La Nouvelle Tribune

Bénin : Joël Aïvo relève les incongruités du nouveau gouvernement de Yayi

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Ça continue. Le nouveau gouvernement du président de la république du Bénin, Dr Thomas Boni Yayi continue de susciter des réactions. Et la dernière réaction en date est belle et bien celle du Professeur agrégé de droit public et et expert-constitutionnel de l’Onu en Centrafrique, Frédéric Joël Aïvo.

Dans une interview le spécialiste du droit et ancien directeur de cabinet du président Adrien Houngbédji a apprécié l’architecture de la nouvelle équipe gouvernementale. Dans son analyse, si le Professeur Aïvo estime qu’en termes de crédibilité, ce quatrième et propable dernier gouvernement du régime de la Refondation est un peu plus relevé et compte des personnalités dont la compétence et l’expérience ne sont guère discutables, il y a décelé un certain nombre d’incongruités. Notamment dans la monture.

Lire Joël Aïvo : « Le Pays s’est déjà tourné vers l’après Yayi »

 «Un vice-Premier Ministre, n’a pas de sens»

Selon le Professeur agrégé de droit et expert-constitutionnel de l’Onu pour la Centrafrique, cette nouvelle architecture du gouvernement du président Boni Yayi fait exploser les compteurs. Mieux, ajoute Joël Aîvo, « La nomination d’un Premier Ministre et d’un Vice-Premier Ministre n’est pas conforme à l’esprit de notre régime politique ». Et ce, même si cela n’est pas contraire à la Constitution. Toujours dans son analyse, l’ancien directeur de cabinet du président Houngbédji fait constater qu’ « un vice-Premier Ministre, au plan juridique et politique, n’a pas de sens ». Cela, explique le Professeur Aïvo, d’autant que le Premier Ministre lui-même n’est pas Chef du Gouvernement. Il ne dispose pas d’attributions constitutionnelles propres. « Je ne sais pas ce qu’en pense le titulaire de la charge. Vice-Premier Ministre, c’est un peu excentrique, exotique et fantaisiste dans un régime présidentiel comme le nôtre », analysera le juriste avant de faire remarquer la nomination de trois ministres d’Etat à la fois en plus d’être une première, est « comme une foire, la grande braderie de Cotonou en fin de règne, un acte de reconnaissance en quelque sorte ».

Le choix de Lionel Zinsou comme Premier Ministre ? 

Pour le Professeur Aïvo, la nomination de l’ancien Patron de PAI partners à la Primature est plus qu’un coup d’éclat. « Le Chef de l’Etat a voulu faire un coup politique. Mais c’est d’abord un coup de griffe à ses propres partisans qui doivent avoir pris la nomination de M. Zinsou comme une provocation » pense l’expert-constitutionnel. Il estime en effet que ce n’est pas simple de dire à ses partisans : « aucun d’entre vous ne m’inspire confiance, je n’en vois pas un seul pour prendre le leadership de l’équipe gouvernementale encore moins pour être mon dauphin. Donc, je préfère un technocrate tranquille dans ses affaires en France pour coordonner l’action du Gouvernement ». Alors que, eux, ils sont allés au charbon, restés constamment sur le terrain et ont les mains dans le cambouis.

Cependant, reconnaît Joël Aïvo, le Franco-béninois n’est pas responsable du bras d’honneur que le Président Yayi a fait à ses amis politiques. Mieux, parlant de l’homme lui-même, Joël Aïvo décrit un homme compétent et crédible sur le plan international dont la présence dans le gouvernement pourrait améliorer la gouvernance. Mais il regrette que ce soit à dix mois de la fin de mandat que le Président lui fasse appel. Car, pour lui, c’est un atout que le temps et le contexte de précampagne électorale ne permettront pas d’exploiter. « C’est dommage. C’est pour cette raison que je pense que le coup de maître qu’a tenté le Président de la République sera probablement un coup d’épée dans l’eau », conclut-il avant de souhaiter se tromper dans cete dernière analyse.