La Nouvelle Tribune

Boni Yayi ou le Grand Malentendu : Topanou explique comment l’ethnie, l’argent, la fraude et l’irrationnel sont déterminants du vote

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Paru chez l’Harmatan en 2012, « Boni Yayi ou le Grand Malentendu » est un ouvrage écrit par Victor Topanou, professeur de Sciences politiques à l’Université d’Abomey-Calavi, ancien proche collaborateur du président Boni Yayi. L’homme qui a viré dans l’opposition peu avant la fin du premier quinquennat Yayi revisite, entre autres, dans son livre les différents facteurs qui déterminent le choix de l’électeur béninois.

«  Boni Yayi ou le Grand Malentendu » Tel est le titre d’un livre, qui publié depuis 2012, n’a pourtant pas fait grand bruit au Bénin. Paru chez l’Harmattan, l’ouvrage est un « Points de vue » de 157 pages. Il constitue le double regard de son auteur sur le premier quinquennat (2006-2011) de l’actuel président du Bénin, Thomas Boni Yayi. D’abord l’analyse du scientifique, professeur Prudent Victor Topanou, maître de conférence des universités, chef du département de Sciences politiques de la faculté de droit et de sciences politiques de l’Université d’Abomey-Calavi. Puis l’opinion du politique, Prudent Victor Topanou, ancien très proche collaborateur de Boni Yayi ; respectivement conseiller technique juridique du président, membre de l’Autorité transitoire de régulation des postes et télécommunication devenue Arcep avec l’adoption de la loi sur les communications électroniques et postales, secrétaire général du gouvernement puis ministre de la Justice ; porte-parole du Gouvernement. L’homme faut-il le rappeler a viré dans l’opposition peu avant la fin du premier mandat de Boni Yayi. Ce double regard –politique et scientifique- de la même personne sur un sujet unique donne à l’ouvrage tout son intérêt. Lorsqu’on parcourt les lignes de « Boni Yayi ou le Grand Malentendu », on y découvre un mélange savant de l’opinion de l’homme politique et l’analyse du scientifique : les faits clairement exposés, l’opinion exprimée sans ambages et l’analyse assez rigoureuse.

L’ethnie, l’argent, la fraude, et…

«Boni Yayi ou le Grand Malentendu » est subdivisé en quatre chapitres. Le premier, « un climat détestable » traite du débat ayant marqué la fin du régime Kérékou. Le débat qui avait eu lieu, tout comme maintenant, sur les manœuvres orchestrées pour maintenir Mathieu Kérékou au pouvoir. De la révision constitutionnelle à la question de l’alternance régionale en passant par celle du couplage des élections et les rumeurs sur l’interruption du processus électoral.

 Le deuxième chapitre est consacré aux déterminants du vote au Bénin. L’auteur y dépeint certains véritables caractéristiques du système électoral béninois ; en contradiction avec son image d’exemple de réussite démocratique en Afrique.  Après plus de deux décennies de « pratique démocratique, il est possible de prendre de la hauteur sur l’évènementiel pour affirmer sans trop de risque de se tromper que les déterminants du vote au Bénin sont au nombre de quatre, à savoir l’ethnie, l’argent, la fraude et l’irrationnel », écrit Victor Topanou. Comme pour dire qu’au Bénin, un candidat n’est nullement élu sur la base d’un projet de société.

Les partis politiques étant essentiellement ethniques, le vote l’est aussi plus ethnique. L’argent est devenu si prépondérant dans l’élection d’un responsable politique qu’on parle désormais de « marchandisation du vote ». Cela s’explique dans une certaine mesure par l’image qu’a le citoyen ordinaire de l’homme politique. Le politique et le politicien sont vus comme des personnes qui accaparent l’argent public. Et les échéances électorales sont perçues  comme des occasions pour les populations d’avoir leur part du gâteau. On se souci donc peu de ce que fera le candidat une fois élu. Ce dernier qui a investi assez d’argent pour s’acheter son vote ne se voit plus redevable vis-à-vis de ses mandats. Alors, bonjour à la mal gouvernance et la banalisation par les populations de la gabegie au sommet de l’Etat.

Quant à la fraude, on en distingue deux types : les fraudes individuelles et les fraudes institutionnelles. Dans les deux cas, les acteurs impliqués sont les partis politiques, les candidats indépendants, les responsables des institutions en charge de l’organisation des élections que sont la Cena (Commission électorale) et la Cour constitutionnelle.

le « bokonon », l’Imam,le Pasteur et le Prêtre…

Concernant le rôle de l’irrationnel dans l’animation de la vie politique au Bénin Topanou fait constater qu’ « il est communément admis au Bénin que celui qui choisit d’entrer en politique doit, d’une part, se protéger contre les esprits maléfiques et, d’autres part, s’attirer le bon œil ». Et tout comme la fraude, l’argent et l’ethnie, l’irrationnel est vu comme un pourvoyeur de victoire électoral. Cette pratique de l’irrationnel en politique est entretenu autant par les prêtres catholiques que les pasteurs d’église évangéliques, les alphas, les marabouts et les imams de l’Islam ainsi que les devins et prêtres du Vodun. L’épilogue, chapitre quatre, est le regard de l’auteur sur l’élection présidentielle de mars 2011. Victor Topanou, lui-même candidat à ladite élection, parle du K.O au premier tour de Boni Yayi et finit par « les ressorts de résistance de la société béninoise.» Après avoir peint en noir certains pans de la démocratie béninoise, Victor Topanou, le politique et le scientifique, termine son livre avec un souhait, à la limite une note d’espoir : « …Il est juste à espérer qu’au moment opportun, ceux qui aujourd’hui se laissent séduire par les sirènes de la cupidité se ressaisiront dans un élan de sursaut patriotique pour défendre la cause juste, celle de la démocratie.» Mais avant d’en arriver là, il a pris soin de présenter, puis d’analyser dans le chapitre 3, intitulé « vous avez dit Changement ? », les péchés capitaux de Boni Yayi I. (A suivre).