La Nouvelle Tribune

Patrice Talon : Le sort d’un infatigable gladiateur

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Compétiteur né comme il se présente lui-même, Patrice Talon, le magna béninois du coton est en plein dans une compétition pas comme les autres. La course à la présidentielle. Candidat pour succéder à son grand rival de ces cinq dernières années, Patrice Talon tel un gladiateur est de ce fait, descendu dans une arène aussi périlleuse que celle d’où il vient, le monde des affaires.

Il l’a lui-même dit, il renonce aux affaires pour s’afficher désormais comme homme politique. Et faudra le lui reconnaître, le richissime homme d’affaire a fait un choix osé. Devenu très populaire avec les affaires Pvi, tentative d’assassinat du chef de l’Etat, le président Boni Yayi, l’homme qui revient d’un non moins long exil en France, a plusieurs facteurs qui jouent en la faveur de son élection probable au terme du scrutin présidentiel dont le premier tour est reporté au 06 mars prochain. Il est notamment perçu comme un homme courageux, pragmatique et convaincant. Longtemps resté dans l’ombre d’où il finance les hommes politiques béninois dont l’élection du président Boni Yayi, il est présenté comme celui à qui on doit la victorieuse résistance de la révision dite opportuniste de la Constitution béninoise par l’actuel homme fort du pays que beaucoup ont soupçonné d’être animé d’un ardent désir de fossilisation au pouvoir. Me Adrien Houngbédji l’actuel chef du parlement dont l’élection serait en grande partie due à lui, le présente métaphoriquement comme « La télécommande de Paris » à l’opposé de Boni Yayi, « télécommande du Bénin ». Encadré dans sa quête du pouvoir politique par une redoutable machine de conquête, il est l’homme dont le nom drainait des foules au Bénin à travers les meetings d’appel et de soutiens à la candidature. Très en avance sur ses challengers dans la communication politique, il fait un travail de fourmi à travers des rencontres personnelles avec les acteurs de différents secteurs d’activité et des regroupements de jeunes sans distinction de classe sociale. Ce qui fait de lui, un prétendant sérieux à la Marina. Mais la tâche ne lui sera pas pour autant facile. Face à lui, 04 véritables challengers en dépit de la trentaine de candidats en lice. Bien qu’appartenant au cercle des candidats de la rupture comme lui, Sébastien Ajavon, l’autre opérateur économique béninois dans la course, est son plus grand rival. Celui-ci n’a pas caché qu’il est candidat à cause de lui. Il aura également fort à faire face au Franco-béninois Lionel Zinsou le candidat de la continuité, candidat de Boni Yayi soutenu par la surprenante et redoutable alliance Fcbe-Prd-Rb, de grandes forces politiques. Aussi pourrait jouer en sa défaveur son éternel combat avec le Président Boni Yayi. Certains voient en sa candidature, une candidature de vengeance. Et pour des Béninois très accrochés à la paix dans leur pays, le choisir comme prochain président est un gros risque de voir se poursuivre un combat dont ils sont fatigués. Il se peaufine alors à l’horizon, un éventuel échec à l’homme compétiteur.

Talon et l’après présidentielle

Au lendemain de ce scrutin particulièrement excitante, sans doute qu’il y aura une nouvelle configuration de l’échiquier politique béninois. Déterminé à aller dans ses ambitions politiques, Patrice Talon qui s’est déjà proclamé homme politique désormais devra faire face à la nécessité d’avoir son propre parti politique. Le candidat indépendant qu’il est devra en cas d’échec penser à organiser sa machine pour avoir une base électorale. Dans un environnement politique béninois marqué par des parties réparties par influences géographiques et ethniques, il doit batailler dur pour se faire une place. Et ce sera là un des nombreux challenges de l’après présidentielle. Et s’il devra faire l’opposition, l’équation sera plus complexe. Attendons de voir ce qu’il vaudra à la présidentielle.