La Nouvelle Tribune

Le concert de la « nouvelle conscience »

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Alors que tout nous interpelle aujourd’hui sur les responsabilités qui doivent nous habiter en ce qui concerne les nouveaux défis à relever pour dissiper l’ombre de la fatalité où est plongé notre pays, c’est à regret et avec peine que nous constatons que tout est en train d’être mis en œuvre, une fois encore, pour compromettre durablement le destin de notre pays.

Qu’a-t-on besoin d’être devin ? Avouons qu’il y a péril, et le risque est grand,  si l’on n’y prend garde, que les mêmes causes, dans les mêmes conditions, produisent les mêmes effets. Que dire, en effet, d’une élite politique qui s’emploie à s’approprier maladroitement les concepts d’autrui et auxquels ellen’a jamais pris le temps de travailler, une élite qui surfe sur la misère et l’analphabétisme des populations et sur l’amnésie où semble nous confiner l’histoire pourtant récente de cepays ? Quelle pédagogie nouvelle faut-il imaginer pour faire comprendre à cette classe politique qu’il est important, lorsqu’on veut assumer les plus hautes charges de l’Etat, de penser par soi-même et, lorsqu’on n’en a pas peut-être le temps ni les moyens, d’avoir l’honnêteté intellectuelle et la sagesse de témoigner pour celles et ceux qui ont ce courage, cette intelligence et cette persévérance, tout au moins, en les citant – conscience nouvelle oblige ! Mais dans le même temps, quelle pédagogie mettre en œuvre pour éclairer nos compatriotes qui souffrent mais qui donnent vaguement l’impression de souffrir et de tirer les leçons du passé ?

Pourquoi, chez nous, la lanterne de vingt-cinqlongues années d’expérience du renouveau démocratique n’éclairerait-elle jamais là où nous sommes ni là où nous allons, mais toujours l’abîme d’où nous devons sortir ? Notre lanterne ne devrait-elle pas éclairer le présent et l’avenir pour nous éviter de tomber dans  les mêmes erreurs du passé ? Questions graves s’il en est, mais que n’ose poser, aucun de ceux qui ont la prétention d’avoir les doigts faciles, et qui toujours s’emploient àjouer sur les claviers de l’achat des consciences pour tromper le peuple. Qu’a-t-on chaque fois à réécrire le destin des Béninois, comme si nous ne fussions nés, comme si nous n’eussions pas su ni jamais compris quels étaient les maux qui nous minent, les défis à relever. Mais rien ne vaut l’exemple : Il y a dix ans, l’absence de tout programme, de tout projet de société, de toute vision cohérente et crédible a conduit les Béninois pieds et poings liés dans les bras d’un changement à l’envers et mal pensé, où les mots sont lancés à l’emporte-pièce et sans contenu, précisément parce qu’ils n’étaient point dans les mains qui les ont vus naître.

Or, il semble que l’on s’apprête de nouveau à nous jouer la même musique. Faut-il que nous donnions de nouveau notre accord pour danser en allant àce concert sans savoir ce qu’on y chante et pourquoi nous devons danser, quand bien même le devoir nous appelle de façon insistante ? Là-dessus, laissons les Béninois trouver la réponse par eux-mêmes, et espérons, quant à nous,qu’ils n’aient pas à se réveiller le lendemain tout hébété, quand le vin sera tiré et qu’il nous faudra tous le boire jusqu’à la lie ?Une fois encore, le temps du combat politique fondé sur des idées, des arguments et un diagnostic objectif et réaliste est arrivé, l’heure de la pédagogie républicaine a sonné. Et nous ne nous y déroberons point !