La Nouvelle Tribune

Limogeage à tout vent des ministres des affaires étrangères

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Moussa Okanla lance des pics à Boni Yayi
Au cours de la passation de service entre son successeur et lui, à la faveur du dernier remaniement ministériel opéré par le président Boni Yayi, le professeur Moussa Okanla a dénoncé le peu de temps que passe les ministres des affaires étrangères béninois à leur poste. 

Un gros pavé dans la mare de Boni Yayi, qui à bien d’égards se justifie.
Moussa Okanla, précédemment ministre des affaires étrangères, de l’intégration africaine et des Béninois de l’Extérieur, n’est pas passé par quatre chemins pour signifier sa désapprobation vis-à-vis de la manière, à la limite hâtive dont se font les limogeages sous le régime Yayi. Cela transparaît aisément à travers certains propos qu’il a tenus lors de la cérémonie de passation de témoin entre son successeur et lui, Jean-Marie Ehuzu. Pour le professeur d’université, son prédécesseur a fait quatorze mois (14) à la tête du ministère, lui en a fait seize (16). Pour lui, cette manière de limoger n’importe comment les ministres et autres cadres de l’administration béninoise, constitue une plaie que le Bénin traîne depuis son indépendance. Et les conséquences de cette tare, sont les échecs répétés des Béninois face à d’autres challengers, quand ils postulent à certains postes sur la scène internationale. Plus qu’un coup de gueule, c’est presque à un procès du système en place qu’on assiste avec cette déclaration. En effet, depuis l’accession du Dr Boni Yayi à la tête de la magistrature suprême en 2006, le peuple béninois a été habitué à des limogeages qu’on pourrait qualifier d’express. Des ministres, des directeurs généraux et centraux, des cadres techniques et autres responsables à divers niveaux ont été gommés de leurs postes après un temps relativement court pour qu’ils puissent obtenir des résultats. Le président semble d’ailleurs ne pas se rendre compte du fait et des conséquences que cela a sur son mandat. L’intervention du professeur Okanla doit cependant l’amener à revoir sa copie. Car, qu’un diplomate qui est resté dans les secrets de la gestion du pays au plus haut point arrive à fustiger de telle pratique, c’est absolument l’expression d’un malaise et d’une exaspération à peine contenus dans l’entourage immédiat du Chef de l’Etat. Si d’aucuns mettent cette déclaration sous le coup de l’aigreur, il faut cependant faire remarquer que le professeur Okanla était visiblement soulagé de rendre le tablier. Un ressentiment que d’autres ministres limogés avant lui, n’ont pas hésité à exprimer. En somme, cela sonne comme un désaveu à la politique managériale des ressources humaines sous le régime dit du changement.

Benoît Mètonou