La Nouvelle Tribune

54 députés bloquent l’ouverture de la 1ère session ordinaire

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(La cérémonie reportée à jeudi prochain)
 La cérémonie officielle d’ouverture de la première session ordinaire de l’année 2008 à l’Assemblée nationale n’a accouché que d’une souris hier au palais des gouverneurs à Porto-novo. Les députés du Prd, Rb, Psd, Madep, du G13 et ceux de Force Clé ont préféré boycotter cette cérémonie en signe de mécontentement suite à la situation politique qui prévaut à la Cena et les récentes déclarations des députés  Fcbe.
Pour la première fois de l’histoire de notre démocratie et du parlement, la rentrée solennelle de la première session ordinaire de l’Assemblée nationale a été boycottée par la majorité des députés. En effet, pendant près de deux heures d’horloge, les députés de la majorité présidentielle, les invités d’honneur tels que les membres du corps diplomatique, des organisations internationales, la hiérarchie militaire, les chefs religieux et traditionnels et autres sont restés dans l’hémicycle à l’attente de l’ouverture officielle de la première session ordinaire de l’année 2008 pour la quelle ils ont été invités par l’institution parlementaire. Ce n’est qu’à 10h45 minutes que le président Mathurin Nago fit son entrée dans l’hémicycle. Il a d’entrée rappelé l’article 87 de la loi fondamentale qui dispose << l’Assemblée nationale se réunit de plein droit en deux sessions ordinaires. La première session s’ouvre dans le cours de la première quinzaine du mois d’avril. La deuxième session s’ouvre dans le cours de la seconde quinzaine du mois d’octobre. Chacune des sessions ne peut excéder trois mois>>. Le secrétaire parlementaire procèdera par la suite à la vérification du quorum. Au total, seulement 29 députés ont répondu présents à cette cérémonie. Face à ce constat amer, le président de l’Assemblée nationale rappellera par la suite les dispositions de l’article 85 de la Constitution << Si à l’ouverture d’une session, le quorum de la moitié plus un des membres composant l’Assemblée nationale n’est pas atteint, la séance est renvoyée au troisième jour  qui suit. Les délibérations sont alors valables, quel que soit le quorum>>. << Le quorum n’est pas atteint. Donc nous prenons acte et en vertu de l’article 85 de la Constitution, la séance sera reportée au troisième jour qui suit. Donc nous nous retrouverons le jeudi 10 avril 2008 puisque nous devons respecter les dispositions légales...>> a t-il déclaré en substance avant de remercier tous ceux qui étaient présents pour leur déplacement. Face à cet incident qui ternit l’image de l’institution parlementaire, le président Mathurin Nago n’avait plus autre alternative que de procéder aux salutations d’usage devant des invités et les hautes personnalités qui avaient même du mal à se lever de leur siège.
 
Le dossier vol de cartes d’électeur serait à l’origine
Les députés dits de la minorité parlementaire viennent d’assener au président de l’Assemblée nationale et les autres membres du bureau un véritable coup qui a ternit l’image de cette institution. Des sources proches de ces députés qui étaient pourtant présents dans certains bureaux mais qui n’ont pas fait le déplacement de l’hémicycle, il s’avérait que ce boycott enregistré lors de la cérémonie d’ouverture de la première session ordinaire de l’Assemblée nationale serait dû aux derniers développements politiques qui ont envenimé l’horizon politique de notre pays. Autrement dit, l’affaire de vol de 50.000 cartes d’électeur pendante devant la justice, les récentes déclarations des députés Fcbe qui ont demandé la démission du bureau de la Cena, la reprise des opérations de délivrance de cartes d’électeur et le boycott des prochaines élections communales. Cette situation qui a conduit à l’arrestation d’un membre de la Cena et de ceux des démembrements de la Cena du Littoral n’a pas voulu passer sous silence au parlement. En signe de soutien à la Renaissance du Bénin, les députés des autres partis politiques, à savoir le Prd, le Madep, le Psd, le G13 et les députés de Force Clé ont choisi purement et simplement de boycotter les travaux de l’ouverture de la première session ordinaire de l’institution parlementaire. On se demande quelle sera l’issue de cette situation. Assisterons-nous une fois encore à ce boycott à la prochaine rencontre conformément aux dispositions de l’article 85 de la loi fondamentale? Quelle sera la stratégie qui sera déployée le jeudi prochain au parlement après ce coup? Mais dans tous les cas, même s’ils étaient absents le jeudi prochain, les travaux vont se poursuivre normalement. Ce bras de fer entre minorité et majorité présidentielle risque d’entacher d’avantage l’image de notre démocratie. C’est pour cette raison que d’autres députés de la majorité présidentielle se disent prêts à tendre la main à leurs collègues d’en face pour une porte de sortie définitive.
 
Ismail Kèko
 
Réaction de quelques députés au terme de la cérémonie écourtée

Eloi Aho (député Fcbe)
C’est malheureux, à voir les gens qui veulent nous donner la morale se comporter de cette façon. Ils ne sont pas responsables et n’aiment pas leur pays. On verra dans trois jours ce qui va se passer. Dans tous les cas, il faut mettre la balle à terre.
 
Amissétou Affo Djobo (député Fcbe et 2è secrétaire parlementaire)
L’image qu’ils ont voulu donner du Bénin aujourd’hui n’est pas la meilleure devant le corps diplomatique et les représentants des organisations internationales. S’ils ne viennent pas jeudi, nous allons faire le travail pour lequel nous sommes mandatés. C’est pour des intérêts particuliers qu’ils l’ont fait mais pas pour des intérêts d’ordre général. Au lieu de boycotter, il faut s’exprimer et discuter. Il faut voir par exemple, nous avons commandé un cocktail qui dépasse le million. Baladez vos micros pour voir si quelqu’un a envie de boire quelque chose. Néanmoins, nous avons la main tendue. S’ils veulent venir à la table de négociation nous sommes disponibles.
 
Zachari Yolou (député Fcbe)
Il y a des retards habituels et il peut y avoir aussi des empêchements ponctuels. Mais ce qui est arrivé aujourd’hui est prémédité. Nous sommes à l’Assemblée nationale pour travailler. Notre mission est de voter des lois et contrôler l’action du gouvernement. Nous sommes mandatés pour cela. Si quelqu’un a choisi de ne pas venir travailler il y a de quoi s’inquiéter. Mais nous ne sommes pas en pleine guerre. Il doit y avoir des divergences de point de vue. Nous devons nous expliquer ici à l’Assemblée nationale librement.
Yibatou Glèlè (député Prd)
Je suis restée au dehors pour manifester mon mécontentement par rapport aux arrestations. Vous pensez que c’est seulement à Cotonou et Porto-novo qu’il y a fraude? Allez au nord de notre pays, les enfants de 10 ans, les morts prennent des cartes d’électeurs. C’est eux qui ont des problèmes et ils pensent qu’il faut rester à côté du chef de l’Etat pour le tromper et lui donner de mauvais conseils.
 
Chabi Sika Karimou (député Fcbe)
Ceux qui disent qu’il n’y a pas de démocratie au Bénin, ils mentent. Voyez ce qui s’est passé. Nous sommes dans un Etat de droit. Les députés Fcbe sont là, ceux qui sont absents sont peut être au palais de justice à cotonou. J’ai appris qu’il y a des députés qui ne sont pas là par rapport à cette affaire de cartes d’électeur volées. Par rapport à l’absence des six députés Fcbe, il y a deux qui sont en mission et les quatre autres sont envoyés pour nous renseigner de tout ce qui se passe au palais de justice à cotonou. Ce qui s’est passé, c’est positif pour la liberté de la démocratie sinon si nous étions dans un pays où il ne règne pas la démocratie le chef de l’Etat pourrait arrêter ceux qui ont boycotté.
 
Timothée Gbèdiga (député Prd)
Chacun est libre d’aller là où il veut. Tout le monde a été invité. Nous avons constaté que les amis d’en face ont fait une déclaration  contre la nation béninoise. Cette situation de cartes d’électeurs disparues ne doit pas bloquer la Cena. Ils demandent pour cela la démission du bureau de la Cena, le report des élections, la reprise du recensement. C’est cela qui a suscité la réaction de ce matin. Le jeudi nous allons voir les dispositions à prendre