La Nouvelle Tribune

Cérémonie d’investiture : Les oubliés du discours de Patrice Talon

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Les pères fondateurs, les anciens présidents, les martyrs, les institutions de la république, la classe politique et les autres forces vives de la nation ainsi que les valeurs de la république n’ont pas eu de place, si non très peu, dans le discours prononcé ce mercredi 06 avril à Porto-Novo par le président Patrice Talon à l’occasion de son investiture.

C’est effectif ! Elu au second tour de la présidentielle de mars 2016, le tout nouveau président béninois Patrice Talon est désormais dans la plénitude de ses fonctions. La cérémonie de son investiture s’est déroulée ce mercredi 06 avril au Stade Charles de Gaulle de Porto-Novo, la capitale du Bénin. Conformément à la Constitution du 11 décembre 1990, le chantre du « Nouveau Départ » a prêté serment devant l’Assemblée Nationale et la Cour suprême. Son serment a été reçu par le président de la Cour constitutionnelle l’un des temps forts de cette cérémonie à la fois solennelle et sobre fut le discours du président entrant. Ce discours était très attendu. Vu la vision déclinée par Patrice Talon dans son projet de société, l’on s’impatientait de connaître le message fort de ce tout premier discours présidentiel. Pour l’analyse, plusieurs constats se dégagent à la lecture de ce discours d’investiture.   

D’abord, on peut noter la brièveté (10 minutes) et la concision du texte (lire ici le discours). Il livre clairement, dans un style accessible,  la vision du président Patrice Talon ainsi que ses engagements pour la concrétiser. Une vingtaine, ces engagements couvrent plusieurs domaines dont les réformes institutionnelles, l’éducation, le secteur privé, l’éducation, la diplomatie, entre autres.

Ensuite, l’absence de référence au passé. A ce niveau, le président n’a fait aucune mention des anciens présidents, ni des pères fondateurs du Bénin indépendant. Pas d’hommages aux anciens et aux martyrs de la république. Aucune pensée à l’endroit des personnes qui ont sacrifié ou consacré leur vie à la construction de l’Etat dont il a solennellement pris la direction ce 06 avril. Très attaché à son concept de « Nouveau Départ », Patrice Talon a plutôt choisi d’orienter son discours sur l’avenir ; à travers notamment l’énumération de ses engagements.

Enfin, et pour ne pas finir, le discours était très centré sur la personne du président de la république lui-même. De l’égocentrisme ou une marque de grande responsabilité ? Questions aux psychologues. Le discours d’hier est essentiellement un condensé des engagements du président Talon. Cela pourrait expliquer l’usage à foison du pronom personnel «Je», employé une quarantaine de fois. De plus, nulle part dans son texte, le président n’a utilisé le terme «gouvernement». Il en est de même pour «Assemblée Nationale», « classe politique » et « forces vives de la Nation.» Pas donc de clin d’œil aux institutions, notamment l’Assemblée nationale, ni au corps constitués de la république dont il aura besoin de la coopération pour conduire les nombreuses réformes politiques et institutionnelles prévues.

Surtout que, ces réformes qui impliquent la révision de la Constitution, requièrent un large consensus national. De plus, le discours fait très peu, sinon sobrement et vaguement, référence aux valeurs de la république, tels que contenues dans la devise « Fraternité-Justice-Travail », l’hymne national  « l’Aube Nouvelle » ainsi que dans le préambule de la Constitution du 11 décembre 1990. Peut-être, cela témoigne d’une remise en cause par le président Patrice Talon de tout, sinon une grande partie, de ce que fut bâti depuis l’indépendance en vue d’un véritable « Nouveau Départ» ? Questions aux politologues.

In fine, le discours présidentiel se termine sur une bonne note : «j’y crois fermement, nous avons tout pour réussir». Une profession de foi un optimisme affiché sans ambages.