La Nouvelle Tribune

Fusillade lundi dernier sur le campus

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Qui a donné l’ordre de tirer sur les étudiants? (La responsabilité du Doyen Amoussouga engagée)
En tirant lundi dernier sur une foule d’étudiants sur le campus d’Abomey-calavi, le garde du corps du Doyen de la Faseg, Géro Amoussouga aurait agi en légitime défense. Mais d’aucuns rapportent plutôt qu’il aurait reçu l’ordre de tirer de la part de son chef.

D’où les difficultés à situer les responsabilités sur cet incident malheureux qui a occasionné 9 neufs  blessés dont deux jugés graves, dans le rang des étudiants.
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Le garde du corps du doyen de la Faculté des sciences économiques et de gestion (Faseg) avait-il  vraiment besoin de tirer sur des étudiants aux mains nues pour se défendre? La question alimente désormais toutes les conversations sur le campus d’Abomey-calavi et même au-delà des frontières universitaires. Les faits tels que rapportés  par les divers témoins du drame ne participent pas  non plus à l’éclosion de la vérité sur cette affaire qui  met  à mal la réputation du Doyen Amoussouga.
 Dans le rang des responsables  de l’Union des scolaires et étudiants du Bénin, dont le président a aussi été atteint par les balles, ce serait effectivement le Doyen Amoussouga qui aurait demandé à son garde du corps de faire usage de son arme pour faire déguerpir les étudiants qui manifestaient contre  les nouvelles réformes à la Faseg. « Nous nous sommes portés vers la Faseg pour dissuader nos camarades étudiants de s’inscrire dans la nouvelle filière créée par Amoussouga et qui leur coûtera plus de 100.000 Fcfa chaque année. Et dès notre arrivée sur les lieux, le doyen sort d’un bureau avec son garde de corps et le lance à notre assaut. Ce dernier fait usage  de son arme et  tire  plusieurs balles dans notre direction, occasionnant les nombreux blessés que nous déplorons tous ». Racontant ainsi les faits, tels qu’il déclare les avoir vécus, le Vice-président de l’Unseb, ajoute que les manifestants n’ont aucunement menacé de brutaliser le doyen, comme le laissent entendre certains témoins. 

Version contradictoire
D’autres étudiants présents sur les lieux du drame, ne donnent pas la même version des faits. Pour eux, c’est plutôt les étudiants conduits par l’Unseb vers la Faseg qui ont provoqué tout ce qui est arrivé. Aux dires de Mr Pierre Tchowoui, Président du Bureau d’union d’entité de la Faseg, très tôt le lundi matin en effet, sa structure a convié les étudiants internes à la cérémonie des couleurs, qu’elle exécute depuis quelques semaines. Ainsi, ils ont invité les autorités de la Faseg dont le Doyen Amoussouga pour y prendre part. A la fin de la cérémonie, ce dernier a voulu profiter de l’occasion  pour sensibiliser ses étudiants sur la réforme incriminée, en cette dernière journée de clôture des inscriptions. Soudain, des coup de sifflets se font entendre et proviennent d’un groupuscule d’étudiants qui s’amenaient vers la Faseg. « Ils avaient pour intention de  perturber la cérémonie » rapporte  Mr Tchowoui qui poursuit que le Doyen a dû alors demander aux étudiants de rejoindre leurs amphithéâtres et qu’il passerait après leur expliquer les avantages liés à ladite réforme. Mais le groupuscule restera sur place, et manifestait plus intensément, lançant par moments des injures au Doyen qu’il traiterait de tous les noms, «pilleur», «dictateur », etc. Selon, le Président du Bureau d’union d’entité,  les responsables de l’Unseb, s’approcheront dans la foulée du garde du corps et lui auraient même retiré son béret, avant de commencer à lui disputer l’Akm qu’il portait. Ce dernier, dans le cafouillage, aurait alors commencé par tirer au sol, avant de relever l’arme, puis blessa des étudiants aux membres inférieurs, pour les uns et aux membres supérieurs pour les autres.

Intervenant le soir du drame sur une chaîne télévision, le Doyen Amoussouga a confirmé cette  dernière version des faits, et a reconnu avoir simplement dit à son garde du corps de se défendre. Vrai ou faux ? Seule la justice appelée à s’autosaisir de ce dossier, pourrait éclairer les uns et les autres. Mais déjà, des voix s’élèvent et dénoncent vivement ce drame. Dans un communiqué de presse,  le  Président de l’Union nationale des associations des parents d’élèves et d’étudiants du Bénin (Unapeeb), Mr Paul Koudoukpo, condamne énergétiquement et vivement ce grave incident, martèlant que le Doyen Amoussouga, «doit être jugé et puni avec des peines à la hauteur des forfaits par  lui commis ». Le Syndicat autonome de la recherche et de l’enseignement supérieur (Synares) est allé dans le même sens et avec la même verve. Dans une déclaration rendue publique hier le Secrétaire général, Fulgence Afouda. Il appelle les enseignants, étudiants, personnels administratif et de soutien à se mobiliser à se dresser contre « les tentatives d’assassinat et de remise en cause des acquis  démocratiques».

La responsabilité du Doyen Amoussouga engagée
Le triste évènement, survenu lundi dernier sur le campus d’Abomey, met en cause la responsabilité  du Doyen Géro Amoussouga. En ceci qu’il s’agit ici d’une bévue commise par son garde du corps, même si la thèse de légitime défense est abondamment soutenue depuis lors. Dresser une arme à feu  contre des étudiants, en pleine manifestation et non armés, demeure une attitude inexplicable. Pourquoi d’ailleurs le Doyen, qui franchissant le seuil de l’Uac devient un simple universitaire, se trouve obligé de s’accompagner à chaque fois d’un garde de corps, à lui attribué dans le cadre d’une autre fonction? S’il faut même accepter cette possibilité, il lui revient de savoir faire usage du pouvoir de son garde de corps sur un tel terrain où sa vie n’est pas forcement en danger.

 Dans tous les cas, le Doyen Amoussouga n’est pas moins fautif dans le drame survenu, pour avoir laissé croire aux étudiants qu’il était en mesure de les affronter, par le biais de son garde du corps. S’il advient que des étudiants en arrivent à déclencher leur colère contre quelque réforme, le Doyen avait la possibilité de recourir à d’autres moyens pour se faire justice. Dans le feu de l’action,  le garde du corps aussi pouvait user d’autres actions, tels les gaz lacrymogènes s’il en disposait, ou alors faire appel à du renfort, en opérant d’abord un repli tactique.

Du reste, la fusillade orchestrée par le garde du corps du Doyen Géro Amoussouga sur une foule d’étudiants, blessant une dizaine, ne devrait pas rester sans explications, voire sans sanctions. Vivement donc une commission d’enquête pour éclairer davantage le peuple béninois sur cet incident assez déplorable.

Il est également important de redéfinir les rôles et les domaines d’intervention des gardes du corps qui  assurent la sécurité des personnalités politiques et autres hauts cadres de l’Etat qui continuent   d’intervenir parallèlement dans nos universités en qualité d’enseignants.

Christian Tchanou

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