La Nouvelle Tribune

Bénin : les travailleurs dénoncent le «défilé ministériel» sous Yayi

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Devenus réguliers depuis l’arrivée au pouvoir du Président Boni Yayi, les remaniements ministériels intempestifs fâchent les travailleurs qui, certains, ne se cachent plus pour dénoncer le fait combien préjudiciable à la bonne marche des activités de développement des ministères.

Sous le régime du Changement devenu depuis 2011, celui de la Refondation, être ministre est éphémère. Les remaniements ministériels sont d’une fréquence jamais égalée depuis l’avènement du Renouveau démocratique. Et désormais le mandat d’un ministre du Gouvernement Yayi est en effet de «24 heures renouvelables». Certains ministres ont la chance de voir leur mandat renouvelé à plusieurs reprises, d’autres non. De ce fait, les ministres se succèdent comme dans un «défilé» à la tête des ministères à un rythme effréné (6 remaniements ministériels ces trois dernières années). Dans certains ministères le phénomène est criard. Au ministère de l’Intérieur et de la Sécurité Publique et des Cultes, par exemple, sept (07) différents ministres s’y sont succédé en seulement huit (08) années de gestion du pouvoir d’Etat par le Président Boni Yayi. Au Ministère de l’Industrie, du Commerce et des Petites et Moyennes Entreprises (Micpme), la situation en pire. Depuis l’arrivée de Boni Yayi en 2006, ce ministère connaît avec le dernier remaniement ministériel, son treizième patron.

Mécontentement et dénonciation

Les pèlerinages et les «défilés ministériels» fâchent les acteurs sociaux qui ne cachent leur désapprobation vis-à-vis de cette façon de gérer de l’Exécutif. Ainsi, lors de la passation de service vendredi dernier au Ministère de l’Intérieur entre le ministre François Houéssou (éjecté du Gouvernement après seulement un an) et son successeur, Simplice Dossou Codjoh, le Secrétaire Général du Syndicat de la Police, Waïdi Akodjènou, s’est désolé de répéter deux fois de suite, précisément en l’espace d’une année, un même discours. «J’espère que je ne reviendrai pas lire ce même discours l’année prochaine», s’était exprimé le flic.

Ce lundi 25 août 2014, dans le cadre des passations de charges au Micpme, les travailleurs ont par l’intermédiaire de leur représentant, également dit leur ras-le-bol de voir se succéder à la tête de leur ministère, les ministres. Ils ont donc dénoncé ce qu’il convient désormais de qualifier de «défilé ministériel». Lequel «défilé ministériel» n’est pas sans conséquences sur la mise en œuvre des programmes de développement sur le long terme. En effet, à peine certains ministres ont-ils été installés qu’ils devaient remballer leurs affaires pour, dans le meilleur des cas, un autre ministère. Sinon, ils sont simplement démis de leur fonction.  Et ainsi, même si «l’administration est une continuité», il est parfois difficile pour les ministres de suivre le cours.