La Nouvelle Tribune

Bénin: des mutations punitives contre cinq magistrats

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La répression politique est sans limite sous le régime Yayi. En dehors des barons de l’opposition et des opérateurs économiques « rebelles », elle s’abat aussi sur les acteurs du pouvoir judiciaire. Cinq parmi eux, ont reçu des mutations punitives lors de la dernière réunion du Conseil supérieur de la magistrature(Csm). Leurs fautes : avoir osé coffrer des maires qui ont l’immunité « Fcbe » ou conduit des dossiers contre les intérêts de l’Etat.

Comme annoncé dans notre parution du jeudi passé, le Conseil supérieur de la magistrature(Csm) s’est réuni ce même jour pour se pencher sur les mutations de quelques acteurs du pouvoir judiciaire. Tout s’est passé tel qu’annoncé par les indiscrétions de la veille. Le Csm - dont le président n’est personne d’autre que le Chef de l’Etat - a mis en exécution des mutations punitives contre trois procureurs, un substitut et un président de tribunal. Tous ont payé pour leurs indépendances d’esprit et leur honnêteté professionnelle. Le premier sur la liste est Apollinaire Dassi, procureur de la République près le tribunal d’Abomey -Calavi. La façon dont il a conduit le dossier de la tentative d’assassinat de Martin Assogba n’a pas plu aux seigneurs du Csm. On se rappelle bien de la conférence de presse qu’il a organisée pour contredire la police  dont l’enquête préliminaire avait abouti à l’arrestation de certains individus désignés présumés coupables de cette tentative d’assassinat. Le procureur Dassi ne s’est pas arrêté là. Il a ordonné la libération de ces individus gardés en détention préventive.

Le deuxième est  Richard Limohan, procureur de la République près le tribunal de Natitingou. C’est lui qui a déposé le maire Fcbe de Ouaké en prison contre l’avis de sa hiérarchie. Quelques jours après cette décision, la boutique de sa femme a été cambriolée et le Cb qui a conduit le dossier avec lui a été muté à Parakou.  Chose curieuse, il n’était à ce poste que depuis janvier 2014 soit quelques mois seulement avant la prise de cette décision.

Robert Dadaglo est le procureur de la République près le tribunal de Pobè. C’est lui a coffré le maire Fcbe d’Adja- Ouèrè, Djima Fachola impliqué dans une affaire d’escroquerie sur fond de litige domanial. Dans cette même affaire, le maire de Sakété , Raliou Arinloyé aussi est cité.

Quand à Georges Gbaguidi, substitut du procureur de la République près le tribunal de Porto- Novo, il n’a pu empêcher le maire Gérard Adounsiba d’aller en prison. Cité dans une affaire de litige domanial, il a été jeté en prison en dépit des pressions qui venaient du « haut ». Il avait oublié que le maire d’Adjohoun avait l’immunité « Fcbe ».

A Kandi, c’est le président du tribunal Claude Montcho qui est visé par les représailles du Csm. Il a fait condamner l’Etat à payer des millions de Dommage et intérêts(Di) à un opérateur économique béninois pour les affaires de parc de véhicules d’occasion. Contrairement aux autres, il ne sera pas muté dans un cabinet mais coiffé au poteau par un moins expérimenté que lui.

Depuis qu’il est arrivé, le Chef de l’Etat a déclenché une lutte impitoyable contre la corruption. Mais, elle se passe de façon sélective et épargne tous les prévaricateurs qui sont proches du pouvoir. Au Bénin,  la lutte contre la corruption se passe de manière sélective. Allez-y comprendre quelque chose.