La Nouvelle Tribune

3è mandat de Boni Yayi : intégralité de la déclaration liminaire de Karim Rafiatou

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Il Y a déjà plus de deux ans, le 16 Juillet 2012, nous nous posions les questions suivantes: où allons-nous, où nous conduit-on? Que veut exactement le gouvernement de Mr Yayi Boni? Personne, jusqu’ici, ne nous a répondu valablement. 

Alors, nous revoici devant vous, pour rappeler des vérités que vous connaissez parce que vous les vivez quotidiennement et pour nous interroger encore une fois, sur le sort que les dirigeants de notre pays nous réservent. Avant toute chose, il importe de dire qui nous sommes et ce que nous voulons.

Nous aborderons ensuite quelques domaines de la vie nationale et donnerons nos points de vue sur ce que nous voyons, entendons et vivons.

1- Qui sommes-nous?

Nous sommes des béninoises. Nous venons de toutes les régions du pays. Nous provenons de toutes les couches socioprofessionnelles du Bénin. Nous avons en commun l’amour de notre pays parce que

nous y sommes nées, y avons grandi. Nous sommes redevables à la patrie à plus d’un titre.

Pour cette raison, entre autres, nos cœurs saignent chaque fois que nous nous rendons compte que les dirigeants nous conduisent

a) 2 -dans le décor. Et puis, comme nous le disons en 2012, c’est d’abord nous qui sentons dans notre chair et dans notre âme les conséquences de la mauvaise gouvernance qui entraîne tôt ou tard les crises sociales et le malaise général. Dans ces conditions, comment pourrons-nous           garder le silence, même si nos partenaires de toujours n’osent même plus dire leurs propres souffrances. Je voudrais rappeler avec fierté que dans l’hebdomadaire La Croix du BENIN, daté du 1er Août 2014, le

père André QUENUM a intitulé son éditorial «On est où là ?». Après avoir rappelé avec une grande finesse comment la haute autorité est au centre de tout et l’auteur de tout sauf des erreurs et des scandales, le père QUENUM conclut que même les contre-pouvoirs sont devenus l’ombre portée du pouvoir exécutif, «sans possibilité de dialogue constructif et respectueux, parfois contradictoires entre institutions de la République». Et pour finir, il pose la grave question suivante: «A 54 ans d’indépendance, 0n est où là ? Au Bénin ?» Vous voyez vous-même, Mesdames et Messieurs, chers amis, qu’il est impérieux et urgent de nous réveiller et de dire comme nos compatriotes rassemblés dans «Alternative  citoyenne» que trop c’est trop.

Pour en venir à la gouvernance, je voudrais vous rappeler quelques faits. Celui qui nous gouverne depuis 2006 mous a dit qu’il allait changer le visage du Bénin aux plans politique,économique,      social et culturel. Arrêtons-nous un instant sur les promesses de changement dans le domaine politique et voyons ce qu’elles sont

devenues.

2- La gouvernance au Bénin depuis 2006 Mr Boni Yayi nous a dit avant son accession au pouvoir en 2006 que la démocratie et l’Etat de droit s’enracinaient au Bénin, mais que la mauvaise gouvernance continuait de caractériser la société. Dans son fascicule intitulé «Oui, ça doit changer» paru au cours de la campagne présidentielle de mars 2006, il écrit ce qui suit :

«Il existe un décalage réel et persistant entre les professions de foi et la pratique des uns et des autres. La vie politique nationale est marquée par un fossé de plus en plus profond entre la classe politique et la société civile d’une part, l’exacerbation du clientélisme, notamment la marchandisation du vote et des postes de responsabilité politiques et administratifs d’autre part»(p.4). Cinq années plus tard, alors qu’il achevait son premier mandat et qu’il courait après le second, le président candidat nous a dit que l’objectif commun de développement de notre administration était au service de l’intérêt général et favorisait le développement du secteur

privé. Peut-on, en toute honnêteté, dire que notre président de la République aide les opérateurs économiques nationaux, privés à faire progresser leurs affaires? N’est-ce pas plutôt lui qui, depuis des mois, voire des années, organise la chasse aux sorcières en poussant des compatriotes du secteur privé à l’exil ? Ayons le courage de le dire haut et fort: les bases éthiques et morales ont disparu du champ politique béninois ; au lieu d’en prendre

conscience et de chercher, à renouer avec les nobles traditions héritées de nos anciens, nos dirigeants cherchent constamment à nous distraire en suscitant de faux débats sur des sujets national déjà débattus comme la révision de la constitution ou comme la suppression du droit de grève aux magistrats. Sur cette question précise, il est bon d’écouter l’avis

des membres de l’observatoire de la justice au Bénin. Ils ont rappelé récemment le contenu de l’article 18 de la loi n02003-35 du 21 Février 2003 que quelques députés veulent faire modifier. Cet article est ainsi

libellé: «Comme citoyens, les magistrats jouissent de la liberté d’expression, de croyance, d’association et de réunion. Ils sont libres

de se constituer en association ou en toute autre organisation ou de s’y affilier pour défendre leurs intérêts, promouvoir leur formation professionnelle et protéger l’indépendance de la magistrature.

Toutefois, dans l’exercice» de leurs droits, les magistrats doivent se conduire de manière à préserver la dignité de leur charge et à

sauvegarde l’impartialité et ‘indépendance de la magistrature», Que reproche-t-on à ce texte et quelle urgence y-t-il à modifier?

On nous cite l’exemple de la France et du Sénégal, mais nous parlons du Bénin nous autres car c’est ici que nous vivons et nous

connaissons mieux les réalités béninoises que celles des autres pays.

N’est-ce pas le candidat à la présidence de la République Boni Yayi qui disait en mars 2006 que le système judiciaire ne faisait pas la preuve de son indépendance vis-à-vis du pouvoir politique et des groupes de pression ?

5-Pour quelles raison amuse-t-on le peuple avec ce débat sur la suppression du droit de grève des magistrats. Toutes et tous, disons à nos représentants à l’Assemblée nationale que nous attendons d’eux d’autres contributions à l’amélioration du climat social.

Permettez-moi, Mesdames et Messieurs et chers amis’ de revenir sur la question de l’unité nationale et donc du régionalisme. Vous le

savez autant que moi, le pouvoir au Bénin comme ailleurs est convoité par tout le monde. Chacun rêve d’être parent direct ou indirect du Président de la République. Chaque région attend impatiemment son tour de fournir le Chef de l’Etat. Nous avons tout essayé ici, en vain. Il nous semble qu’en attendant de trouver une meilleure solution, celui qui nous gouverne doit être un rassembleur. Malheureusement ce n’est pas le cas depuis 2006. Souvenez-vous de la célèbre interview que le

Président de la République a donnée à des journalistes à la veille du ler « Août 2012. A la question de savoir s’il a renoncé à sa politique de la main tendue aux opposants. Chaque béninoise et chaque béninois se souviennent de la fameuse réponse du Président YAYI Boni; que je ne veux pas exprès rappeler ici pour ne pas rajouter votre douleur.

Nous avons tous été choqués et scandalisés par de tels propos de la part de celui qui devrait être le père de la nation. Des citoyens ont saisi la Cour Constitutionnelle. Vous connaissez la réponse des sept.

Alors, chers amis, que chacun et chacune d’entre nous prennent quotidiennement sa part dans l’œuvre de construction de l‘unité

6-nationale. Ceci est capital si nous voulons que notre pays survive et devienne progressivement une véritable nation.

Par rapport à d’autres secteurs tels que l’économie, le social et autres, mes collègues vont continuer l’introduction au débat en langues nationales. Mais avant de leur passer la parole, je voudrais vous dire par rapport aux microcrédits faits aux femmes et à la table ronde de Paris que  a)Les activités des femmes qui bénéficient des microcrédits, sont présentées actuellement aux hôtes de marque du gouvernement

comme des activités exceptionnelles dans la sous-région. Mr le Président de la République, je voudrais vous dire que ce programme a fait de beaucoup de nos sœurs des SDF, c’est-à- dire des «Sans Domicile Fixe» ou des exilées, car ne pouvant pas rembourser les prêts, elles changent de domiciles, de, place au marché ou quittent carrément le pays

b) Par rapport à la table ronde de Paris, nous sommes devenues des Saint Thomas et que Dieu nous prête vie pour voir les retombées de cette rencontre.