La Nouvelle Tribune

Petit cours d’histoire politique américaine à la ministre Fatouma Amadou Djibril

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Invitée de l’émission « Zone Franche » de la télévision privée béninoise Canal 3 de ce dimanche 20 juillet 2014, l’actuelle ministre de l’Agriculture, l’Elevage et la Pêche, Fatouma Amadou Djibril  a lancé maladroitement un ballon d’essai concernant les velléités de Boni Yayi pour un troisième mandat. 

Pourtant la Constitution béninoise du 11 décembre 1990 est sans ambiguïté sur la question. Elle dispose en son article 42 que  « Le Président de la République est élu au suffrage universel direct pour un mandat de cinq ans, renouvelable  une seule fois. En aucun cas, nul ne peut exercer plus de deux mandats présidentiels. »

Après avoir échoué dans sa volonté d’une révision opportuniste de la Constitution, Boni Yayi et ses thuriféraires ont visiblement décidé de faire prévaloir une supposée volonté du peuple pour lui négocier un troisième mandat. « Je crois que le peuple va décider. Le peuple va décider. Le Président Roosevelt en Amérique, c’était le Président le plus populaire de l’Amérique (…) Si le peuple béninois le veut, pourquoi pas. Donc le peuple va décider. Si le peuple veut que le président Boni Yayi fasse un troisième mandat, pourquoi pas. (…) C’est le peuple qui décide et c’est le peuple qui vote pour son chef. C’est ça la vraie démocratie. C’est ça la vraie démocratie.» Ceci est un extrait de la déclaration faite par la ministre Amadou Djibril. Dans ses démonstrations, elle a tenté à d’avancer que même aux Etats-Unis, si le peuple le voulait, Barack Obama ferait un troisième mandat.

En tenant ses propos, Fatouma Amadou Djibril a commis une double bourde. La première, en affichant cette position dans un pays où s’enracine la culture démocratique depuis l’historique Conférence des Forces vives de 1990. Un rendez-vous auquel le peuple béninois sacralité. Il est en de même pour ses acquis dont la Constitution du 11 décembre 1990. Sa seconde bourde réside notamment dans son entêtement à illustrer sa position avec les cas des Présidents Franklin D. Roosevelt et Barack Obama des Etats-Unis. A ce niveau, il se pose un problème de culture. Et la ministre, qui a vraisemblablement  déversé un argumentaire monté dans les couloirs de la Marina, n’a sans doute pas pris soins de se renseigner sur l’histoire politique américaine avant de décider d’accomplir cette mission commandée.

Etats-Unis : une vraie tradition démocratique

La Constitution des Etats-Unis d’Amérique a été adoptée le 17 septembre 1787. Soit onze ans après la proclamation de l’indépendance le 04 juillet 1776. Le texte ne prévoyait pas dans sa version initiale la limitation du mandat présidentiel. Cependant, aux Etats-Unis, le principe de la limitation à deux du mandat présidentiel est resté pendant plusieurs décennies années une tradition non écrite. En effet, voulant bâtir une République aux antipodes de la monarchie britannique de laquelle ils se sont affranchis, les Pères fondateurs des Etats-Unis, notamment les premiers présidents, ont instauré de façon tacite le principe de la limitation du nombre de mandats du président de la république.  Bien qu’ayant eu la possibilité de faire trois mandats, les premiers présidents George Washington, John Adams, Thomas Jefferson , James Madison et James Monroe s’en sont tenus à deux. Certains de leurs successeurs se sont aventurés sans succès sur cette voie d’un troisième mandat.

Le cas Roosevelt et la limitation de mandat

De 1789 à 1945, Franklin Delano Roosevelt a donc été le seul président américain sur 32 à avoir réussi le coup de se faire élire quatre fois consécutivement à la tête du pays.  Ces réélections n’étaient pas illégales, même si elles ne respectaient la tradition instaurée par Georges Washington et ses pairs.

Mais en 1947, bien donc l’ère Roosevelt, les Etats-Unis ont pris un amendement pour inscrire dans leur Constitution la limitation à deux du nombre de mandat présidentiel. Il s’agit du XXIIème amendement. Adopté le 21 mars 1947 par le Congrès, le texte a été ratifié le 27 février 1951. (Lire intégralité en encadré). A la lumière de cet amendement, plus aucun Président américain ne peut prétendre à plus de deux mandats. Et ce, quel que soit sa popularité.

Fatouma Amadou Djibril, cette ministre qui s’illustrait dans un passé récent au gouvernement par sa douce voix et les « Brain Trust » du Palais, qui cherchent par tous les moyens à garantir à Boni Yayi un troisième mandat présidentiel, en violation de la Constitution, doivent le savoir.

Extrait d’une version française de la Constitution des Etats-Unis d’Amérique

ARTICLE XXII

Section 1. Nul ne pourra être élu à la présidence plus de deux fois, et quiconque aura rempli la fonction de président, ou agi en tant que président, pendant plus de deux ans d’un mandat pour lequel quelque autre personne était nommée président, ne pourra être élu à la fonction de président plus d’une fois. Mais cet article ne s’appliquera pas à quiconque remplit la fonction de président au moment où cet article a ét é proposé par le Congrès, et il n’empêchera pas quiconque pouvant remplir la fonction de président, ou agir en tant que président, durant le mandat au cours duquel cet article devient exécutoire, de remplir la fonction d e président ou d’agir en tant que président durant le reste de ce mandat.

Section 2. Le présent article ne prendra effet qu’après sa ratification comme amendement à la Constitution par les législatures de trois quarts des différents États dans un délai de sept ans à dater de sa présentation aux États par le Congrès. [1951]

Source : www.constitutionfacts.com