La Nouvelle Tribune

Législatives 2015 : la stratégie de Boni Yayi pour ratisser large

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L’objectif des Forces cauris pour un Bénin émergent (Fcbe) pour les législatives du 26 avril prochain est clair : avoir au moins 50 députés. Une ambition surréaliste au regard du contexte et des enjeux du scrutin. Cependant, elle est à prendre au sérieux étant donné qu’en dehors des Fcbe, la mouvance compte bien d’autres candidats en lice sur d’autres listes. Ces listes satellites pourraient permettre au président Boni Yayi d’avoir ses 50 députés, si l’opposition n’y prend garde.

 

50 députés. C’est l’objectif des Forces Cauris pour un Bénin Emergent (Fcbe) pour les élections législatives du 26 avril prochain. L’alliance politique du président de la république veut ratisser large. Elle a ouvertement annoncé son ambition au sorti de son congrès extraordinaire  du 14 février 2015. Les Fcbe veulent donc s’en sortir avec au moins 50 des 83 sièges que compte l’Assemblée Nationale béninoise. Soit en moyenne deux députés par les 24 circonscriptions électorales. Et elles se mobilisent pour, avec le soutien de leur «leader charismatique». Le président Boni Yayi mouille le maillot en multipliant les descentes sur le terrain, avec son sport favori actuel. Les poses de premières pierres, lancements de chantier de construction d’infrastructures routières et mises en services de réseaux électricité et eau.

Un contexte peu favorable?

A première vue, cet objectif des Fcbe parait surréaliste et irréalisable. En 2011, la liste a obtenu une trentaine de députés. Le président Boni Yayi a pu avoir une majorité relativement qualifié à l’Assemblée en faisant alliance avec d’autres forces politiques. Les Fcbe ont gagné ce nombre de députés face à une opposition sous le choc, avec le coup de massue qu’elle a reçu au scrutin présidentiel en mars de la même année. Aujourd’hui, bien que fragmentée, l’opposition (Un, Prd, Rb, Abt) semble plus apte à la bataille législative qu’elle ne l’était en 2011. Surtout qu’elle s’est élargie avec l’avènement «Soleil». Pour ces législatives, cette alliance constitue un client sérieux à même de contrebalancer les Fcbe dans le septentrion. De plus, l’alliance pro-Yayi a connu beaucoup de départs, dont des ténors. Certains ont constitué l’alliance Soleil, d’autres l’alliance Fdu (Forces démocratiques unies) et les autres ont rallié des organisations politiques existantes comme l’Union fait la Nation (Un) et la Rb (Renaissance du Bénin). A cela, il faut ajouter le fait que les Fcbe ont commis l’erreur politique (qualifions-la ainsi pour le moment) d’avoir fait de la révision de la Constitution le thème principale de ces élections législatives. Pourtant, ce projet de réforme constitutionnelle si cher au président Boni Yayi passe très mal, à cause de la suspicion qu’il nourrit. Dans l’opinion et dans certains cercles, ce projet de révision est jugé opportuniste et initié pour permettre à Boni Yayi de rester au pouvoir au-delà du 06 avril 2016, date de la fin de son dernier mandat constitutionnelle. Donc, on voit mal le citoyen béninois jaloux de la stabilité politique de son pays, voter pour une liste qui pourrait mettre à mal ladite stabilité avec son entêtement à réviser la loi fondamentale, malgré la controverse autour de l’initiative. La sauvegarde des acquis de la conférence nationale de 1990 est donc en jeux. Dans ce contexte, on se demande comment les Fcbe pourront s’y prendre pour ratisser large aux législatives comme elles le prédisent.

Attention aux listes satellites

Toutes analyses faites, il apparait quasiment impossible pour les Forces cauris pour un Bénin émergent (Fcbe) de rafler à elles seules 50 députés aux prochaines législatives. Mais la mouvance pourrait bien réaliser ce score si l’opposition n’y prend garde et travaille en conséquence. En effet, la mouvance va aux élections avec un visage éclaté. La principale liste est celle des Fcbe. Mais il y a en lice d’autres listes sur lesquelles se trouvent des candidats acquis à la cause de Boni Yayi. Certaines de ces listes sont nées des tractations pour les positionnements, étant donné que tous les partisans du président n’ont pu trouver la place désirée sur la liste Fcbe. Dans ce lot, on pourrait mentionner les liste Ub sur laquelle se trouve l’actuel député Fcbe Orou Sé Guéné ; la liste Eclaireur avec Grégoire Laourou, cacique des Fcbe et autres Edmond Agoua, Cyriaque Domingo, Vénance Gnigla et Martine Dossa, précédemment ministre de l’Economie maritime de Boni Yayi. On peut y ajouter la liste Udd-Wologuèdè du député Fcbe Zéphirin Kindjanhoundé. L’actuelle ministre du Commerce François Assogba est même candidate sur ladite liste. Et c’est sans compter avec d’autres listes dont les candidats n’ont pas clairement affiché leur opposition au régime Yayi et ses méthodes approximatives de gouvernance. L’opposition qui veut barrer la route à toute révision opportuniste de la Constitution et sanctionner électoralement Boni Yayi doit donc prendre au sérieux l’ambition. L’Union fait la Nation, la Rb, le Prd, les Fdu et l’alliance Soleil doivent se retrousser les manches.