La Nouvelle Tribune

Hémicycle : Joseph Bamigbadé, un suppléant de pacotille pour un titulaire de luxe

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Doit-on permettre à certains députés de parler officiellement leurs dialectes pour éviter de honnir le Bénin ? Cette question avait fait débat lors des législatives passées pour finir par tomber dans le flot des préoccupations oubliées de la République.

Après moult débats à l’hémicycle et en dehors, on avait fini par conclure que tous les députés parlent au sein de l’Assemblée nationale le français parce que langue de travail et pour éviter d’installer au sein de la représentation nationale une cacophonie. Mais élément nouveau, l’intervention mardi du député Fcbe de Sakété Joseph Bamigbadé nous ramène à cette vieille préoccupation.

Suppléant du ministre François Abiola, il devrait, avec trois autres de ses collègues, être installé comme député après que son titulaire ait été maintenu dans le gouvernement comme vice premier. Boubou en basin bien amidonné, des lunettes d’intellectuel, l’air serein, on pouvait bien voir Joseph Bamigbadé comme un intellectuel de haut vol. Mais c’est quand le moment des interventions des nouveaux députés est venu que l’on se rend compte que Joseph Bamigbadé était un handicapé intellectuel. Il parlait un galimatias déshonorable pour un « honorable ».

Juste le temps de nous faire souvenir Aristide Sagbo dit « Sowéto », le feu boxeur, champion d’Afrique des poids plumes qui excellait dans le même style. Chose quand même normal. L’intéressé n’aurait jamais mis pied à l’école et n’a guère besoin de la langue du blanc pour mener ses activités de cambiste et d’entrepreneur agricole.

Il fait partie hélas d’une race, très exubérante actuellement d’hommes politiques béninois, qui ont décidé de faire la politique pour renforcer leurs affaires. Et dire qu’il est le suppléant d’un professeur titulaire qui a, comme on le dit dans le langage trivial, « fini le tableau » des diplômes et qui, pendant des années a fait la fierté béninoise dans le microcosme dakarois alors qu’il était directeur de l’école de médecine vétérinaire de Dakar.

Quelle cohabitation. Seule la politique béninoise ouvre la porte à de telles aberrations. Joseph Bamigbadé n’est d’ailleurs pas le seul député dans ce cas. Beaucoup d’autres nous ont habitués à entendre du charabia à l’Assemblée nationale et font honte au Bénin. Et cela risque de continuer si c’est le monde des affaires qui devient le principal pourvoyeur de ressources humaines pour la classe politique.