La Nouvelle Tribune

Bénin : l’Assemblée nationale désormais aux mains d’un « révolté »

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En déplacement dans son fief de Bopa le week-end dernier, le président de l’Assemblée Nationale, Mathurin Nago, a, dans une démarche explicative, exposé les manœuvres commanditées par le Président de la République pour l’affaiblir politiquement. L’expression d’une « révolte » contre un système  auquel il dit avoir tout donné, mais qui met tout en œuvre pour le « démolir ».

Le discours de Bopa. Dans l’histoire politique du Bénin, c’est ainsi qu’on désignera sans doute la sortie médiatique du Président de l’Assemblée Nationale à Bopa ce dimanche 31 août 2014. Mathurin Nago, puisque c’est de lui qu’il s’agit, était dans son fief situé dans le Département du Mono où il a échangé avec ses partisans. Dans une démarche explicative, il a exposé les coups bas dont il a été victime. Des manœuvres orchestrées par le chef de sa propre famille politique, Fcbe, le Président Boni Yayi pour l’affaiblir politiquement. Et ce, depuis 2009, une époque où les deux personnalités étaient respectivement à leur premier mandat (lire verbatim d’un extrait de ses propos en page 5).

Ce discours de Bopa ressemble bien à un coup de gueule. Plus encore, l’expression d’un ras-le-bol qui prend l’allure d’un discours de double rupture. D’abord, la rupture d’une vrai fausse idylle qui a tout le temps été marqué par des coups et la logique du « je t’aime,  moi non plus ». Ensuite la rupture avec une politique de fragilisation des institutions de la république et par ricochet de déstabilisation de la démocratie béninoise.  On peut donc lire à travers le discours de Nago le ras le bol d’un fidèle collaborateur qui prend à témoin l’opinion publique sur ses malheurs malgré sa loyauté et son engagement. Ce qui mettra sans doute fin à un semblant de coexistence pacifique pour le début d’une guerre ouverte et directe. Cette nouvelle ère dans leur relation pourrait se manifester dans les rapports entre l’Exécutif et le Parlement.

Yayi : dégainer ou concilier

Mathurin Nago avait fait un pas dans ce sens lors de son discours du 06 janvier 2014 au Palais de la présidence. C’était lors de la cérémonie de présentation de vœux des institutions de la République au chef de l’Etat. Ce discours du 06 janvier avait l’allure d’un cours sur la démocratie et le dialogue des institutions. Car, l’année 2013 s’était achevée sur une note très amère dans les relations entre le Gouvernement et les députés. En décembre 2013, le Gouvernement avait essuyé deux échecs au Parlement. Ce sont notamment le rejet par la Commission des Lois du projet de révision et le rejet par la plénière du projet de budget général de l’Etat, exercice 2014. Pourtant,  Boni Yayi détient à l’Assemblée nationale la majorité suffisante pour faire passer les deux lois, fut-il en commission ou en plénière. Mais le rejet du budget et du projet de loi portant révision de la Constitution ont montré que la majorité que détenait Boni Yayi n’était que de façade. Tout ça s’est produit à une époque où Boni Yayi et Mathurin Nago soufflaient visiblement les dernières bougies de leur semblant de « love story ». Qu’adviendrait-il alors maintenant que Mathurin Nago s’est résolu à réagir publiquement aux coups qui lui sont portés dans l’ombre depuis bien des années.

Au Parlement, le parti de Mathurin Nago ne dispose pas d’un nombre important de députés pouvant lui permettre d’infliger une correction politique à la hauteur des coups reçus. Mais il demeure le  Président de l’Assemblée Nationale ; celui qui a la police des débats lors des séances plénière. Il pourrait donc utiliser cette position pour faire basculer les grands dossiers dans un sens comme dans un autre. Ce fut le cas récemment avec la proposition de loi portant retrait du droit de grève aux magistrats.

Pour parler comme les Ivoiriens, Nago est désormais Tout porte donc à croire que la suite de la guerre sera rude. Avec notamment la bataille pour le positionnement sur les listes dans le cadre des prochaines Législatives. La nature de la suite des événements dépendra de la réaction de Boni Yayi. Va-t-il dégainer ouvertement ou jouer la carte de la conciliation ? Malgré son engagement à rester fidèle jusqu’à la fin, Nago est aujourd’hui dans la posture d’un cabri mort, pour parler comme les Ivoiriens. Il est semblable à un « révolté » qui est prêt à tout donner pour « réhabiliter » sa dignité et sauvegarder la démocratie béninoise.