La Nouvelle Tribune

Propos de Fatouma Amadou Djibril : le mutisme de Yayi qui ravive les soupçons

Espace membre

Après la dérive verbale du Ministre de l’Agriculture qui annonçait dimanche dernier sur le plateau de Canal3 l’éventualité d’un 3è mandat pour Boni Yayi, ce dernier n’a toujours pas réagi. Seul son Ministre d’Etat, François Abiola a tenté de le soustraire au complot annoncé. 

Seulement, vu la gravité des propos et l’émoi qu’ils ont suscité dans l’opinion, seule une déclaration du Chef de l’Etat pourra dissiper les inquiétudes et les soupçons des populations. D epuis dimanche dernier où Fatouma Amadou Djibril a commis son « délit de sale gueule » en annonçant sans aucune gêne sur le plateau de la télévision Canal3 que le peuple pourrait donner un 3è mandat à Boni Yayi, ce dernier s’est enfermé dans un mutisme inquiétant. La seule réaction du Gouvernement est venue du Ministre d’Etat chargé de l’Enseignement supérieur, François Abiola qui, au cours d’une émission sur la table ronde de Paris à l’Ortb, a apporté un démenti formel à la déclaration de sa collègue de l’agriculture. « Le Président de la République n’est pas demandeur d’un 3è mandat. Ma collègue s’est laissée aller à un engouement que je ne comprends pas », avait-il dit. Seulement, il y a lieu de se demander si sa déclaration est revêtue du cachet officiel et si ses propos engagent le Chef de l’Etat ? Il faut d’abord constater que le Ministre d’Etat n’a pas fait de déclaration officielle sur le sujet. Il était venu juste pour parler de la Table ronde de Paris et c’est suite à une question du journaliste qu’il a réagi pour démentir les propos de Fatouma Amadou Djibril. Alors il y a mille et une raisons de prendre avec des pincettes cette réaction du Ministre d’Etat. Il n’est pas en tout cas une d’officielle pour les raisons sus-évoquées : les circonstances de la réaction et le statut de celui qui l’a fait savoir et qui, bien qu’étant membre du Gouvernement n’est pas investi du mandat du représentant ou du porte-parole du Chef de l’Etat. Normalement, le Chef de l’Etat, à défaut de le faire lui-même, devrait envoyer son porte- parole ou un de ses proches collaborateurs à la télévision, comme il aime si tant à le faire, faire en son nom une déclaration signée de ses soins. C’est ce qui se ferait dans un pays sérieux où la sauvegarde de la démocratie et la notion de responsabilité sont des principes sacrés. Le Chef de l’Etat doit suivre cet exemple. Surtout que, aux termes de l’article 53 de la Constitution, il a pris l’engagement dans son serment de respecter la Constitution. Mais il y a une autre raison pour lui de se désolidariser de son Ministre de l’Agriculture. Sa déclaration vient conforter celles de son collègue Komi Koutché qui avait dit que le Chef de l’Etat n’a pas de dauphin et que ce dernier ne sera désigné tant que Yayi vit. Pour un Président qui a dit partout dans le monde qu’il va quitter le pouvoir à la fin de son 2è mandat, il y a urgence à faire une déclaration solennelle pour démentir ce que son Ministre de l’Agriculture a dit. Ne pas le faire à temps c’est entretenir les soupçons et les inquiétudes de la majorité des Béninois qui pensent et disent tout bas que Yayi ne veut pas quitter le pouvoir.