou, à la lutte menée par le Parti communiste du Bénin contre la candidature de celui qu'il considérait comme un "nouveau gouverneur colon", tous les sujets ont été abordés. On retient de l'entretien que Boni Yayi et Lionel Zinsou ont pensé pouvoir gagner, vu que les élections au Bénin sont des "enchères avec la distribution ouverte de sous aux électeurs, l’achat des voix, les tripatouillages des urnes." Pour lui la défaite de Lionel Zinsou est le fruit de la farouche opposition du peuple au système Yayi. 

Outre la dernière présidentielle, M. Kokou Zounou a également parlé de la démocratie béninoise en général sous un aspect différent de ceux abordés par la presse étrangère : 

"L’image démocratique que le Bénin reflète à l’extérieur est déformée et surfaite. Jusqu’ici, au Bénin, trois électeurs béninois sur cinq (60%) ne savent ni lire ni écrire. Ils ne peuvent être conseillers communaux, car il faut connaître le français, déclarée la seule langue officielle du pays. Peut-on parler de démocratie si les 3/5 des électeurs sont exclus de leur droit d’éligibilité ? Ceux qui ont commis des crimes sous la dictature de KEREKOU de 1972 à 1990 sont impunis pendant qu’en Argentine, au Chili et ailleurs, les tortionnaires sont jugés et les victimes indemnisées. Moi qui vous parle, j’étais directeur du Plan d’Etat sous KEREKOU ; dès que j’ai été identifié comme membre du Parti Communiste, j’ai été pourchassé et j’ai dû entrer en clandestinité de 1985 jusqu’à la chute de la dictature en 1990. Ici, l’impunité des crimes politiques règne comme méthode de gouvernement et les victimes de la lutte pour la démocratie, de 1972 à 1990 ne sont ni réhabilitées ni indemnisées. C’est pourquoi je dis que l’image de notre pays est surfaite. "