La Nouvelle Tribune

Obsèques de Mathieu Kérékou : L’intégralité de l’oraison de Boni Yayi

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Mon général, En ce moment de grande tristesse et de profonde émotion, le devoir de mes charges m’amène à m’adresser à vous en cette circonstance particulière pour vous exprimer, au nom du Peuple béninois et en mon nom personnel, notre affection et notre reconnaissance à l’heure fatidique de vous faire nos Adieux.

Mes Collègues, les chefs d’Etats des pays frères et amis sont accourus à Cotonou, pour se joindre au Peuple béninois tout entier afin de vous rendre des hommages dignes de votre haut rang, saluer votre mémoire et soutenir votre Nation, la Nation Béninoise que vous avez tant aimée et pour laquelle vous avez consacré votre vie et consenti d’énormes sacrifices. Que dire devant cette assemblée plongée dans un silence pesant que lui impose l’immobilité glaciale du sommeil éternel dans lequel vous vous êtes endormi ! S’il y a une lueur de réconfort à laquelle nous nous agrippons, c’est la certitude que le Bénin, au-delà de la douleur de cette séparation physique, honore un de ses plus dignes fils rentré dans l’immortalité. Mon très cher et respecté Général, Le souvenir de tant d’années passées à la tête de notre Etat restera toujours vivace dans l’esprit des béninoises et des béninois pour qui, malgré votre départ pour la cité céleste, vous continuerez d’être présent spirituellement parmi eux et dans leur vécu quotidien. La grande mobilisation que l’on observe actuellement en ces lieux est un témoignage vivant et la preuve de la grande estime et de la haute considération que vos compatriotes ainsi que nos frères et sœurs des pays voisins ont pour vous. Ils n’ont pas une meilleure manière de l’exprimer que par leur présence parmi nous. Bien aimé Président, Je me souviens, comme si c’était hier et non sans émotion de vos propos aimables, lourds de sens et combien édifiants à mon endroit, le 06 avril 2006, au moment de la passation des charges. Sans vouloir trahir la confidence, il me paraît impérieux de lever un coin de voile de nos entretiens dans le souci d’édifier notre Peuple sur les riches enseignements que j’en ai tirés. Le premier enseignement est la réalité de notre difficile marche vers l’édification d’un pays uni, prospère, à économie compétitive, de rayonnement culturel et de bien être social. A ce propos, vous m’avez recommandé beaucoup de courage, d’abnégation et de patience. La deuxième leçon qui m’est restée est relative à l’approfondissement de notre démocratie, la qualité de nos institutions, la lutte contre la corruption et l’impunité. Autant de défis à relever et qui nécessitent selon vos propos de nous mettre ensemble pour hisser notre pays au rang des Nations modernes. Mon Général, La flamme de la démocratie que vous avez allumée en 1990 à la faveur de la Conférence des Forces Vives de la Nation demeure une boussole pour nous. Dès lors, prenant en compte cet héritage, nous avons entrepris des réformes au plan économique afin de soutenir le renouveau démocratique. Ainsi, nos efforts ont permis au Bénin de se retrouver dans le peloton des pays dont le taux de croissance est en constante amélioration. Cependant, des poches de pauvreté subsistent encore. C’est pourquoi, nous devons redoubler d’efforts pour continuer de travailler dans un esprit de sacrifice, d’amour de la patrie, de solidarité, de conscience professionnelle. Ce jour du 06 avril 2006, vous n’avez pas occulté la problématique de la gouvernance. Vous m’aviez même confié que du fait de l’ampleur de l’impunité et de la corruption, le Bénin apparaît de plus en plus délaissé par ses cadres avides d’intérêts particuliers, bafouant la règle fondamentale de l’éthique et de l’intégrité publique. Oui ! La bonne gouvernance est une combinaison homogène et cohérente de facteurs tels que le processus politique transparent, prévisible et ouvert, la bureaucratie imprégnée d’une éthique professionnelle, la présence d’hommes politiques responsables de leurs actions (imputabilité), la participation de la société civile à la gestion des affaires publiques, les procédures et institutions régies par la règle de droit. Au total, la bonne gouvernance apparaît comme un intrant de premier plan dans le processus de développement économique. Vous m’avez fait part ce jour du 06 avril 2006 de la gravité de cette situation marquée par la dégradation de la qualité de la gouvernance dans notre pays. A ce jour, la sauvegarde de l’intégrité publique et citoyenne demeure toujours un chantier et défi dans notre pays en dépit des réformes accomplies. Nous n’avons pas encore obtenu une union sacrée de tous, institutions publiques comme privées, citoyens et citoyennes. C’est un voyage et nous devons mettre fin à cette démission collective. Mon Cher Général, Pour être fidèle à votre mémoire, les filles et fils du Bénin doivent prendre la mesure de la gravité de l’heure et rester attachés à la Nation qu’ils doivent servir par dessus tout. A cet effet, aucun sacrifice n’est de trop. Mon très Cher Président, Votre disparition survient au lendemain de l’adoption par les Nations Unies des Objectifs du Développement Durable. Nous vous faisons la promesse d’œuvrer pour qu’à l’horizon 2030, notre pays soit au rendez-vous de ceux qui auraient réalisé des progrès notables dans l’élimination de la pauvreté, qui a toujours été au cœur de vos préoccupations. Certes, les dérèglements climatiques constituent un obstacle majeur pour les pays à vocation essentiellement agricole comme le Bénin mais, fort heureusement, la planète entière en a pris conscience et nous avons bon espoir que les mesures seront collectivement prises pour y faire efficacement face. Le pré-requis pour relever les défis ainsi énumérés nécessite un climat de paix et de sécurité. Malheureusement, le terrorisme a pris des proportions telles que la communauté internationale se doit d’en apporter des réponses appropriées pour une paix durable. Nous en faisons une priorité au niveau de la sous région. Du reste, l’intégration sous régionale était également un de vos soucis majeurs. Vous avez mené ce combat avec vos pairs des pays voisins en faisant progresser les idéaux de nos communautés économiques régionales. Messieurs les Chefs d’Etat, Mes chers compatriotes, Je n’ai pas la prétention d’avoir entièrement cerné les enseignements contenus dans la longue et riche expérience de notre regretté Président, mais je puis affirmer que pour perpétuer sa mémoire et poursuivre son œuvre de construction d’une nation solidaire et prospère, nous devrions collectivement prendre des engagements dont au premier chef le sens de la responsabilité, l’esprit d’abnégation, l’amour de la patrie, une éthique et une morale fortes. Président KEREKOU, Merci de votre sympathie paternelle et de votre affection qui ne m’ont jamais fait défaut jusqu’à ce 14 octobre 2015. En ce moment où vous amorcez votre voyage ultime vers la maison du Père Céleste, je reste convaincu qu’il ne s’agit que d’une séparation apparente car vos œuvres témoigneront toujours de votre présence parmi nous. Pour graver davantage votre nom dans notre mémoire et nos cœurs afin que la postérité ne vous oublie jamais, je déclare solennellement la décision prise par le gouvernement de la République du Bénin de donner votre nom à un lieu de grandes rencontres, fruit de vos efforts pour votre Peuple, le Stade de l’Amitié de Cotonou qui s’appellera désormais Stade de l’Amitié Mathieu KEREKOU. Je ne puis terminer mon propos à votre endroit sans saluer la présence réconfortante de nos distingués hôtes venus nous soutenir et vous témoigner de leur généreuse affection. J’exprime, au nom du Peuple béninois et de son gouvernement, mes vifs et sincères remerciements à leurs Excellences Messieurs Faure GNASSINGBE, Président de la République Togolaise, Issoufou MAHAMADOU, Président de la République du Niger, Muhamadu BUHARI, Président de la République Fédérale du Nigeria et les délégations qui les accompagnent. J’associe à ces remerciements les Chefs d’Etat et de Gouvernement qui ont manifesté le désir de prendre part à ces hommages mais dont les agendas n’ont pas permis d’être parmi nous aujourd’hui. Je ne saurais oublier tous ceux qui de par le monde ont manifesté leur compassion à notre pays par des messages de condoléance. Permettez moi de saluer également la présence de mon aîné, le Président Nicéphore SOGLO. Je sais que n’eut été le poids de l’âge, le Président ZINSOU serait aussi avec nous. J’adresse mes salutations aux Présidents de nos Institutions Constitutionnelles et légales, aux Responsables des Confessions religieuses, aux Têtes couronnées Sages et Notables ainsi qu’à tous mes chers concitoyens. Je n’oublie pas les membres du Corps Diplomatique ainsi que les Représentants des Organisations internationales accréditées au Bénin. Merci pour vos marques de compassion et votre soutien en ces moments de recueillement. Mon Général, La Nation reconnaissante, dans la ferveur priante, vous dit Adieu et prie Dieu Tout-Puissant, Le Très Miséricordieux de vous accueillir dans son royaume céleste.

Merci mon Général ! Merci Président Mathieu KEREKOU ! Merci notre Grand Camarade de Lutte ! Dormez en paix et que la terre vous soit légère !