La Nouvelle Tribune

Fernand Amoussou : « qu’aucun de nos acquis démocratiques ne soit remis en cause ! »

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On ne présente plus le Gal de division Fernand Marcel Amoussou, 60 ans depuis le 15juin dernier. Ancien chef d’Etat major des Forces armées béninoises et ancien Patron des forces onusiennes(Onuci) en Côte-d’Ivoire (voir encadré).

Il fut l’un des premiers à proclamer aux encablures de l’année 2011  son intention de briguer la magistrature suprême en  2016.Depuis lors, il sillonne le pays du nord au sud et de l’Est à l’Ouest, privilégiant les rencontres de proximité et le porte à porte avec un ancrage certain sur son Couffo natal. Homme pétri d’expériences, charismatique, le Général Fernand  Amoussou, perçu comme l’un des «  incontournables »de  la présidentielle de février 2016 a expliqué récemment à nos confrères de  « Soleil Fm », sa détermination à servir  son pays le Bénin. Les mots :paix, sécurité, unité nationale reviennent tel un leitmotiv dans cet entretien :Lisez plutôt :

Pourquoi être candidat à l’élection présidentielle de 2016 ?

Ma vie a été au service du Bénin et des Béninois. Depuis l’âge de 18 ans et demi j’ai décidé de consacrer ma vie à mon pays, de me sacrifier pour mon pays, de servir mes compatriotes avec passion et abnégation. Je souhaite simplement continuer d’être au service des Béninois pour servir la paix, la sécurité et la tranquillité des Béninois et créer les conditions du bien-être pour chacun et pour tous.

Quelle est la conception de la paix et de l’unité nationale selon le Général Fernand Amoussou ?

« La paix doit se construire tous les jours »

La paix n’est jamais un acquis définitif. La paix doit être une conquête quotidienne qui doit se traduire dans les propos et les comportements de chacun d’entre nous. La paix doit se construire tous les jours et je suis heureux de constater l’attachement profond des Béninois à la paix.

L’unité nationale est fondamentale afin que nous continuions de vivre ensemble, de vivre en harmonie, de vivre dans la concorde. L’unité nationale ne se décrète pas, l’unité nationale ne s’impose pas. L’unité nationale se nourrit et se construit du sort qui est fait à chaque enfant du Bénin, notamment l’égalité de chances, l’égalité devant les opportunités. C’est la possibilité, pour chaque enfant du Bénin de s’épanouir, indépendamment de ses origines et convictions religieuses, qui consolide l’unité nationale. J’ai eu la grâce et l’honneur de diriger des missions de paix en Afrique. J’ai vu les horreurs lorsque l’unité nationale se déchire, lorsque la cohésion nationale se fissure. Je connais le prix  de l’unité nationale. C’est pour cela que nous devons tous veiller à préserver la cohésion entre les Béninois, à préserver l’unité entre les Béninois et refuser que quiconque nous fasse comprendre que nous sommes différents. Nous ne sommes pas différents. Nous n’avons jamais été différents. Nous nous nourrissons de nos diversités. Nous nous fortifions de nos différences et je voudrais exhorter tous les Béninois à continuer de travailler et d’œuvrer pour que nous continuions de vivre en paix et en harmonie les uns avec les autres.

En plus de l’unité nationale, les questions  sécuritaires restent préoccupantes, au vu de  l’environnement géostratégique, quels sont vos objectifs sécuritaires ?  

« Aucun développement n’est possible sans la sécurité »

Rien de durable ne peut se construire sans la sécurité. Aucun développement n’est possible sans la sécurité. C’est pour cela que je considère que la sécurité est la première des libertés et donc préserver la sécurité doit être l’un de nos objectifs prioritaires. Comme vous le savez, notre sous-région ouest-africaine est très troublée. L’environnement sécuritaire est très dégradé voire dangereux et donc, nous devons tout faire pour préserver nos compatriotes des dangers actuels et futurs. Je pense avoir les connaissances et l’expérience nécessaire pour apporter une forte contribution à la sécurité de mon pays, à la tranquillité de mes compatriotes. Je veux que la femme Béninoise qui va au marché rentre chez elle en toute tranquillité. Je veux que le fonctionnaire ne soit pas agressé en allant au service. Je veux que l’entrepreneur qui se rend à la banque pour y déposer ou retirer un peu d’argent  ne soit pas braqué. Je veux la tranquillité pour mes compatriotes sur l’ensemble du territoire national. C’est dans un environnement de sécurité pour tous que nous pouvons conduire le processus de développement de notre pays pour le bien-être de chacun et de tous.

Que pensez-vous de ceux qui disent que les lignes démocratiques ont été érodées ces dix dernières années au Bénin ?

« nous devons être extrêmement jaloux des acquis de notre démocratie »

Le Bénin est connu comme un pays démocratique et cité en exemple en Afrique et dans le monde. La Conférence nationale de février 1990 a été un événement inédit dans l’histoire contemporaine des pays africains. J’y ai contribué modestement. C’est pour cela que je suis très attaché aux acquis de la démocratie, notamment à la préservation des libertés : liberté de s’exprimer, liberté de se réunir et même liberté de se fâcher lorsqu’on n’est pas content, tout en évitant de détruire les biens publics. La tentation pour tout Etat, de réduire les espaces de libertés, existe. Ce n’est pas seulement au Bénin. Donc, nous devons être extrêmement jaloux des acquis de notre démocratie et faire en sorte qu’en aucun cas et si peu que ce soit, ces acquis soient remis en cause. Ce doit être un engagement commun, un engagement collectif pour continuer de vivre dans un pays libre et démocratique.

Général Fernand Amoussou, vous avez dirigé les forces des Nations unies en Côte d’Ivoire et en plus de votre qualité de chef militaire, vous avez dû faire des médiations entre les forces en présence. Est-ce qu’on peut comprendre que ces médiations vous ont donné le goût pour être Président de la République ?

« rien ne pourra m’empêcher de servir les Béninois »

Mais non! Je ne suis pas dans une démarche d’ambition personnelle. Je ne l’ai jamais été. J’ai été chef d’état major dans ce pays pendant neuf ans sans jamais chercher à en tirer une quelconque gloire personnelle. Ma démarche a été toujours de servir; servir le Bénin, servir les Béninois, c’est une passion que je vis chaque jour. Et c’est pour continuer de servir que j’ai décidé de m’engager. C’est un engagement qui vient du plus profond de mon être et rien ne pourra m’empêcher de servir les Béninois.

Comment comptez-vous gagner l’élection présidentielle alors qu’on ne voit pas des forces politiques derrière vous ?

« je suis dans une démarche de rassemblement »

Ne vous inquiétez pas. Il y a des forces politiques derrière moi; et ces forces politiques s’exprimeront elles-mêmes.  Fondamentalement, je suis dans une démarche de rassemblement: rassemblement de forces politiques et sociales, rassemblement des Béninois afin que, déterminés et rassemblés, nous relevions ensemble les défis d’une éducation de qualité pour tous, de l’emploi pour les jeunes, de sécurité y compris la sécurité alimentaire, de l’énergie électrique, du foncier, de la lutte contre la corruption, de la promotion de nos cultures et de la protection des artistes et artisans, de soutien aux entreprises. Je suis dans cette démarche de rassemblement. Et derrière moi et avec moi, beaucoup de forces politiques et sociales, de personnalités de divers horizons et de diverses sensibilités. Je veux porter l’espoir pour que notre pays prenne un nouveau départ, un départ dans l’apaisement, un départ dans la paix, un départ dans la sécurité; et surtout, un départ définitif pour vaincre la pauvreté et la misère.

On parle de beaucoup d’autres candidats : probablement Patrice Talon, Sébastien Germain Ajavon….quelles sont vos chances pour cette élection ?

« ce qui est bien sera poursuivi »

Le pouvoir appartient au peuple Béninois. C’est le peuple Béninois qui choisira son Président. En ce qui me concerne, je me suis toujours offert au peuple Béninois et mes compatriotes le savent. Tout en reconnaissant à tout Béninois le droit légitime d’être candidat, je souhaite que les ambitions personnelles ne supplantent l’impérieuse nécessité de préserver la paix dans notre pays. Vouloir être Président ne doit jamais nous emmener à faire basculer notre pays dans la violence.

Général Fernand Amoussou, beaucoup pensent que l’après Boni Yayi sera très difficile à gérer.

L’essentiel est de se focaliser sur les voies et moyens pour vaincre la pauvreté et redonner espoir à la jeunesse. Dans tous les cas, ce qui est bien sera poursuivi ; ce qui est moins bien sera amélioré et ce qui est mauvais sera laissé de côté. Nous devons regarder vers l’avant, poursuivre notre marche en avant. Je veux que dans un seul élan, les Béninois se mettent en mouvement pour redonner espoir aux générations montantes, refaire notre pays et faire en sorte que chaque jour, chaque Béninoise et Béninois sourit un peu plus, parce-que quelque chose se serait amélioré dans sa vie.

Réalisation : Soleil Fm

Qui est Fernand Amoussou ?

Particulier parmi la multitude de candidats qui s’annoncent, Fernand Amoussou, 60 ans, a une carte de visite impressionnante qui fait de lui un homme capable de diriger le Bénin. Nommé Chef d’Etat-major de l’armée de terre en 1997 à l’âge de 42 ans par l’ancien président, le Gal Mathieu Kérékou, Fernand Amoussou était deux ans plutôt, Directeur de la planification et de la coopération militaire au ministère de la défense nationale  sous le président Nicéphore Soglo. L’un comme l’autre de ces deux anciens présidents du Bénin reconnaissent en  lui, un homme de mérite. Raison pour laquelle, le président Kérékou a, à nouveau, fait de lui, le chef d’Etat-major général des forces armées du Bénin en 2000. Au sein de l’armée béninoise qu’il a intégrée en 1975, le Général Fernand Amoussou est présenté comme un réformateur averti pour ses nombreuses réformes par lesquelles il a  amélioré  la gouvernance militaire tant au niveau des ressources humaines que financières. Au-delà du Bénin, ses compétences ont été sollicitées par les Nations Unies. En 2006, celui qui aspire actuellement à la magistrature suprême du Bénin, a été choisi par le Secrétaire général Kofi Annan pour prendre le commandement de la force de l’opération des Nations unies en Côte d’Ivoire après en avoir été commandant adjoint d’août 2005 à mars 2006. Poste où   il a  été reconduit en 2008 par l’actuel Secrétaire général de l’Onu, Ban Ki-moon. A l’Onu, ses exploits au service du retour de la paix au pays des Eléphants d’Afrique sont cités en exemple d’école.  Fernand Amoussou, c’est aussi un parcours universitaire impressionnant. Il est le produit de l’école d’infanterie de Montpellier et de l’école des troupes aéroportées de Pau à l’instar du charismatique capitaine Thomas Sankara. Diplômé de l’école  d’Etat-major de Compiègne et de l’école de guerre de Paris,  il a  également  fréquenté plusieurs universités de renom aux Etats-Unis et en Chine.  Chose qu’on ne dit pas souvent sur lui,  le Général Fernand Amoussou est détenteur d’un diplôme d’ingénieur en électronique. Aussi il a des compétences linguistiques diplomatiques avérées non seulement en français mais aussi en anglais et le chinois qu’il  parle bien. Auteur de l’ouvrage « Vaincre l’insécurité en Afrique : défis et stratégies » aux éditions Economica à Paris, il a été également auditeur du Centre des études stratégiques pour l’Afrique des États-Unis et de  l’Institut des hautes études de défense nationale de France.