La Nouvelle Tribune

Attribution anarchique de grades de Général : liquidation en douce du prestige de l’armée

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Depuis son arrivée au pouvoir en 2006,  Boni Yayi  travaille pour mettre sous coupe réglée toutes les institutions de la République. Une à une, on les a vues succomber à ses relents autoritaristes.

Pour la grande muette, il semble opter pour la stratégie de la carotte pour dompter les hommes en uniforme. Le 1er août dernier, le Chef de l’Etat, par un décret pris la veille, élevait 7 hauts gradés des corps paramilitaires  Douanes, Police et Eaux et forêts). Selon les recoupements, l’avènement du grade de Général dans les corps paramilitaires est une disposition du nouveau statut qui les régit et qui a été voté tout récemment à l’Assemblée. Jusque là, aucune innovation particulière puisque le grade de Général existe dans la nomenclature des grades de plusieurs corps similaires des pays de la sous- région. Ce qui pose problème ici c’est la manière dont les grades sont données et à qui. Depuis 2006, le Chef de l’Etat a donné les grades de Généraux à presque tous les officiers supérieurs qui arrivaient à la tête de leurs armes. Il fut une période où on promouvait des officiers à quelques mois de leurs retraites au grade de Général. Juste l’occasion pour eux de bénéficier des avantages de cette promotion pendant leurs retraites. On se rappelle bien des passages éphémères des Généraux Oké Soumanou, Akpona à l’Etat -major général pour quelques mois alors qu’on les a faits généraux à peine. Qui se  souvient des Zankaro, Ahouandjinou, Lègba, Lafia Biokpo, Adjou Moumouni, Bio Ningui, Sèwadé tous faits Généraux à quelques mois de leurs retraites ? D’eux, on n’a pas gardé de bons souvenirs puisqu’ils n’ont pas servi assez l’armée sous ce grade. Alors pourquoi  leur  octroie-t-on ces grades ? Aux yeux de beaucoup de gens, ces grades apparaissent comme des « remerciements » à des officiers qui ont rendu des services personnels, de qui on sollicite une certaine docilité au du pouvoir. En effet, ces nominations ne semblent en rien répondre à des préoccupations stratégiques et des soucis de planifier sur le long terme la carrière de ces officiers et la mettre en adéquation avec les visions militaires.

Houndégnon, comme un poisson dans l’eau

A tort ou à raison, on attribue la brusque promotion  du général Louis Philippe Houndègnon au président Boni Yayi. Et pour cause, c’est sous Boni Yayi que le jeune commissaire a connu son âge d’or. Juste qu’en 2011 où il y a eu l’élection présidentielle, Houndègnon n’était qu’un simple commissaire principal de police. Puis après 2011, il bénéficie de beaucoup de faveur. Il est passé de ce grade à celle de contrôleur- général après qu’on lui a sauté les grades de commissaire divisionnaire. Pour faire de lui Contrôleur- général de police, Yayi a dû nommer deux autres : Nazaire Hounnonkpè son adjoint et Jean -Pierre Tozé qui fut jusque là le plus gradé  des commissaires de police encore en service au Bénin. On se rend compte que les promotions n’ont commencé à tomber sur Houndégnon juste après l’élection. On se rappelle bien du rôle joué par ce dernier. Le Commissaire central de la ville de Cotonou avait maté des opposants  et manifestants de tout ordre. Est-ce donc une prime à la fidélité ? S’interrogent bon nombre de Béninois. Alors que Houndègnon savoure les délices de Général, Jean Tozé broie du noir. Ainsi va la promotion des cadres militaires sous Yayi. Seuls ceux qui ont des atomes crochus avec le pouvoir sont promus. Les autres, laissés sur le carreau. Mais il y a plus grave à dire sur  ces promotions. Selon des sources concordantes, le nouveau statut prévoit que pour accéder à ce grade il faut avoir  capitalisé une ancienneté de 4 ans dans le grade précédent. Au total, on peut dire sans se tromper que Yayi nomme des Généraux pour son plaisir et pour le servir que pour servir l’armée. En procédant ainsi, Yayi réussit à asservir l’armée en contentant ses hauts gradés. Cette stratégie lui permet de discréditer davantage l’armée qui reste aux yeux de l’opinion le dernier rempart de la démocratie béninoise.

Lire Bénin: le gros cadeau de Yayi au DGPN Houndégnon

Car, depuis 2006 le Chef de l’Etat a réussi de mettre à la tête des institutions des hommes liges qui lui sont restés dociles. Les hauts gradés en se faisant chosifier des grades donnés anarchiquement, contribuent à détériorer l’image de l’armée restée jusque -là indemne. Ce travail de dépréciation de l’armée, Yayi le fait en douceur pour que demain, rien de bon et de bien ne reste debout dans le pays quand il va laisser le pouvoir. « Après moi le déluge », telle est sa maxime préférée