La Nouvelle Tribune

Contentieux Martin Rodriguez / Etat béninois

Espace membre

Toute la vérité sur les négociations entre les émissaires de Yayi et l’homme d’affaire
Le dossier du contentieux« Marlan’s cotton Industries », plus connue sous le sigle de Mci et la Sonapra, associé ou non à l’Etat Béninois est l’un des plus gros scandales de la République dont la seule évocation peut vous faire taxer de parti pris...

(...), selon que vous choisissez de défendre Martin Rodriguez ou vous faire obtenir le label gratifiant de patriote dénonciateur de la magouille politico affairiste, quand vous choisissez le camp adverse.

Aussi, n’est il pas étonnant que les derniers développements du dossier et le traitement  qui en a été fait sur l’éventualité d’un arbitrage aient donné l’impression d’un arrangement scandaleux et de mauvais goût entre groupes politico mafieux sur le dos des Béninois. Qu’en est-il en réalité ? Les négociations dont personne n’a contesté l’existence visent-elles à passer en perte et profits les intérêts de l’Etat ? Enquêtes et interview à Cotonou et à Abidjan :

{mosgoogle}

Disons-le tout net : le dossier du contentieux Mci /Sonapra et Etat béninois est tellement complexe qu’un seul article de journal, aussi savamment monté soit-il, ne peut l’épuiser. Il a constitué une partie des problèmes, sinon l’essentiel, auxquels la kyrielle des directeurs généraux qui se sont succédé à la tête de la Sonapra étaient confrontés. Dans l’opinion aujourd’hui, l’affaire Mci Sonapra passe pour l’un des plus gros scandales du pays, au même titre que l’affaire Sonacop.  Et, pour le grand public, Martin Rodriguez est un homme d’affaire malhonnête qui veut gruger l’Etat. Souvenons–nous des chaudes périodes du pouvoir Kérékou où la moindre décision du tribunal et les passe d’armes plutôt savoureux entre le responsable de ce qu’on appelle la cellule macro économique de la Présidence de la république étaient abondamment relayées par une certaine presse en mal de sensation. On pourrait remonter le début du contentieux à l’année 1997 date de la création de la société, dont la Sonapra détenait 35% des parts avec obligation pour elle d’approvisionner la société exclusivement en matières premières. Une clause que la Sonapra n’a jamais ou si peu respecté. Les pertes s’accumulant d’année en année, Mci s’est retrouvée pratiquement au bord du dépôt de bilan, incapable qu’elle est d’honorer ses engagements. Quand la Sonapra exige le paiements de la faible quantité de produits livrés à Mci , cette dernière argue du non respect de l’engagement originel de la Sonapra à livrer bon an mal an les 60.000 tonnes de coton graine que son usine est capable d’égrener. Qui a raison, qui a tort ? Commence alors la série sans fin de procès intentés soit par la Sonapra soit par l’Etat ou la Cspr pour contraindre la société à honorer ses engagements . Survient alors l’année 2006 quand le pouvoir change de main. Entre-temps, en mai 2005, Mci assigne à son tour la Sonapra et réclame des dommages et intérêts s’élevant à la bagatelle somme de 79 milliards de francs contre les 5 milliards réclamés par la Sonapra. Le feuilleton politico judiciaire repart de plus belle quand le nouveau pouvoir étoffe le collège des juges de un à trois et fait multiplier par trois (de trois à neuf) la batterie d’avocats chargés de défendre les intérêts de l’Etat. Depuis lors, le dossier n’a pas bougé d’un pouce, alors que les avocats de l’Etat ont déjà perçu plusieurs dizaines de millions à titre de provision sur honoraires.


L’avion présidentiel au cœur des négociations
Qu’attend-on d’un homme d’affaire qui n’a même pas réussi en plus de dix ans d’existence à couvrir les charges d’exploitation de son entreprise et qui de surcroît doit subir les avanies de procès à répétition. Sinon à chercher par tous les moyens à se tirer d’affaire. Un règlement à l’amiable sous la houlette d’arbitres internationaux désignés de commun accord par les deux parties en conflit. Les négociations qu’il a sollicitées n’auraient jamais pu avoir lieu s’il n’y avait pas une contrepartie alléchante pour la partie gouvernementale. Et cette contrepartie alléchante n’est que l’avion présidentiel, propriété de Martin Rodriguez. Cet avion a une histoire. Initialement, le propriétaire voulait l’offrir au président Mathieu Kérékou comme cadeau pour services à lui rendus. Mais la fin de règne calamiteux du vieux général sous l’emprise de sa toute puissante égérie d’alors que notre journal appelait « notre dame du palais », l’en a dissuadé. L’homme d’affaire affirme la main sur le cœur qu’il était de ceux qui ont lutté activement contre la révision de la constitution. Toujours est-il que l’avion présidentiel ne pouvait qu’intéresser le nouveau pouvoir. Une affaire qui permettrait de faire des économies d’échelle intéressantes quand on sait les sommes faramineuses dépensées depuis son avènement au pouvoir dans les locations d’avion. L’homme d’affaire consent à le céder, à l’Etat Béninois. Mais dans le même temps, il demande qu’il y ait un règlement de tous les conflits qui l’opposent à l’Etat béninois par voie d’arbitrage ; qu’elle qu’en soit l’issue. Les négociations ont eu lieu successivement à Abidjan et à Genève en Suisse avec chaque fois les mêmes plénipotentiaires du président Yayi : l’agent judiciaire du trésor, Madame Sévérine Lawson, le directeur du cabinet militaire du chef de l’Etat, le général de brigade Robert Gbian , le conseiller technique juridique du chef de l’Etat l’avocat autrefois béninois de France Me Max Aweke qui avait déjà été conseiller officieux de Mathieu kérékou puis, last but not the least, le commandant des forces aériennes le colonel Camille Michodjèhoun. Ces missi dominici de Boni Yayi ont été de toutes les expéditions pour les uns en suisse et pour les autres à Abidjan. 

L’arbitrage pour sortir de l’immobilisme
Philanthrope Martin  Rodriguez ? Pas du tout ! L’homme affiche la main sur le cœur qu’il n’a d’autre ambition que d’en finir avec la lenteur des procédures judiciaires sans fin, pour redorer son blason terni par un matraquage médiatique qui a causé trop de torts à lui-même et à ses associés. L’arbitrage international de son point de vue n’a pas pour objet de le soustraire à la justice, ou de faire un arrangement avantageux aux détriments de l’Etat, comme on l’a laissé croire ces derniers jours .Mais de régler en un délai record (six mois au plus !) une affaire qui a littéralement paralysé son entreprise, avec toujours à sa charge des centaines de travailleurs, pères de famille pour la plupart contraints au chômage forcé depuis des années et une réputation largement entamée auprès de ses associés étrangers israéliens, suisses et américains pour la plupart. Ce qui lui permettra quelle qu’en soit l’issue de repartir du bon pied ou, affirme t-il de fermer boutique dans l’honneur et la dignité, pour repartir à zéro ailleurs, en traçant une croix définitivement sur le Bénin, son pays pourtant. Tout le monde y gagnera, soutient-il avec force. Telle est la substance du projet du compromis d’arbitrage publié dans la presse et qui devrait faire l’objet d’une prochaine rencontre avec le quattuor des envoyés spéciaux de Yayi avec pour objectif de parvenir à un accord d’arbitrage dont la seule issue certaine est de déboucher sur un compromis qui ne ferait ni vainqueur ni vaincu, ni gagnant ni perdant.

Comme on le voit, le scandale financier évoqué à propos de ce dossier de compromis d’arbitrage n’est qu’un ballon de baudruche car les sommes d’argent en cause n’ont absolument rien à voir avec ce qu’on appelle l’affaire Sonacop . Et nous aurons amplement l’occasion de démontrer, comme  notre journal l’a fait lors de la première cession avortée de l’outil industriel de la Sonapra que la dernière opération qui a abouti à la création de la Sodeco dépasse en ampleur le fameux dossier de la Sonacop . La cession de l’outil industriel de la Sonapra apparaît , de ce point de vue , comme une bombe à retardement dont l’onde de choc emportera tout sur son passage. Affaire à suivre….

Vincent Foly

{mosgoogle}